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  • Roch WAMYTAN
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie

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Citoyenneté calédonienne socle du destin commun
Présentation d'une loi de pays proposant le drapeau du FLNKS comme drapeau du Pays                   
   
Bilan des déplacements dans la région du président du Congrès (coopération interparlementaire)         
       
8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 09:17

Roch WAMYTAN, président du groupe UC FLNKS et Nationalistes

Madame la Ministre des Outremer,

Messieurs les représentants du président de la République,

Mesdames et messieurs,

Monsieur le Premier ministre,

       Je voudrais tout d’abord vous remercier pour la teneur de votre discours d’ouverture de ce Comité des signataires qui revêt, pour notre groupe, une importance particulière car c’est l’occasion de lever toutes les hypothèques qui risquent d’entraver le bon déroulement de la consultation sur l’accession du pays à la pleine souveraineté, aboutissement du processus de décolonisation de l’Accord de Nouméa de 1998, débuté avec la déclaration de Nainville-les-Roches en 1983 et les Accords de Matignon-Oudinot en 1988.

            Ce Comité des signataires est également le dernier avant les élections présidentielles et législatives françaises de 2017, il est aussi l’occasion de relever quelques remarques significatives sur l’action politique des gouvernements socialistes dans notre pays. Depuis l’élection du président François Mitterrand en  mai 1981, à mai 2017, les aléas de la vie institutionnelle française auront conduit le parti socialiste et ses alliés à gérer les affaires calédoniennes une vingtaine d’années sur les 36 ans qui vont nous séparer de la promesse faite par le candidat François Mitterrand à nos ainés de l’époque, celle de voir un jour notre pays accéder à l’indépendance.

         C’est avec cette double préoccupation en tête, la promesse de 1981 et les accords avec les dispositifs d’accompagnement mis en place que nous souhaitons vous faire connaître nos positions sur les points de l’ordre du jour. Promesse et accords, deux expressions d’une parole de vie partagée. Vous nous connaissez bien désormais Mr le premier ministre pour savoir l’importance que notre vieille civilisation mélanésienne millénaire attache à la Parole. Vous savez aussi qu’un manquement à la parole donnée peut être source de conflit par la rupture des liens de confiance pouvant conduire à la destruction, car telle est la destinée de la Parole partagé, elle est source de vie mais elle peut aussi causer la mort en cas de défaillance volontaire et calculée de l’une des parties. L’histoire de nos relations de ces trois dernières décennies reste émaillée de ces ruptures à répétition. Mais à chaque fois, nous, hommes de consensus issus de cette terre océanienne, avons toujours choisi de rebondir pour préférer la vie à la mort.

Mr le premier ministre

Sur l’avenir institutionnel

Concernant l’avenir institutionnel, nous avons pris connaissance du Rapport de la mission d’étude et de conseil sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Nous considérons simplement ce rapport comme une contribution supplémentaire au débat sur l’évolution institutionnelle de notre Pays, élaboré à partir d’une méthode proposée par l’Etat. Néanmoins, il nous paraît primordial qu’il soit complété par le travail d’experts internationaux, spécialistes des questions relatives aux compétences régaliennes. Cette demande a déjà été effectuée par notre groupe à de multiples occasions, notamment durant les comités de pilotage et nous souhaitons que l’Etat prenne des mesures concrètes pour y répondre. Nous avons d’ores et déjà transmis des noms d’experts acceptant la tâche de soumettre leurs analyses.

Par ailleurs, l’Union Calédonienne a souhaité apporter sa contribution en élaborant un document résumant sa vision de la future Nation. A l’occasion de ce Comité des signataires, la délégation de l’Union Calédonienne a ainsi communiqué son document « Après 2018, notre vision de la Nation » lors de ses rencontres bilatérales. Il n’est pas exclu, que les autres partis politiques représentés au sein du groupe que je préside au congrés de la Nouvelle Calédonie aient aussi la possibilité d’en faire autant dans les prochains mois.

Monsieur le premier ministre,

 

Sur la liste électorale spéciale de consultation

S’agissant de la liste électorale spéciale de consultation, la composition de cette liste est pour nous déterminante car elle est au cœur même de cette Parole de vie partagée que je citais précédemment : l’engagement à nous permettre d’exercer  notre droit à l’autodétermination dans les meilleurs conditions possibles à l’instar de tout peuple ayant été colonisé à un moment de son histoire. Notre participation à la consultation référendaire de 2018 sera examinée à l’aune du respect  de cette parole donnée. Et ce d’autant plus que nous avons su, avec générosité, partager notre droit  à l’autodétermination avec ceux qui ont fait de la Nouvelle Calédonie, leur pays au même titre que nous.

L’Accord de Nouméa étant avant toute chose un processus de décolonisation, nous considérons que l’ensemble des Kanak, seul peuple colonisé, doit pouvoir participer à une consultation issue d’une demande historique de sa part, et expression, par le vote, de son droit à l’autodétermination et à l’indépendance, résultat logique de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France dans un monde ayant évolué depuis vers le droit à la liberté et à la libre disposition des peuples.

Par conséquent, nous demandons que tous les Kanak soient automatiquement inscrits sur la liste électorale spéciale de consultation, une demande qui trouve toute sa justification dans le point 2 de la Résolution 1514 de l'Assemblée générale des Nations Unies du 14 décembre 1960, « Tous les peuples ont le droit de libre détermination ; en vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et poursuivent librement leur développement économique, social et culturel ».

Monsieur le premier ministre

Sur le nickel

         Concernant le rapport de Mr Michel Colin et afin d’avancer plus sûrement dans la définition d’une stratégie industrielle, l’Union Calédonienne souhaite que la méthode soit redéfinie avec la constitution d’un groupe de travail composé de représentants des groupes politiques du congrès, disposant de la possibilité de valider des objectifs intermédiaires et opérationnels : développement d’une diplomatie dans le secteur nickel, restructuration et renforcement des outils de gestion du Pays dans le secteur (Dimenc…).

Sur la situation de l’usine du Nord

Par ailleurs, il est indéniable que ce Comité des signataires puisse exprimer une position sur la situation de l’usine du Nord. Après des décennies de promesses non tenues, la forte mobilisation des indépendantistes a permis d’enclencher, enfin, une vraie démarche de rééquilibrage en permettant la construction de l’usine de KNS. Aujourd’hui, du fait d’un contexte économique et financier exceptionnellement difficile, cette réalisation est en danger malgré une intervention financière importante de la province Nord. L’annonce du licenciement d’employés locaux en est la conséquence récente, à nos yeux, il s’agit là d’une conséquence absolument inacceptable.

Ce grand chantier a suscité d’immenses espoirs qui ne peuvent être déçus car la bonne évolution du Pays est en jeu. Il est de la responsabilité de l’ensemble des actionnaires de KNS, de la classe politique calédonienne et de l’Etat de réunir toutes les conditions pour aider l’opérateur à passer ce cap difficile. A cet effet, l’Union Calédonienne demande que l’Etat intervienne pour aider la province Nord à faire face aux difficultés de sa SEM et pour lui permettre de retrouver un nouveau souffle lorsque le contexte économique international se rétablira.

Monsieur le premier ministre,

Sur les contrats de développement

Sur la question des contrats de développement, et conformément à l’article 211 de la Loi organique, la prochaine génération de ces contrats de développement 2017-2021 a été élaborée à partir d’un dialogue entre l’Etat et les collectivités calédoniennes. Mais ce qui diffère de la génération précédente, c’est l’adoption récente par le congrès du schéma d’aménagement et de développement de la Nouvelle-Calédonie NC2025 et il importe désormais que, selon les dispositions de l’article 211, les prochains contrats de développement soient pleinement compatibles avec ledit schéma et que nous puissions définir dans ce cadre, ensemble, les secteurs à privilégier.

Il importe aussi que la nouvelle génération de ces contrats, dispositif prévu pour accélérer le développement et le rééquilibrage, fasse l’objet, du fait des agendas budgétaires, d’une signature à la mi-novembre et d’inscriptions budgétaires dans la Loi de finances 2017, afin de pouvoir porter leurs effets au plus tôt, du fait que nous sommes dans la dernière phase de l’Accord de Nouméa.

Notre délégation sollicite par ailleurs toute votre attention pour que ce 15ième comité des signataires prenne en considération les demandes que le président du sénat coutumier formulera tout à l’heure pour que le financement des politiques publiques relatif à l’identité kanak soit prise en compte dans cette nouvelle génération des contrats 2017-2021. Ces demandes relevant de la charte des valeurs kanak, du plan Marshall ou des ZODEP (zone de développement prioritaire) pourraient faire l’objet d’un financement dédié ou intégrées dans les propositions des institutions calédoniennes.

 

Les transferts prévus à l’article 27 de la Loi organique

Par ailleurs, nous réaffirmons notre position maintes fois exprimés, qu’ il ne fait aucun doute que les transferts prévus à l’article 27 n’ont rien d’optionnel et que leur mise en œuvre relève de la seule responsabilité de l’Etat.

Monsieur le Premier ministre,

Sur la problématique de progression de la délinquance

Avant de clore mon propos je voudrais, dans la suite logique de la réunion d’avant hier au ministère de l’intérieur, rapidement esquisser la problématique de progression de la délinquance juvénile dans notre pays. Comme je l’ai exprimé de nombreuse fois au congrès, nous souhaitons que le sujet de la sécurité ne fasse pas l’objet d’une exploitation politicienne, au gré des échéances électorales, et soit traité au niveau de ce qu’il est : un problème de société, qui résulte en partie des déséquilibres engendrés par le système colonial.

Il nous paraît essentiel de cerner au préalable les causes profondes de cette problématique afin de définir les moyens les plus adaptés au contexte local pour solutionner durablement ce phénomène. Il nous semble en effet évident que se précipiter sur des mesures répressives ne résoudra rien sur le long terme. Bien au contraire cela risque de nous entrainer dans une spirale infernale risquant d’aboutir à de nouveaux drames humains tels que celui que  le pays vient de connaitre le 29 octobre dernier avec la mort du jeune William DECOIRE, les six gendarmes blessés, les milliers de personnes empêchées de rejoindre leurs domiciles, sans compter  les millions de dégâts causés aux collectivités ou aux biens privés. La construction du destin commun doit être préservée, en toute priorité, elle ne peut pas se fracasser et  éclater en mille morceaux contre une problématique dont on n’aura mal évalué ensemble la façon la plus intelligente et la plus sage de la traiter.

Aussi, nous réitérons notre demande d’un débat sur le sujet au congrès de la Nouvelle-Calédonie et faisons la proposition d’un groupe de travail pluridisciplinaire auquel participeraient des coutumiers et des experts, ou universitaires, spécialistes des questions culturelles, sociales et éducatives.

Pour finir, nous demandons que la réunion technique qui se tient traditionnellement le lendemain du comité soit reportée pour se tenir à Nouméa avant la fin de cette année. En effet, vous n’êtes pas sans savoir que les congrès de nos mouvements se déroulent toujours à la mi-novembre, des moments importants qui exigent que la plupart de nos représentants reprennent l’avion juste après la clôture du comité.

Monsieur le Premier ministre,

En guise de conclusion de mes propos, je dirai que l’année 2017 sera pour nous indépendantistes, l’année d’une vigilance extrême, du fait des deux grandes élections nationales que sont les présidentielles et les législatives. Car on peut légitimement se poser la question du dossier de l’avenir de la Nouvelle Calédonie dans la campagne des divers partis politiques français plus divisés que jamais aussi bien à droite qu’à gauche avec en toile de fond, la montée croissante du front national surfant sur ces divisions. Le dossier Calédonien ne risque-t-il pas d’être instrumentalisé par les partis en course  comme dans les années 1980 et notamment en 1988 à Ouvéa ?

2018, année de tous les dangers lorsque nous observons les incertitudes qui pèsent sur l’organisation de la consultation référendaire et son déroulement. Ou encore lorsque nous observons les options qui nous sont présentées pour nous mener vers un 3ième accord ou une fausse indépendance de type françafrique.

         L’histoire nous pousse à une constante vigilance dans les stratégies politiques mises en œuvre. L’histoire des décolonisations, de même que notre histoire commune avec la France depuis 163 ans nous ont appris que nous aurons à chaque fois à nous battre et parfois à négocier avec une puissance coloniale, en même temps puissance mondiale dont l’intérêt supérieur de la nation tentera toujours d’avoir le dernier mot sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes par l’application du principe d’une ligne rouge de l’indépendance à ne pas franchir. Mais les stratégies qui en découlent impactent violemment la cohésion du peuple kanak participant ainsi à sa lente implosion dont la dérive d’une partie de sa jeunesse est le signe visible d’un mal être profond.

Au nom de ma délégation, je vous remercie Monsieur le Premier ministre pour votre implication constante dans le dossier calédonien depuis votre prise de fonction et comme il s’agit de notre dernière rencontre dans ce format comité des signataires, je vous souhaite bonne chance pour les élections nationales de 2017.

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 08:10
Déclaration du Groupe UC-FLNKS et Nationalistes Comité des signataires, jeudi 4 février 2016, Paris,  Hôtel Matignon

Monsieur le Premier ministre,

Madame la Ministre des Outremer,
Messieurs les représentants du président de la République
Mesdames et messieurs,


Je voudrais tout d’abord vous remercier Mr le Premier ministre pour la teneur de votre discours d’ouverture de ce Comité des signataires qui se tient à un moment stratégique du fait que notre pays se trouve désormais à deux ans de la sortie du processus de décolonisation et d’émancipation qu’est l’accord de Nouméa signé le 5 mai 1998, dans le prolongement des accord de Matignon Oudinot de 1988 et de l’accord de Nainvilles les roches de 1983. Ces trois accords ayant été signés sous des gouvernements socialistes successifs.


Ainsi depuis 33 ans, et dans la continuité du combat de nos anciens, le FLNKS ferraille avec des gouvernements socialistes pour se sortir d’un système dans lequel l’histoire a plongé le peuple kanak colonisé que nous représentons, afin de fermer définitivement ce que Koffi Anan, alors secrétaire général de l’ONU appelait la parenthèse du colonialisme.
Les forces de gauche ont hérité de ce dossier calédonien en accédant au pouvoir en 1981, nous espérons qu’avant la fin du mandat du président de la république en 2017, une solution soit trouvée et en ce qui nous concerne, il s’agit tout simplement de l’indépendance de notre pays afin que le peuple Kanak puisse retrouver toute sa dignité, et sa liberté au sein de la future nation calédonienne dans laquelle chaque composante de la population aura sa véritable place.


L’année 2017 sera pour nous indépendantistes, l’année d’une vigilance extrême, du fait des deux grandes élections nationales que sont les présidentielles et les législatives. Car on peut légitimement se poser la question du dossier de l’avenir de la Nouvelle Calédonie dans la campagne des divers partis politiques français plus divisés que jamais aussi bien à droite qu’à gauche avec en toile de fond, la montée croissante du front national surfant sur ces divisions. Le dossier Calédonien ne risque-t-il pas d’être instrumentalisé par les partis en course comme dans les années 1980 et notamment en 1988 à Ouvéa ? C’est pourquoi, l’analyse des assassinats politiques est pour nous indispensable, d’où notre demande de mise en place d’un comité vérité et justice qui s’avère incontournable avant toute forme de réconciliation. Cette demande a été formulée dans les notes remise au haut-commissaire. Car demander d’urgence des comptes aux commanditaires, prendre date est plus que nécessaire avant le changement de présidence et avant tout travail de réconciliation, à l’instar de ce qui s’est passé dans de nombreux pays comme en Afrique du sud à la chute du système de l’apartheid ou plus près de chez nous aux Iles Salomon après la guerre civile des années 1990.


Par ailleurs l’année 2018, sera pour nous l’année de tous les dangers, car nous serons dans l’année de la consultation. Si je parle d’une année de tous les dangers c’est tout simplement parce que nous avons appris cela de notre histoire passée et récente. Les manœuvres sur la colonie de peuplement et les critères de vote s’unissent et se complètent parfaitement depuis 1956 pour rendre les kanak minoritaires dans leur propre pays. Et cela réussit. Il suffit de se référer au tableau de l’ISEE pour observer qu’à partir de la visite du général de gaulle en 1956, à un moment où 51% de la population étaient kanak, et jusqu’à ce jour la représentation des kanak dans la population totale n’a fait que baisser sauf entre 1983 et 1989 c’est-à-dire au moment des révoltes kanak de 1984 et 1988. Quelle conclusion en tirer si ce n’est que les accords que nous signons au nom de notre peuple constituent en fait un appel d’air aux flux de population métropolitaine, océanienne ou antillaise. Résultat des courses, au dernier recensement, la population kanak est passée pour la première fois de son histoire sous la barre des 40% !


2018, année de tous les dangers lorsque nous observons les incertitudes qui pèsent sur l’organisation de la consultation référendaire et son déroulement. Ou encore lorsque nous observons les options qui nous sont présentées pour nous mener vers un 3ième accord ou une fausse indépendance de type françafrique.


2018, année de tous les dangers lorsque nous constatons le bilan général des accords, le peuple kanak ne se retrouve pas ou peu, d’où l’appel du président du sénat coutumier pour un plan Marshall afin de sauver la jeunesse kanak. Année de tous les dangers lorsque nous nous remémorons les manœuvres autour de Jean Marie Tjibaou et Yéweine Yeweine qui souhaitaient une révision de l’accord de Matignon à la fin de la période de l’administration directe en avril 1989 ; le 4 mai ils étaient tous deux assassinés à Ouvéa.


Il s’agit là de quelques rappels historiques pour dire notre constante vigilance dans les stratégies politiques mises en œuvre. L’histoire des décolonisations, de même que notre histoire commune avec la France depui161 ans nous ont appris que nous aurons à chaque fois à nous battre et parfois à négocier avec une puissance coloniale, en même temps puissance mondiale dont l’intérêt supérieur de la nation tentera toujours d’avoir le dernier mot sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes par l’application du principe d’une ligne rouge de l’indépendance à ne pas franchir. Mais les stratégies qui en découlent impactent violemment la cohésion du peuple kanak participant ainsi à sa lente implosion dont la dérive d’une partie de sa jeunesse est le signe visible d’un mal être profond.

C’est pourquoi, nous demandons officiellement au gouvernement français qu’à l’instar de ce qui s’est passé en 1996, à l’ouverture des discussion sur l’avenir de la Nouvelle Calédonie, une discussion bilatérale dans la phase de préparation de l’acte d’autodétermination de 2018, soit organisée entre le peuple colonisé et son colonisateur sous une forme et des modalités à définir. Ceci afin que soient posés, sur la table des discussions les effets négatifs d’un système anachronique, empêchant le mieux vivre ensemble. Nous espérons être entendus, ce sera un geste démontrant de la part de l’Etat sa volonté de nous accompagner sur le chemin de notre dignité et de notre indépendance.


S’agissant des 4 points de l’ordre du jour proposés par l’Etat pour ce Comité des signataires, le Groupe UC-FLNKS et Nationalistes a un certain nombre de déclarations et de propositions à faire.


Sur le litige de la liste spéciale pour les élections provinciales, notre groupe interpelle l’Etat sur sa responsabilité quant au règlement de ce litige et demande à ce que les dossiers des 3388 électeurs, comptabilisés par l’expert Ferdinand Mélin-Soucramanien, comme arrivés après 1988, et non présents sur la liste générale de 1998, soient réexaminés dans les commissions administratives spéciales à partir de mars 2016.


Sur le transfert de l’article 27, le groupe UC-FLNKS et Nationalistes réaffirme qu’il s’agit d’un transfert non optionnel et réitère sa demande antérieure de mise en place d’un calendrier qu’il convient de concrétiser durant ce comité des signataires.


Dans le même esprit, nous souhaitons la mise en place d’une méthode et d’un calendrier concrets pour voir évoluer la question de l’avenir institutionnel vers un transfert des compétences régaliennes. Pour se faire, notre groupe propose qu’un Comité des signataires dédié soit organisé en septembre 2016 à Nouméa.


Sur les contrats de développement, notre groupe attend de l’Etat que la prochaine génération de contrats de développement s’inscrive davantage dans l’esprit et les objectifs de l’Accord de Nouméa, car nous considérons que ce dispositif n’a pas joué pleinement son rôle de rééquilibrage et d’accompagnement de la Nouvelle-Calédonie vers l’exercice de sa pleine souveraineté.


Par ailleurs, notre groupe souhaite remercier le Premier ministre d’avoir saisi le Secrétaire général des Nations Unies afin qu’il déploie des observateurs dans les commissions administratives spéciales et au sein de la commission consultative d’experts, comme nous l’avions demandé à plusieurs reprises devant les Nations Unies et auprès du président de la République.


Par contre, en rappelant les déclarations de l’Etat, à savoir que « ce sont les Calédoniens qui décident », notre groupe souhaite que les rapports des observateurs de l’ONU, qui doivent être envoyés à la Ministre des Outremer et au président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, soient également envoyés au président du Comité spécial de décolonisation des Nations Unies, comme il l’a été décidé à l’unanimité par le Congrès de la Nouvelle-Calédonie dans ses avis du 29 octobre 2015.


Dans le même ordre d’idées, s’agissant du problème de la nomination du vice-recteur, et alors qu’une décision collégiale du gouvernement calédonien avait été actée pour qu’un candidat citoyen puisse occuper ce poste, l’Etat a décidé unilatéralement de nommer un haut fonctionnaire du ministère de l’éducation français proche de la retraite. Notre groupe demande ainsi que ces déclarations prétendant que « ce sont les Calédoniens qui décident », ne restent pas lettre morte et que l’Etat revienne sur sa nomination.


Pour finir, le Groupe UC-FLNKS et Nationalistes souhaite rappeler que les transferts de compétence ne sont pas, pour ce qui nous concerne, des transferts de gestion administrative dans un contexte de décentralisation, mais bien des transferts de pouvoirs dans un contexte de décolonisation et d’accession à la pleine souveraineté. Ce n’est que dans cette logique que ces transferts pourront être considérés comme de véritables actes d’autodétermination et d’indépendance.


Je vous remercie

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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 09:18
Comité des signataires extraordinaire (Hôtel MATIGNON, Paris le 5 juin 2015)

Monsieur le Premier Ministre

Madame la Ministre de l’outre-mer
Monsieur le Haut-commissaire
Mesdames et Messieurs

Je voudrais tout d’abord vous remercier Mr le premier ministre pour la teneur de votre discours d’ouverture de ce Comité des signataires extraordinaire dédié au projet de modification de la loi organique relative à l’accession du pays à la pleine souveraineté et notamment lorsque vous confirmez la responsabilité de l’Etat français dans l’application de l’accord de Nouméa et la préparation du dispositif qui succèdera à cet accord. Je voudrai aussi vous remercier pour l’hommage adressé au grand chef Nidoish Naisseline, ce grand humaniste qui aura marqué de son empreinte la vie calédonienne de ces quarante dernières années.

Les sujets de discussion concernant le corps électoral de la consultation référendaire ne manquent pas compte tenu de ce type particulier de consultation. En effet la consultation référendaire ou le référendum d’autodétermination vient clore le processus de décolonisation d’un pays. Comme le disait un secrétaire général des nations Unies, elle vient fermer la parenthèse de la colonisation. Dans l’histoire d’un pays, elle est souvent à coup unique, ou exceptionnellement en une, deux, ou trois fois à l’instar de la Nouvelle Calédonie et ses trois référendums successifs. Cette consultation est parfois qualifiée de mère de bataille car les forces en présence concentrent toutes leurs énergies pour que les options défendues par chacune emportent l’adhésion de la population.


La Nouvelle Calédonie réinscrite depuis 1986 sur la liste des pays à décoloniser de ‘ONU n’échappe pas en cette période à cette explosion d’énergie qui se déclenche à l’approche de tels évènements qu’en général une personne ne vit qu’une seule fois dans sa vie. Et pourtant il s’agit là d’une étape nécessaire car l’acte d’autodétermination permet de redonner la parole à un pays colonisé ou territoire non autonome et à sa population concernée sur son propre devenir. Cette parole devant ainsi déboucher sur les trois options retenues par l’ONU : l’indépendance, l’association ou l’intégration à un autre pays.


Il convient ainsi de réunir toutes les conditions pour que cette consultation s’organise sur des règles claires et transparentes afin que la population concernée puisse s’exprimer en toute conscience et liberté sur les options proposées. Les résultats de cette consultation ne doivent être ni contestés, ni contestables devant la population du territoire non autonome de la Nouvelle Calédonie, la France puissance administrante et les Nations Unies représentant la communauté internationale.


Nous arrivons à un moment de notre histoire où chacun doit avancer l’un vers l’autre comme nous avons su le faire depuis plus de vingt-cinq ans. Ce que nous vivons actuellement vient de très loin, depuis le 18ième siècle et la rencontre de nos différents peuples. Cette histoire s’est façonnée par la sueur et le sang de nos anciens, des liens forts se sont noués, des concessions réciproques se sont réalisées. En ce qui concerne les indépendantistes ces concessions ont porté sur l’ouverture du droit de vote aux personnes arrivées et établies en Nouvelle Calédonie en 1983, lors de l’accord de Nainville les Roches, en 1988 à l’accord de Matignon et en 1998 à l’accord de Nouméa, cette dernière concession étant notre ultime concession. Par ailleurs, des contentieux se sont aussi constitués renforcés et ont perduré, créant de la suspicion, des malentendus et des blocages. Etant des insulaires nous avons dû en faire le quotidien de nos vies.


Le défi qui se pose à nous désormais est de savoir comment réussir le processus de décolonisation, comment faire en sorte de préparer au mieux nos populations à l’acte d’autodétermination afin de réussir sur la séquence des trois référendums, la décolonisation de la Nouvelle Calédonie. La communauté internationale suit de très près cette préparation, le 20 mai dernier à Managua au Nicaragua, chacun de nous a eu l’occasion de donner sa vision devant le séminaire de décolonisation de l’ONU, le Comité des 24 est prêt à nous fournir, sous réserve de l’autorisation du gouvernement français, toute l’aide et le soutien de ses experts dans le cadre de cette préparation. S’agissant de l’Etat, l’assemblée nationale et demain le sénat auront mis en place les groupes de contact nécessaires pour nous accompagner dans ce processus de décolonisation et d’émancipation.


Notre responsabilité à nous calédoniens est sollicitée aujourd’hui pour trouver des solutions viables dans le respect des valeurs et des options portées par chacun. Car le défi est de taille et digne, celui de réussir la décolonisation et l’émancipation de notre pays en mettant en place les conditions maximales devant favoriser l’expression de la population concernée calédonienne. Notre tâche est de donner corps à cette parole à venir à partir de 2018.


Mais les règles du jeu doivent être claires et leur application sans ambiguïté aucune, que ce soit sur le fonctionnement des commissions administratives spéciales, les CIMM, les compétences de chaque acteur, les critères d’inscription sur les listes. Les problèmes rencontrés sur l’établissement des listes provinciales n’étant pas entièrement réglés, il convient d’en débattre puisqu’il existe un lien de nature et d’opportunité et cela malgré nous entre les deux corps électoraux. Enfin la question de la facilitation des procédures d’inscription des natifs de Nouvelle Calédonie sur la liste électorale référendaire doit être réglée, notre délégation n’est pas opposée à un débat sur ce point d’achoppement ou tout et son contraire a été dit ces derniers temps.


Monsieur le Premier ministre, c’est dans cet état d’esprit et dans une démarche globale et volontariste que ma délégation participera activement aux travaux de ce comité des signataires extraordinaire.


Je vous remercie

Mr Roch WAMYTAN, Président du groupe UC FLNKS et Nationalistes

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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 08:30
Discours : Caribbean Regional Seminar 2015 Special Committee on decolonization United Nations Managua, Nicaragua 19-21 May 2015

M. Roch Wamytan

President of the UC-FLNKS and Nationalists Group
at the Congress of New Caledonia

Monsieur le Président du Comité spécial de décolonisation,
Mesdames et Messieurs les membres du Comité spécial de décolonisation,
Mesdames et Messieurs les représentants des territoires non autonomes,
Mesdames et Messieurs,


Permettez-moi tout d’abord de remercier chaleureusement le gouvernement et le peuple du Nicaragua pour l’accueil chaleureux qui nous est fait à l’occasion de ce séminaire régional des Caraïbes. Je voudrais aussi saluer spécialement le président de la république Daniel Ortega dont la renommée dépasse de loin les frontières de son propre pays. En effet l’histoire de son pays et de ses habitants, liée profondément à la révolution sandiniste, nous est parvenue à nous aussi peuple océanien mélanésien de l’autre rive du pacifique à la recherche de notre destin.
Je voudrais de même remercier les membres du comité spécial des 24 ainsi que son président Mr Xavier Lasso Mendoza pour l’invitation qui m’a été faite, à participer à ce séminaire en tant qu’expert exerçant depuis mai 2014 la présidence d’un groupe politique indépendantiste, le groupe UC-FLNKS et Nationalistes, au sein du congrès, assemblée délibérante du territoire non autonome de la Nouvelle Calédonie.


Introduction
Comme l’indique le document A/AC.109/2015/17 de l’Assemblée générale de février 2015, ce séminaire a pour objet de permettre au Comité spécial de recueillir les points de vue des représentants des territoires non autonomes, d’experts, de membres de la société civile et d’autres parties prenantes au processus de décolonisation, qui pourraient l’aider à déterminer les politiques et les modalités pratiques susceptibles d’être retenues dans le processus de décolonisation des Nations Unies. Les débats prévus dans le cadre du séminaire permettront au Comité spécial d’analyser et d’évaluer, de façon réaliste et au cas par cas, la situation dans les territoires non autonomes ainsi que les moyens par lesquels le système des Nations Unies et l’ensemble de la communauté internationale pourraient améliorer les programmes d’assistance aux territoires. Ainsi les contributions des participants serviront de base aux débats que le Comité spécial tiendra à sa session de fond, qui aura lieu à New York en juin 2015, en vue de soumettre à l’Assemblée générale des propositions concernant la réalisation des objectifs de la troisième Décennie internationale de l’élimination du colonialisme.
Le thème proposé pour ce séminaire avec l’ordre du jour correspondant est : « la mise en œuvre de la troisième Décennie internationale de l’élimination du colonialisme: les 70 ans de l’Organisation des Nations Unies: bilan du programme de décolonisation».
En tant qu’acteur et observateur de la vie politique et institutionnelle de la Nouvelle Calédonie depuis ces trente dernières années, je vais m’en tenir au chapitre IV en chiffre romain, paragraphe 2, petit a, du document de l’assemblée générale précité c’est-à-dire le point de vue d’un responsable politique originaire des « territoires non autonomes de la région du pacifique » et plus particulièrement de la Nouvelle Calédonie, exerçant les fonctions de membre de l’assemblée délibérante depuis 1989, mais ayant aussi été président de cette institution entre 2011 et 2014 de même que vice-président et président de notre mouvement de libération, le Front de libération nationale kanak et socialiste ,le FLNKS entre 1990 et 2001. Ce fut d’ailleurs en tant que président du FLNKS que je signai l’accord de Nouméa en 1998, un accord tripartite entre le gouvernement français, la représentation locale des non indépendantistes et le FLNKS représentant le peuple kanak colonisé à majorité indépendantiste. Je ne doute pas que mes propos pourraient susciter la réflexion pour les territoires non autonomes des Caraïbes et des autres régions. Le point de vue critique que je vais soumettre aux débats du séminaire portera essentiellement sur le chapitre IV en chiffre romain, paragraphe 1, point petit a,b,c et d. du document de l’assemblée générale précité précisant notamment le rôle de la puissance administrante française dans la mise en œuvre des principes et recommandations des Nations Unies concernant la décolonisation du territoire non autonome de la Nouvelle Calédonie dans le cadre de la troisième décennie internationale de l’élimination du colonialisme, 2011-2020. Je vais me concentrer plus particulièrement sur le rôle de la France, puissance administrante dans le processus de décolonisation de la Nouvelle Calédonie. Je n’aborderai pas la construction de l’autonomie du pays, déjà développée par le vice-président du gouvernement de la Nouvelle Calédonie hier après-midi. De même je laisserai le soin à Michaël Forrest de préciser dans la discussion la part du FLNKS dans l’avancée de l’autonomie du pays.


Bref rappel historique
La Nouvelle Calédonie est réinscrite sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU depuis 1986. En 1988 ont été signés avec la puissance administrante et les forces non indépendantistes locales, les accords dits de Matignon et Oudinot. En 1998 est signé l’accord de Nouméa pour une période courant de 1999 à 2014 année d’un possible déclenchement du référendum d’autodétermination, sous réserve que le Congrés, assemblée délibérante du pays, à l’issue des élections générales de mai 2014 le décide à une majorité des 3/5ième des conseillers soit 33 sur 54 membres de l’assemblée. Comme ce ne fut pas le cas, l’Etat Français est tenu d’organiser le référendum d’autodétermination dénommé consultation référendaire dans l’accord de Nouméa en 2018. Si le résultat est négatif, un second référendum aura lieu en 2020 et un troisième en 2022.


Dans la suite de longues et difficiles luttes de revendication jalonnant l’histoire du peuple kanak depuis la prise de possession par la France en 1853, l’accord de Nouméa en 1998 a fixé le calendrier dans lequel les mesures de rééquilibrage, maitre mots des accords politiques de 1988 et 1998, allaient être finalisées pour donner corps au processus de décolonisation et d’émancipation devant déboucher sur l’acte d’autodétermination. La période 2018-2022 doit en principe voir le pays accéder par référendum à son indépendance après une longue période de maturité depuis le premier accord politique dit de Nainvilles les roches en 1983. On peut constater d’ailleurs que le calendrier de ce processus cadre parfaitement avec celui de la troisième décennie pour l’éradication du colonialisme fixé par les Nations Unies : 2011-2020.


La puissance administrante dans le processus de décolonisation
Il est donc intéressant et utile d’analyser la politique de la puissance administrante française en Nouvelle Calédonie dans le cadre de ces deux schémas qui s’imposent à elle. D’une part dans la mise en œuvre de la troisième décennie de l’éradication du colonialisme en tant que puissance souveraine administrant le territoire non autonome de la Nouvelle Calédonie et notamment le chapitre IV, paragraphe 1 points petit a,b,c et d de l’ordre du jour (acte authentique d’autodétermination en toute liberté, information sur les statuts politiques à venir, initiative politique devant être à l’abri de toute intimidation et sans ingérence extérieure, campagne d’information politique adaptée et impartiale à mener). D’autre part pour le second schéma, dans le rôle de la puissance administrante au niveau de la mise en application des dispositions de l’accord de Nouméa et notamment la préparation de l’acte d’autodétermination de 2018. Il convient de rappeler d’ailleurs que la France est signataire de cet accord qui relève aussi bien de sa politique interne, qu’externe puisque la Nouvelle Calédonie fait partie de la liste ONU des territoires non autonomes et qu’une des dispositions de cet accord précise que le processus d’émancipation sera porté à la connaissance de l’ONU.
Il convient ainsi de considérer dans quelle mesure la puissance administrante respecte ses engagements nationaux et internationaux en ce qui concerne le processus de décolonisation de la Nouvelle Calédonie. Prépare-t-elle ce Territoire non autonome à sa décolonisation et à un acte d’autodétermination pleinement libre, transparent et donc acceptable ou met-elle en place toutes les conditions pour que ce Territoire non autonome demeure au sein de son ensemble ultramarin au nom des intérêts supérieurs de la nation et de sa place dans le monde ? Joue-t-elle franc jeu dans la mise en œuvre du processus de décolonisation et d’émancipation ou pose-t-elle des obstacles permanents freinant ce processus ?

Les Obstacles et freins au processus de décolonisation ou : Ligne rouge de l’indépendance interdite
Il s’agit là de questions tout à fait légitimes que peut se poser tout militant de la cause indépendantiste lorsque l’on entend les discours des plus hauts responsables politiques français ou que l’on constate les systèmes mis en place pour contrer les velléités d’indépendance de certains peuples colonisés. Car il faut bien constater une chose rappelée dans les interventions d’hier et notamment celle de Serguei, Cherniasky, notant qu’ avec la situation internationale qui s’est détériorée entrainant le chaos dans les relations internationales, ajouter à cela la montée du terrorisme depuis le 11 septembre 2001, la mentalité coloniale des anciennes puissances a ressurgie sous des formes plus ou moins rampantes, pour continuer à conforter leur domination coloniale. Et cela complique le travail du C24 et impacte les territoires non autonomes dans leur lutte d’émancipation. La Nouvelle Calédonie n’échappe pas à cette nouvelle donne.


S’agissant ainsi des territoires ultramarins français, le Président français François Hollande lors de sa tournée des « dernières colonies » françaises avait une constante dans ses discours : «La France est présente de partout dans le monde, un pays où le soleil ne se couche jamais, la France est un pays d’Océanie, de l’Océan indien, de l’Amérique, de l’Atlantique, des Caraïbes ». Mais dans l’Océan pacifique, la France a refusé que la Polynésie Française soit sur la liste des pays à décoloniser, dans l’Océan indien la partition des Comores a été réalisée avec une occupation de Mayotte jugée illégale au regard du droit international. Dans l’Océan atlantique et les Caraïbes les « veilles colonies » restent département français à statut inchangé, il n’y a pas de consultation sur une possible indépendance mais les transferts de population vers la France métropolitaine sont importantes. Parfois sous couvert de démocratie, nous pouvons déceler des manœuvres d’un Etat tentant d’assurer sa domination tout en faisant bonne figure devant la communauté internationale.


Les responsables indépendantistes que nous sommes avons quoi d’être inquiets au vu de cette situation en outre-mer français et eu égard aux déclarations de certains responsables politiques français de haut niveau à l’instar du président François Hollande lors de son dernier voyage en Nouvelle Calédonie en novembre 2014 affirmant dans son discours au centre Culturel Tjibaou que les intérêts supérieurs de la France se situent aussi dans le pacifique.
La question qui se pose alors est de savoir si la France peut défendre seule ses intérêts dans le pacifique ou a-t-elle besoin nécessairement de ses trois territoires ultramarins dont la Nouvelle Calédonie et la Polynésie Française inscrits tout deux sur la liste ONU des territoires non autonomes et de Wallis et Futuna collectivité française du pacifique non-inscrite sur la liste ONU ? La réponse est donnée par la politique française menée à l’heure actuelle, c’est à dire se servir de ses territoires ultramarins du pacifique comme cheval de Troie ou de « faire valoir » de sa présence dans cette zone Asie-Pacifique que le président américain Barak OBAMA qualifiait récemment de « nouveau centre de la croissance mondiale ». Cela sans compter par ailleurs ce que les superficies de ces trois territoires peuvent apporter à la puissance administrante en terme de superficie de la zone économique exclusive, la portant tout simplement au second rang de puissance maritime mondiale. Quel pays puissant dans le monde actuel refuserait ou ferait la fine bouche devant une telle aubaine de disposer de territoires sous forme de porte-avions dans une zone passée de zone oubliée à zone de la croissance mondiale.


a)- Les moyens mis en œuvre pour freiner le processus de décolonisation : moyens sentimentaux
L’histoire des décolonisations nous a appris en conséquence que lorsqu’un Etat colonisateur souhaite absolument garder des territoires colonisés au nom de ses intérêts supérieurs, il décrète l’indépendance comme ligne rouge interdite et il y met les moyens. Il tente tout d’abord d’amadouer le peuple en le prenant par les sentiments : la France nourricière, patrie des droits de l’homme, la mère patrie protectrice de ses enfants dans un monde de plus en plus difficile et cruel, la France porteuse des valeurs républicaines qui éclairent les peuples, la France attachée définitivement à ses territoires par des liens de sang, celui versé par les soldats kanak sur les fronts européens durant les deux conflits mondiaux. La grande guerre de 14-18 est souvent rappelée en cette année du centenaire. Cette guerre qui a vu plus de 1000 soldats kanak combattre en France ou dans les Dardanelles, 380 ne sont jamais revenus. Même scénario durant la seconde guerre mondiale de 39-45. Encore le même scénario en ce moment ou des centaines de jeunes kanak sont engagés sur les théâtres d’opérations extérieures où se trouvent impliquées les forces armées françaises : Liban, Afrique, Bosnie, Kosovo,Afghanistan, certains y ont aussi laissés leur vie.


b)-Moyens technique, financier.
A côté de ces moyens sentimentaux, la puissance administrante agit sur le registre technique et financier pour rendre ces territoires complétement dépendants des subsides métropolitains et européens. Une masse d’argent est transférée par l’Etat pour la prise en charge des compétences de souveraineté, avec le paiement des salaires des fonctionnaires d’Etat qui sont pratiquement doublés par rapport au salaire de la métropole. Par ailleurs l’aide à certains secteurs dont le logement social et autres investissement productifs au pays via des fonds métropolitains défiscalisés vient gonfler exagérément ces transferts. Cela donne une conséquence pouvant se résumer ainsi : trop d’argent, mal réparti (25% de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté) et in fine un pays où tout est chère, vivant sous perfusion permanente devenant pratiquement incapable d’assurer son autonomie financière sans l’aide de la puissance administrante, à moins de réformes drastiques dont a parlé le vice-président du gouvernement hier.


c)- moyens inavouables
Enfin l’utilisation des moyens inavouables sur lesquels toute une littérature existe, je veux parler des manœuvres de déstabilisation et de l’immigration ou la transmigration de ses ressortissants nationaux vers les territoires ultramarins fussent-ils ou non sur la liste des pays à décoloniser.


Manœuvre, déstabilisation

Les peuples qui ont été colonisés et ceux qui demeurent encore sous tutelle coloniale connaissent bien ou ont appris à les connaitre ces manœuvres de déstabilisation mettant en œuvre un principe vieux comme le monde du : « diviser pour régner ». L’ouvrage de stratégie militaire « l’art de la guerre » du chinois « Sun TZU » ou de son vrai nom « SUN UN au 6ième siècle avant JC en parlait déjà. Les instruments de domination coloniale sont ainsi identifiés : déstabilisation, tension, et la peur. Cette peur que présentait hier dans son exposé Mr Daniel Manfred Malcolm en parlant d’elle comme l’ennemie implacable des leaders anti colonialistes et des peuples colonisés.


Le FLNKS, notre mouvement de libération nationale, le peuple kanak, ainsi que tous ses alliés indépendantistes, de même d’ailleurs que les non indépendantistes subissent et doivent faire face, depuis des décennies, à ces types de stratégies en Nouvelle Calédonie. Récemment encore le mouvement indépendantiste a subi des tentatives de division qui ne sont que des manœuvres supplémentaires parmi toutes celles déjà subies en plus des assassinats de leurs leaders. En effet, combien de nos leaders ont été assassinés pour que le processus de décolonisation soit enrayé et que notre pays n’accède jamais l’indépendance ? Combien de nos leaders ont été sujets à des éliminations politiques, des pressions et des tentatives de retournement et de corruption

Nous sommes parfaitement conscients que ces stratégies existent et nous savons identifier les commanditaires derrière les petites mains à la manœuvre ou au-delà des propos lénifiant de certains responsables affirmant que l’Etat est un arbitre impartial et équidistant et qu’in fine ce seront les calédoniens qui décideront de leur destin par référendum. Les partis de droite s’y mettent aussi en cherchant à faire croire que l’Etat « dit socialiste » comme ils le prétendent est pour l’indépendance, alors que tous ne servent qu’un seul et même objectif : maintenir la ligne rouge de l’indépendance interdite.


L’immigration
L’autre moyen de défendre les intérêts supérieurs de la nation est par le moyen démocratique, un homme, une voix et si la balance est en faveur du peuple colonisé, quoi de plus simple que de faire venir du monde de France et leur donner le droit de vote. L’histoire de la Nouvelle Calédonie est une longue histoire de flux de migrations organisés par la puissance administrante. Ce flux en provenance de la Métropole s’est accéléré avec l’irruption des kanak sur la scène politique locale entre 1953 et 1956 au moment où ils obtenaient le droit de vote et donc à terme de pouvoir s’autodéterminer librement. A l’indépendance de l’Algérie en 1962, le général De Gaulle ne sachant quoi en faire du million de réfugiés français a facilité leur installation en Guyane et en Nouvelle Calédonie où disait-il n’y avait rien et que tout était à faire. Ainsi toute initiative est bonne et justifiée pour favoriser l’implantation de populations extérieures afin de noyer le peuple kanak démographiquement et d’empêcher l’indépendance du pays. Dans ce contexte, la « démocratie », entre autres, par le vote devient une arme mortelle contre le peuple colonisé.


Les stratégies de colonie de peuplement et de partition de pays sont ainsi bien connues car elles ont été expérimentées en Algérie dans les années cinquante et au Vanuatu (ex Nouvelles Hébrides) à la fin des années soixante-dix. Elles ont échouées dans ces deux ex colonies. En revanche, elles ont réussi aux îles Comores avec l’île de Mayotte et le contentieux avec la France est toujours en cours. Ainsi, on peut se demander si en Nouvelle-Calédonie, en plus de la colonie de peuplement, la partition, malgré son interdiction dans l’Accord de Nouméa, n’est pas un « plan bis » au travers des projets de « fédéralisme interne ».
A partir de la situation actuelle on peut faire l’hypothèse d’un montage en cours par le biais de manœuvres de division entre la « province Nord » et la « province Sud ». Une des manœuvres étant, à l’aube de la fin de l’Accord de Nouméa, de provoquer des conflits, des confrontations violentes. A titre de rappel, un des scénarios prévu par Alain Christnacht, l’un des négociateurs de l’Etat français au moment des discussions en 1998 était, dans ce cas, la reprise en main par l’Etat. A l’approche de la sortie de l’accord de Nouméa des tentatives de déstabilisation ne sont pas à exclure en Nouvelle Calédonie. Ce serait des remakes comme cela s’est passé aux Comores, avec le barbouzard français Bob Denard pour favoriser la partition de ce nouveau territoire indépendant. Ou encore la mission de la DGSE (service secret français) en opération commanditée par le ministre de la défense Eugène Hernu en 1985, aboutissant à l’explosion du Rainbow Warrior en Nouvelle Zélande, navire amiral de l’organisation écologiste Green Peace prêt à appareiller pour l’atoll de Mururoa afin de protester contre les essais nucléaires français.


c)-Modèle de la France Afrique
Par ailleurs dans le cadre de la préparation du référendum d’autodétermination qui doit se tenir à partir de 2018, la puissance administrante, suivant en cela les principes de l’ONU et les dispositions de l’accord de Nouméa, prépare la question qui sera posée à la population. Cette question portera sur le transfert des compétences régaliennes (ordre public et sécurité, justice, monnaie et crédit, relations extérieures et défense, la citoyenneté et la nationalité). Pour cela, en fonction d’une décision prise par le comité des signataires de l’accord de Nouméa en octobre 2014 à Paris, la puissance administrative organise des comités de pilotage thématiques en Nouvelle Calédonie. Dans ce cadre, les indépendantistes ont souhaité que des experts des Nations Unies puissent venir aider à la réflexion sur l’exercice de ces compétences dites régaliennes.


A ce stade, nous ne recevons que des missionnaires français qui nous orientent vers la mise en place d’un système calqué sur le modèle de celui de la Françafrique. Pour seul exemple, je citerai la proposition des missionnaires de l’Etat durant le Comité de pilotage « Monnaie et crédit » retenant parmi 4 options de monnaie nationale, leur option préférentielle du système du Franc CFA. Faut-il rappeler que beaucoup d’experts et spécialistes de l’Afrique dénonce ce système et l’accuse d’être responsable de l’appauvrissement de l’Afrique. Comment la puissance administrante peut-elle prétendre être équidistante alors qu’elle souhaite garder la mainmise sur les compétences régaliennes en instaurant un système de type Françafrique organisant des faux transferts ou des compétences soit disant partagées. Ce système aboutit dans tous les cas à de fausses indépendances. Le projet défendu par les indépendantistes est celui d’un pays totalement indépendant et souverain qui se construira en interdépendance dans sa région Asie pacifique, au moyen d’outils créés à cette effet comme le Groupe du Fer de Lance Mélanésien. Nous avons par ailleurs de jeunes kanak et calédoniens diplômés, des spécialistes expérimentés, qui réfléchissent à ces questions et sont loin de favoriser un système du copier-coller qui a montré ses limites.


d)-Le droit de vote, les critères et les listes électorales
Il s’agit d’un problème fondamental puisque certains parlent de la bataille sur le corps électoral comme la mère des batailles, permettant l’exercice du droit à l’autodétermination des peuples colonisés. Les puissances coloniales ont joué et rejoué sur cette problématique au gré de leurs intérêts. En Nouvelle Calédonie il s’agit d’un problème récurrent depuis que le droit de vote a été accordé au peuple colonisé en 1953. Les différents accords politiques de 1983, 1988 et 1998 ont buté sur cette question du corps électoral qui a d’ailleurs été une des causes de l’assassinat de Jean Marie Tjibaou. A l’approche du référendum d’autodétermination de 2018, cette question n’a pas manqué de ressurgir avec les mêmes manœuvres servies et resservies depuis 60 ans. D’où les démarches effectuées par le FLNKS auprès du C24 depuis le séminaire régional de 2013 en Equateur dans l’objectif d’informer le comité sur l’évolution de la situation. C’est d’ailleurs sur cette problématique que les membres du comité ont effectué la mission de visite en Nouvelle Calédonie dans le courant du mois de mars 2014. Ce dossier divise la Nouvelle Calédonie à l’approche de la sortie de l’accord de Nouméa et il nous semble encore une fois que la puissance administrante, compétente en droit électoral, se déresponsabilise en renvoyant l’issue des problèmes à l’appareil judiciaire ou à une solution politique consensuelle, à charge aux indépendantistes et non indépendantistes de la trouver entre eux.


C’est ainsi que suite au comité des signataires d’octobre 2014 à Paris, il a été décidé d’opérer une modification de la loi organique de1999 devant porter sur la composition des commissions administratives spéciales chargées de l’établissement et de la révision des listes électorales spéciales pour les élections provinciales et pour la consultation sur l’accession du pays à la pleine souveraineté, ainsi que sur la consultation elle-même. Après l’examen de l’avant-projet par le Congrès et suite à un rejet du texte par la majorité non indépendantiste, il a été décidé de tenir un comité des signataires extraordinaire à Paris le 5 juin prochain pour tenter de trouver un compromis politique. Le nœud du problème réside dans l’inscription sur la liste référendaire de tous les natifs de Nouvelle Calédonie en plus des kanak de statut coutumier et des personnes ayant participé au référendum de ratification de l’accord de Nouméa en 1998 qui seraient inscrits d’office. Les non indépendantistes souhaitent inscrire tous les natifs, pour sa part, le FLNKS souhaite s’en tenir qu’aux deux catégories de personnes citées : celles de statut coutumier et celles de la liste référendaire de ratification de 1998.
Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, dont les élus sont majoritairement non-indépendantistes, a émis un avis défavorable sur cette proposition de modification de la loi organique.
Au cœur de cet avis défavorable se trouvent deux points clef pour les non-indépendantistes, à savoir les inscriptions automatiques sur la liste spéciale pour la consultation sur l’accession du pays à la pleine souveraineté, et la demande de modification de l’article 188 de la loi organique qui définit le corps électoral pour les élections provinciales, base de la notion de citoyenneté calédonienne.


Le projet de modification de la loi organique en l’état actuel ne prévoit que l’inscription automatique sur la liste électorale pour la consultation des électeurs de statut civil coutumier, qui sont donc tous kanak, et celle des électeurs ayant participé à la consultation du 8 novembre 1998 approuvant l’Accord de Nouméa. Les autres catégories d’électeurs doivent faire une démarche individuelle pour être inscrits sur cette liste et peuvent voter s’ils remplissent les conditions requises à l’article 218 de la loi organique.


Comme rappelé ci-dessus, les partis non-indépendantistes réclament l’inscription automatique de tous les natifs de Nouvelle-Calédonie. Le Groupe UC-FLNKS et Nationalistes s’oppose à cette demande car l’inscription automatique de tous les natifs reviendrait à inscrire automatiquement pour cette consultation d’autodétermination toutes les personnes issues de la colonie de peuplement. Rappelons que l’Etat français a fait de la Nouvelle-Calédonie une colonie de peuplement dans le but de rendre les Kanak minoritaires dans leur propre pays. Rappelons aussi que le peuple kanak, seul peuple autochtone et colonisé de Nouvelle-Calédonie, réclame un référendum d’autodétermination depuis qu’il revendique l’indépendance, c’est-à-dire depuis 40ans. A cette date le peuple kanak n’était pas encore complètement submergé par l’immigration en provenance essentiellement de la Métropole.
Accepter aujourd’hui l’automaticité sans garde fous, équivaut à se jeter dans un piège de plus afin de rendre « démocratiquement » les Kanak minoritaires, l’automaticité ayant pour but, entre autre de masquer les fraudes d’inscriptions sur les listes électorales et ce dans la droite ligne des fraudes lors de l’établissement et de la révision des listes électorales provinciales, que nous avons dénoncé devant les instances de l’ONU à plusieurs reprises., L’alibi de l’automaticité justifié par le fait que le temps presse n’est pas acceptable car c’est une manœuvre voulue alors même que ces listes se devaient d’être mises en route dès la signature de l’Accord de Nouméa en 1998 il y a 17 ans !


Profitant de la venue sur le territoire d’une mission de l’Assemblée nationale menée par son président Claude Bartolone, les partis politiques non-indépendantistes ont manifesté devant le Haut-commissariat de la République française en Nouvelle-Calédonie, le vendredi 24 avril 2015, pour « réaffirmer leur volonté de rester français, dire « non à l’indépendance » » et exiger l’inscription automatique de tous les natifs sur la liste spéciale pour la consultation. Suite à cette manifestation, le gouvernement français a proposé la tenue d’un Comité des signataires extraordinaire le 5 mai 2015 à Paris dont l’ordre du jour porterait uniquement sur l’inscription automatique des natifs.


Dans plusieurs communiqués (datés du 22 et 27 avril et du 5 mai) que nous avons également transmis au secrétariat du comité, notre groupe politique a donné ses positions sur la question de l’inscription automatique et sur le Comité des signataires extraordinaire. Ses positions politiques sont celles que nous avons précédemment exprimées lors des commissions et de la séance publique du Congrès sur le projet de modification de la loi organique, en mars dernier.


Sur l’inscription automatique pour la consultation sur l’accession du pays à la pleine souveraineté : le Groupe UC-FLNKS et Nationalistes souhaite que, seules les personnes ayant ou ayant eu le statut coutumier, de même que les électeurs ayant participé à la consultation du 8 novembre 1998 approuvant l’Accord de Nouméa, puissent être inscrits automatiquement. Nous considérons en effet qu’il existe un contentieux et des fraudes sur la composition actuelle de la liste spéciale des élections provinciales et que, de ce fait, l’inscription automatique de tous les natifs n’est pas envisageable, et que celle des natifs, sur la base de leur inscription sur la liste spéciale pour les élections provinciales, est hautement problématique du fait du contentieux susmentionné. Notre position est simplement d’exiger le respect et l’application des critères des corps électoraux pour l’établissement des listes électorales spéciales, par tous les partenaires de l’Accord de Nouméa, y compris l’Etat qui de son côté doit s’engager à définir le périmètre de ce qu’on désigne par centre des intérêts matériels et moraux désigné par CIMM
Nous affirmons ne pas être opposés au principe d’un Comité des signataires extraordinaire, à condition que l’ordre du jour porte également sur l’établissement sincère (c’est-à-dire le « toilettage ») de la liste spéciale pour les élections provinciales et, de plus, nous avons demandé au représentant de l’Etat en Nouvelle-Calédonie qu’il soit de même traité de l’implication du Comité de décolonisation de l’ONU dans l’organisation de la consultation sur l’accession du pays à la pleine souveraineté. Nous avons souligné au de l’Etat que notre participation au Comité des signataires extraordinaire aura pour but de réaffirmer et faire valoir nos positions. De plus, nous renvoyons l’Etat face à ses propres responsabilités qui ont abouties aux dérives que nous subissons et qui opposent actuellement les Calédoniens sur ces questions. N’oublions pas que l’Etat seul est souverain s’agissant des élections et de la législation régissant l’établissement des listes électorales.

L’histoire des décolonisations a montré la nécessaire vigilance dont nous devons faire preuve lorsqu’on voit ce dont a été capable le système colonial par rapport au droit de vote et aux élections : exclusion des indigènes du droit de vote, double collège, colonie de peuplement, vrais faux référendum coloniaux, trucage des listes, etc. C’est avec tout cela en tête que le mouvement indépendantiste ira défendre ses positions à Paris.
Tout ce qui s’est passé autour de la question des listes électorales et de la loi organique n’est qu’une preuve de plus que seul l’Etat est réellement décideur lorsqu’il est question d’enjeux aussi cruciaux pour l’avenir de notre pays. En effet, il est difficile de comprendre qu'au 21ème siècle des hommes et des femmes, citoyens de leur pays, par rapport à leur avenir institutionnel, ne possèdent que le pouvoir de donner un avis sur des textes non préparés par eux et dont la décision va, une fois de plus, dépendre de parlementaires, qui ne sont pas citoyens de la Nouvelle-Calédonie, ne vivent pas ici, et ne connaissent pas notre pays. Cela porte le nom de « colonisation » et ce mode de gouvernance facilite les fraudes et multiplie les obstacles sur le processus de décolonisation.


Conclusion
A l’issue de cette analyse, j’ai tenté de démontrer qu’au-delà du vernis démocratique se cachent des pratiques expérimentées de tout temps par les puissances coloniales pour assurer leur domination au nom des intérêts supérieurs de leurs nations respectives. Notre puissance coloniale ou puissance administrante, la France, n’échappe pas à ces genres de pratiques, comme s’il s’agit d’une malédiction qui frappe ces grandes puissances vis-à-vis des peuples qu’elles ont colonisés. Il y a en cela quelque chose d’effrayant ! Mais restons optimistes car peut-être un jour des chercheurs trouveront la solution à l’instar du grand économiste français Thomas Piketty qui vient de révolutionner la compréhension de l’inégalité en démontrant dans son dernier ouvrage « le Capital au XXIème siècle » que : « l’évolution historique de l’accumulation du capital conduisait à l’enrichissement exagéré de ceux qui sont déjà riches ». Paradoxalement la London School of économics, l’école de l’establishment du capitalisme mondial vient de l’accueillir comme professeur à mi-temps !


Que faire alors Monsieur le président pour fermer définitivement cette parenthèse de l’histoire qu’est le colonialisme? Changer l’attitude de ces grandes puissances ou les mécanismes qui conduisent à de telles attitudes est horriblement difficile, il nous reste alors l’ONU et comme le disait le représentant de l’Algérie hier, l’ONU demeure le seul refuge pour les peuples colonisés. Nous partageons donc entièrement les propositions qui ont été faites depuis hier et en ce qui nous concerne, la mise en œuvre des recommandations de la mission de visite du C24 l’an dernier en Nouvelle Calédonie. Ces recommandations doivent constituer notre feuille de route. Il conviendra de pérenniser ces visites dans les territoires autonomes afin de sensibiliser les populations sur les possibilités offertes par l’ONU et les aider à exorciser cette peur entretenue à petit feu par les forces coloniales. Par ailleurs l’idée de mette en place un sous-comité par territoire est nécessaire à plus d’un titre. De même l’envoi d’experts de l’ONU et une grande implication du C24 pour aider la Nouvelle Calédonie à réfléchir sur le transfert des compétences régaliennes dans le cadre de la préparation du référendum, nous semble capital dans le processus de décolonisation en cours. Bien évidemment un dialogue permanent et constructif avec la puissance administrante reste un passage obligé. Je vous remercie.
Convention Center, Holiday Inn, Managua, Nicaragua, mercredi 20 mai 2015 15h30

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 20:37

la-poignee-de-main-officielle

Colloque des 25 et 26 avril 2008. (Mairie de Paris, Palais du Luxembourg)

Titre« Océaniens et non Européens, notre droit à l’indépendance se réalisera dans l’ensemble Pacifique ».
Sous titre «Petite leçon d’histoire, de droit, de géographie »

 

Roch WAMYTAN, président du FLNKS (1995-2001)

Signataire de l’accord de Nouméa

Préambule

 J’interviens ici en ma qualité de témoin et acteur des accords de Matignon en 1988 et Nouméa en 1998, textes fondateurs de  la Nouvelle Calédonie d’aujourd’hui. Témoin de l’accord de Matignon, en effet au cours du mois de Juin 1988, Jean Marie  Tjibaou, alors président du FLNKS, m’avait demandé de le représenter à une réunion de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) à Addis Abeba en Éthiopie, puis de le rejoindre à Paris où l’avait convié le premier ministre M. Rocard. J’ai ainsi suivi en « coulisse » les négociations qui ont abouti à l’accord de Matignon. Acteur de l’accord de  Nouméa, puisqu’en  1998, c’est en tant que président du FLNKS, à la tête de la délégation indépendantiste, que nous avons négocié puis signé cet accord à Nouméa le 5 mai 1998  aux côtés du premier ministre de la France Mr Lionel Jospin et de Mr Jacques Lafleur, président du RPCR.

Ces accords ont été signés, au nom du Front de Libération Nationale Kanak Socialiste. Le FLNKS  porte la revendication nationaliste kanak, il est sujet de droit international et bénéficie des droits et obligations reconnus à tout Mouvement de Libération Nationale (MLN), depuis la réinscription de la  Nouvelle Calédonie sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU le 2 décembre 1986, résolution  41/41 A de l’assemblée générale des Nations Unies.


Si j’ai bien compris la démarche des organisateurs, il convient de parler vrai, de dire les choses telles qu’on les ressent de là ou nous sommes, et éventuellement interpeller le premier ministre M. Rocard sur certaines questions ou sur des points particuliers quant au rôle de la France dans le processus de décolonisation de la Nouvelle Calédonie.

Dans l’exercice de mes différents mandats politiques à l’assemblée de la province sud, le congrès et le gouvernement ou encore en tant que président de l’Union Calédonienne (UC), (1999-2001), vice président du FLNKS (1990- 1995) puis président du FLNKS (1995-2001), j’ai toujours œuvré afin que  les deux accords de 1988 et 1998 soient  appliqués dans l’esprit et dans la lettre.

Mon intervention cette après midi sera basée essentiellement sur la question de la décolonisation de notre pays inscrit depuis 1986 sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU. Je vais donc essayer de vous donner,le plus brièvement possible les clefs essentielles, dans le temps qui m’est imparti, sur le contexte historique dans lequel les deux  accords ont été signés, le non respect du droit international fondement de la revendication nationaliste kanak enfin quelques perspectives. J’espère que  cela suscitera de nouvelles recherches, particulièrement chez les étudiants calédoniens et notamment kanak qui doivent connaître les périodes sombres de notre histoire confrontée au colonialisme considéré par l’ONU depuis 1970 comme un crime (1). 
 

Introduction générale

Les accords de Matignon- Oudinot et Nouméa se situent bien dans la lignée de moult statuts et arrangements constitutionnels pour assurer le contrôle des colonies et de l’outre mer.

Depuis 1940, année de la création du « Conseil de défense de l’Empire » (2), jusqu’à nos jours, l’Etat a constamment fait le choix de chercher et construire sa propre indépendance en contrecarrant l’indépendance de ses colonies et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes  (3). Les raisons avancées sont multiples : sa grandeur, sa place dans le monde, ses intérêts supérieurs (4)… et depuis ces dernières années son rang de deuxième puissance maritime. Ses slogans perdurent et  illustrent cette politique  « la France des trois océans où le soleil ne se couche jamais », « l’outre-mer, la respiration de la France dans le monde » (5) En refusant la décolonisation des peuples par des moyens divers, l’Etat  contribue à bloquer le compteur de l’histoire au lieu de refermer «  la parenthèse » que constitue le système colonial comme l’a souligné, à plusieurs reprises, l’ancien secrétaire général de l’ONU, Koffi Anan

Les méthodes  pour maintenir ces situations d’oppression sont largement connues et décrites avec détail. Je citerais brièvement pour ma part, les guerres coloniales, les statuts à répétition ou  sorte de « guerre des statuts », les accords truffés de pièges pour les ralentir, les rendre caduques ou inopérants, les accords portant à croire que les colonisés veulent rester au sein de la république du genre « c’est eux qui le demandent ». A monsieur Rocard qui comme ses prédécesseurs, depuis 1946, propose de « décoloniser dans la France », je réponds par l’affirmation de Mr Earl Stephen Huntley Président du comité spécial des 24 de l’ONU, qui déclarait le 12 février 2003 :   «  Certains Territoires non Autonomes se bercent de l’illusion de l’autonomie en se montrant prompts à légitimer l’autorité unilatérale d’un pays plus important. Loin d’avoir disparu, le colonialisme a pris de nouvelles formes plus sophistiquées à savoir le déni de l’existence d’un statut pour les Territoires non autonomes ».

S’il y a de la résistance de la part des peuples sous tutelle, alors des moyens plus radicaux sont utilisés de façon insidieuse. Ces moyens vont s’exercer sur trois cibles principales que sont d’une part les MLN et les partis indépendantistes qui sont infiltrés, « doublés », réprimés, interdits…, d’autre part les leaders qui sont  retournés, éliminés politiquement ou assassinés… enfin les populations qui sont déplacées et  transférées, « l’idéal » étant de mettre en place une colonie de peuplement accompagnée d’une stratégie de la tension et de la peur. Diviser pour régner, manipulations, désinformations… rien que de très classique, complètent les moyens employés à cette fin,  « briser la résistance ».

Cela, l’histoire de la décolonisation et des recolonisations, nous l’a appris, notamment avec ce que l’on sait sur le système de la « Françafrique » si bien décrit par l’association Survie dont les livres de François Xavier Verschave. Notre pays la Nouvelle Calédonie n’a pas échappé à cette main mise de l’Etat tout au long de son histoire. Je la connais bien, elle  m’a été racontée, notamment, par mon grand père maternel, Roch Pidjot, membre fondateur de l’Union des Indigènes Calédoniens Amis de la Liberté dans l’Ordre (UICALO), de l’Union Calédonienne, député du territoire de 1964 à 1986, lui qui a été grand chef du temps de l’indigénat, marié à une descendante de la chefferie de Dumbéa rayée de la carte par l’armée coloniale voilà 150 ans exactement. Il m’a raconté les manœuvres dont il a fait l’objet. Tout d’abord en tant que conseiller territorial autour du référendum de la constitution de 1958, puis en tant que ministre durant la loi Defferre qui aurait dû restée inchangée afin de disposer du temps nécessaire pour préparer l’indépendance. Enfin en tant que député autour des discussions du projet de loi Lemoine en 1984 après le rejet de son projet de loi sur l’indépendance jugé anticonstitutionnel.

La colonisation, nous la connaissons donc  à travers les livres et les récits que nous ont rapportés nos anciens, mais hélas aussi à travers nos propres responsabilités difficiles face aux nombreux obstacles et dans un rapport de force si défavorable. Responsabilité avec ses doutes, déceptions, craintes, angoisses, sacrifices ainsi que son lot d’erreur. Responsabilité procurant par ailleurs la satisfaction de participer à notre lutte de libération, de faire vivre nos espoirs, de remporter quelques victoires. Mme Caroline Machoro vient, avec beaucoup d’émotion, de vous décrire les grandes étapes de notre lutte et de ses espérances.  Les promesses et les revirements successifs de l’Etat pour garder son empire colonial et son outre-mer, ajoutés aux souffrances endurées par notre peuple depuis la prise de possession le 24 septembre 1853, ont conduit à une perte quasi irréversible de confiance en une France plus soucieuse de défendre le droit des peuples en dehors de son pré carré. Une France qui ne cesse de se proclamer « Patrie des droits de l’Homme » pour masquer ses manquements au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

1-Le Contexte historique des accords

 

A vingt ans et dix ans  de distance, avec cette histoire présente à la mémoire,  on doit mettre en lumière les zones d’ombre et les  manœuvres dont ont fait l’objet les leaders de l’époque, en particulier les leaders indépendantistes.

L’accord de Matignon

S’agissant de l’accord de Matignon, le film « les médiateurs du pacifique » qui nous a été projeté ce matin à la Mairie de Paris illustre en partie ces manœuvres.

 A l’occasion du boycott du « statut Pons » en 1988, eut lieu la tentative d’occupation de la brigade de gendarmerie de Fayaoué (Ouvéa), par des militants du FLNKS. Elle entraîna, hélas, un terrible drame, la mort de quatre gendarmes. En réponse, l’Etat, pour libérer les gendarmes détenus en otage, déclare une guerre coloniale à Ouvéa sur fond d’enjeu de pouvoir franco-français, l’élection présidentielle de 1988. Suite à ces deux évènements, l’Etat  détourne le projecteur et, sous le manteau de la neutralité objective, se transforme en arbitre entre deux communautés car le pays serait « au bord d’une guerre civile ». Le colonisateur « pyromane pompier » se métamorphose, par un tour de passe-passe, en « faiseur de paix » grâce aux « médiateurs du pacifique » et aux accords de Matignon. Le réalisateur reprend la thèse officielle dans la présentation de son film, « la France faisant œuvre de Paix. Quel message plus universel ?» Mais il nous informe aussi des pressions exercées sur les négociateurs calédoniens à l’instar de ce qui vient d’être décrit à propos de la colonisation (6). Il nous précise enfin que l’Etat proposait aux négociateurs, la paix et la réconciliation ou la guerre. (7)

Suite à ces pressions, les deux négociateurs signaient l’accord de Matignon le 26 juin 1988, le symbolisant par une poignée de main historique. En tant que membre de l’Union Calédonienne dont la devise est « deux couleurs, un seul peuple », je ne peux pas dire que la poignée de main et le rapprochement des deux leaders étaient inutiles,  je salue cette démarche empreinte de dignité. Elle a ouvert de nouvelles et de vastes possibilités dans le champ du « vivre ensemble » en permettant de faire émerger la conscience d’appartenir à un pays et à un peuple en devenir. Ce rapprochement a aussi permis une meilleure compréhension des uns et des autres sans oublier toutefois de noter que les élus calédoniens se connaissent et travaillent depuis longtemps au sein des institutions de leur pays. Hélas, malgré cela, les stratégies de tension et de peur, pour sauvegarder la Nouvelle Calédonie française, se révèlent toujours aussi dangereusement « efficaces ».

Il est vrai cependant que beaucoup de calédoniens ont découvert qui étaient vraiment les kanak après les « évènements » de 1984, les drames d’Ouvéa et les accords de Matignon Oudinot. Avant cette date, ils étaient « invisibles » ou transparents. Depuis les massacres et les expulsions du siècle précédent, les kanak s’étaient fondus dans le paysage pour se faire oublier afin de survivre tout simplement. Leur histoire a rattrapé l’histoire officielle de la Nouvelle Calédonie, « pays du non dit » par excellence.  La poignée de main, malgré ses effets positifs immédiats ou à terme ne peut pas être un prétexte pour maintenir le statut quo. Certes le geste a permis le début d’une nouvelle espérance,  il doit  se prolonger par une réelle volonté de changement dans le respect du droit de chacun, de tous les citoyens, mais il ne peut bafouer  celui du peuple colonisé réclamant son indépendance.

La signature de l’accord de Matignon reportant l’indépendance « sine die », condamnait Jean Marie Tjibaou. Il le paya de sa vie un an plus tard. C’est ce que lui dira Yéwéné Yéwéné au sortir de Matignon : « nous sommes dans un trou noir ». L’accord de Matignon fut contesté par les instances du FLNKS. Ainsi à la convention de Thio, Jean Marie Tjibaou écoutera avec un calme et une dignité extraordinaire les militants lui reprocher son geste. A la fin de la journée, à court d’argument, il se justifiera par la mort de ses frères assassinés à Tiendanite (Hienghène) en décembre 1984 et les reproches de sa propre mère, décédée peu, qui lui en faisait endosser la responsabilité. « A vous qui me reprochez cet accord, je vous dis merde ». Il criait par là  sa souffrance face au poids des drames de Tiendanite et d’Ouvéa. La convention de Gossanah, Ouvéa exigeait quant à elle, un réaménagement de l’accord sur des questions de fond (8). Ce à quoi répondait M.Rocard par une fin de non recevoir sauf à obtenir l’assentiment de J. Lafleur (9)

Vingt ans après ces évènements, on continue à se poser des questions sur la responsabilité politique de la mort des trois leaders indépendantistes : Jean Marie Tjibaou, Yewene Yewene et Djoubély Wea le 4 mai 1989 à Wadrilla (Ouvéa). En signant cet accord, qui ne donnait pas l’indépendance du pays kanak, Jean Marie Tjibaou avait t-il conscience qu’il mettait sa vie en danger et pourquoi l’a-t-il accepté ? Ou alors comment les négociateurs de l’Etat l’ont-t-il persuadé de signer, avaient t-ils des moyens de pression sur sa personne ? A-t-il fait l’objet de pressions  par rapport à la mort de ses frères et au massacre d’Ouvéa ? Dans quel état d’esprit était-il ? Certains ont-ils profité de sa « fragilité » pour lui arracher cet accord qui devait le conduire à la mort ?

Avant cette nuit du 25 au 26 juin 1988, il nous a fait part du ton parfois menaçant de ses interlocuteurs, comme par exemple que le statut Pons ne serait pas modifié s’il ne signait pas  un accord, que les milices dont il demandait le désarmement, ne  seraient pas désarmées, que l’armée française pourrait encore intervenir sur d’autres points du Territoire s’il le fallait  etc… « Voulez vous la mort de votre peuple  »lui a-t-on demandé. Les menaces s’accompagnaient en outre de promesses. Ainsi, en contrepartie d’un accord, l’Etat allait s’engager à pourvoir à la Nouvelle Calédonie les moyens d’un développement sous le principe du rééquilibrage, pour préparer le pays à l’indépendance, mais ceci reportait à plus tard la question de l’exercice du droit à l’autodétermination et à l’indépendance.

Par ses interrogations et ses doutes, Jean Marie Tjibaou exprimait sa volonté d’avoir le soutien des instances du FLNKS, avant de poursuivre les négociations avec l’Etat.

Aussi, je tiens à vous faire part d’un fait que je considère très important, il s’agit d’une lettre de Jean Marie Tjibaou adressée au premier ministre M.Rocard le 25 juin 1988.  En  fin d’après midi, ce jour là, il avait demandé à  Yéwéné Yéwéne, Léopold Jorédié et moi-même de le rejoindre dans sa chambre d’hôtel. Il nous explique qu’après les rencontres bilatérales avec le premier ministre, il va devoir accepter de signer un accord qu’il ne peut assumer seul. Il a donc besoin de  recueillir l’aval et le soutien du FLNKS sur les contours d’un éventuel accord avant d’engager son peuple. Le ton et le contenu de la lettre reflétaient la gravité du moment. Ainsi, il viendrait à Matignon avec sa délégation mais après avoir entendu le premier ministre, il comptait lui  demander de suspendre de quelques semaines les négociations. Je vais personnellement  déposer la lettre à Matignon, il demande  à Léopold Jorédié et moi-même d’attendre à son hôtel le retour  de la délégation.  Que se passe t-il après ? L’attente dure toute la nuit et le dimanche 26 juin, au petit matin,  on apprend qu’il a finalement signé l’accord dit de Matignon alors que, d’après le planning, les rencontres devaient se poursuivre encore le mardi. Le piège mis en place par Mr Rocard s’était refermé, une fois de plus, à partir  des pressions et des fausses promesses. (10).

Au cours de l’année d’administration directe (1988-1989) Jean Marie Tjibaou s’est plaint à plusieurs reprises des mensonges avérés, des promesses non tenues, et des difficultés qu’il rencontrait déjà pour faire vivre l’accord de Matignon Oudinot. Ainsi, preuves statistiques à l’appui, l’Etat disait, contrairement aux chiffres avancés par le FLNKS, que les kanak seront majoritaires au référendum de 1998. Par ailleurs le gouvernement s’engageait à freiner le flux de migration en provenance de la Métropole notamment par la suppression de l’indexation des retraites. Enfin des mesures d’accompagnement seront prises pour inciter les expatriés métropolitains à rentrer en France. (11). Au lendemain du référendum du 6 novembre 1988, il déclarait à une journaliste Australienne à propos de ces accords « Le FLNKS n’est pas marié aux dix ans de l’accord, il s’y tiendra si les autres s’y tiennent. Que font aujourd’hui certains signataires alors qu’il est question de partager ? En fait, ils ne partagent rien, ils ne cherchent qu’à exclure les autres.». Dans une interview donnée à un journal australien à Sydney en janvier 1989, il laissait entendre un éventuel retrait de cet accord, quelques mois plus tard, il était assassiné à Wadrilla lors de la cérémonie de levée de deuil des 19 martyrs d’Ouvéa. Son assassinat et le sang versé scellaient définitivement l’accord de Matignon Oudinot, telle est la tradition kanak. Il portait seul la responsabilité de l’accord, lui seul pouvait revenir sur cet accord, sa mort liait le FLNKS à l’accord de Matignon puis dans son prolongement, à celui de Nouméa signé 10 ans plus tard. Certains avaient-ils fait le lien entre sa nécessaire disparition et la survie de l’accord ?

Le FLNKS était une fois de plus décapité, dans la droite ligne des  assassinats de Pierre.Declercq en 1981, d’Eloi Machoro et de Marcel Nonaro en 1985, sans compter les nombreuses disparitions  de leaders kanak (crise cardiaque, cancer foudroyant, accident de voiture, d’hélicoptère…) une illustration de « l’art de la guerre » : écrêter par la tête » ?

L’accord de Nouméa

Je ne reviendrais pas sur les aspects de l’accord de Nouméa évoqués par la vice présidente FLNKS du gouvernement de la Nouvelle Calédonie, Mme Déwé Gorodey. Elle a précisé que cet accord demeure la feuille de route de notre pays et qu’il doit aller à son terme avec l’enjeu important du transfert des compétences. Elle a exprimé avec clarté les difficultés liées à l’application au jour le jour de la collégialité au sein du gouvernement. En soulignant les avancées positives, elle a exprimé les espoirs et les attentes des acteurs œuvrant à la mise en œuvre de cet accord devant assurer le « mieux vivre ensemble » des populations.

Pour ma part, en tant que signataire de l’accord de Nouméa, j’ai vécu les difficultés de sa mise en œuvre au sein du premier et du deuxième gouvernement issu des élections provinciales de mai 1999. Depuis lors, je me suis attaché à exercer une vigilance accrue sur son application, n’hésitant pas à dénoncer tant en Nouvelle Calédonie, que devant le comité des signataires à Paris ou  les instances de l’ONU à New York, le non respect, les dérives et les freins orchestrés par les deux autres partenaires de l’accord. Les déclarations à ce sujet ont fait l’objet de nombreuses publications internes (12).

Il me reste à aborder les manœuvres et manipulations sur le FLNKS. La méthode à dominante « élimination physique » des leaders indépendantistes de la décennie 1980 est passé au second rang par rapport à d’autres méthodes appliquées dans les  colonies françaises : les éliminations politiques et le retournement des responsables indépendantistes. Il s’agit d’une stratégie  destinée à rendre inopérant tout en les neutralisant, les mouvements de libération nationale, afin de faciliter entre autre la partition des territoires réclamant l’indépendance. L’ancien ministre du général De Gaulle, Alain Peyrefitte, abondamment cité ces derniers temps par M. Rocard, aborde ces thèmes dans un ouvrage daté de 1961 intitulé « Faut-il partager l’Algérie ? ». Toutes les recettes y sont, depuis le système de fédéralisme interne et externe jusqu’aux techniques de retournement des leaders. Cette dernière était mise en œuvre par le  service Action du «  Service de Documentation Extérieure et de Contre Espionnage, SDECE ». Dans une note du 14 mars 1961, ce service décidait par exemple de : « créer une organisation musulmane opposée au FLN et favorable au maintien de liens étroits entre l’Algérie et la métropole ». Il s’agissait du Front algérien d’action démocratique (FAAD). (cf Maurice Faivre « les archives inédites de la politique algérienne, 1958-1962 », l’Harmattan, 2000, p. 411-415). S’agissant des leaders du FLNKS, les tentatives de retournement n’ont pas manqué, avec d’ailleurs plus ou moins de succès pour les « commanditaires ». La création de l’Union Nationale pour l’Indépendance (UNI) en 1995 peut être analysée sous cet angle. La mise en orbite du Comité de Coordination des Indépendantistes (CCI) en décembre 1997, devenu Fédération des CCI ou FCCI en juin 1998 relève de la même logique. Ironie de l’histoire le FAAD a été crée par le CCI (Centre de coordination interarmé) des services de la défense française. Enfin la fameuse « lettre du Figaro » publié par Alain Peyreffite en 1996, annonçant un  « soi disant » accord politique secret signé par J. Lafleur et R.Wamytan, participe de la même tentative de retournement des leaders. Il faut ainsi noter que ces tentatives se déroulaient à la veille de la reprise des négociations sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle Calédonie. A l’approche des échéances capitales que sont les élections de 2009 et le référendum de 2014, que vont nous réserver comme surprise de taille, les inconditionnels du maintien de notre pays au sein de la république française ?

2-Non respect du droit international sur les fondements de la revendication nationaliste

Malgré des avancées positives, les différents accords se situent dans une continuité de démarches de l’Etat défendant avant tout ses propres intérêts. Pour contrer l’indépendance, il décolonise dans la France ». Il propose pour ce faire, une fédération « externe » afin de garder les pouvoirs régaliens et ce malgré les échecs retentissant de l’Union Française en 1946 et de la communauté en 1946 consacrant, en vain, une double nationalité. Son outil, la constitution française a deux particularités. Elle constitutionalise la constitution comme l’a si bien dit un député malgache en 1946, elle bafoue le droit de l’ONU sur l’octroi de l’indépendance.

Je citerai trois exemples qui parlent d’eux-mêmes pour confirmer mon propos et qui viennent contrecarrer les conditions d’exercice du droit à l’autodétermination  des peuples, telle que le rappelle la résolution 55/146 de l’assemblée générale des Nations unies en date du 8 décembre 2000 prise à l’occasion de la prorogation de la décennie pour l’éradication du colonialisme (2001- 2010): et notamment les articles 11 et 12.

Le premier exemple est le droit de vote  dont la référence au droit de l’ONU est l’article 11 de la résolution citée ci dessus : «   Les puissances administrantes devraient veiller à ce que l’exercice du droit à l’autodétermination ne soit pas entravé par des modifications de la composition démographique dues à l’immigration ou au déplacement des populations dans les territoires qu’elles administrent » Cette question a fait l’objet de discussions interminables depuis des décennies alors que suivant les principes de l’ONU, il s’agit de l’exercice d’un droit lié à la notion de populations concernées. En 1983, à Nainville les roches, le Front Indépendantiste (FI) a accepté d’ouvrir ce droit uniquement aux « victimes de l’histoire ».  A chaque échéance importante, ce fut le cas en 1988 et 1999, des nouveaux arrivés revendiquent cependant ce droit, réservé prioritairement au peuple colonisé. Les offensives continuent malgré la notion constitutionnalisée de « vote bloqué ». Le FLNKS s’opposera à  de nouvelles  manoeuvres et notamment à une interprétation abusive de l’article 218, e de la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 « sont admis à participer à la consultation pour le référendum d’autodétermination les électeurs inscrits sur la liste électorale remplissant la condition suivante : «avoir  l’un de leurs parents né en Nouvelle Calédonie et y avoir le centre de leurs intérêts matériels et moraux »

Le deuxième exemple est la poursuite de la colonie de peuplement, organisée, sélectionnée et intensifiée depuis les années 1950 suite à la peur de perdre les dernières colonies françaises d’outre mer dans le contexte des guerres d’Indochine et d’Algérie. (12). Les conséquences  des flux d’immigration en provenance de la France métropolitaine, sont désastreuses. Le journal « Le Monde » abordait ce problème dans un article daté du 19 avril 2008, intitulé « les métros débarquent sur le caillou ». Il citait l’Institut de la statistique évoquant le chiffre de 14000 personnes installées entre 2000 et 2004 et un solde migratoire de nouveaux arrivants entre 800 et 1200 par an. La construction des usines, le dispositif de défiscalisation, les retraites indexées, constituent un appel d’air à l’immigration métropolitaine avec toutes les effets négatifs qui en découlent : la flambée des prix de l’immobilier, le rejet à la périphérie de la ville ou dans les squats de centaines de familles océaniennes  qui ne trouvent plus à se loger décemment en ville, la pression sur le foncier traditionnel kanak suburbain dont les revendications, les droits, sont de plus en plus bafoués. Ce flux contribue enfin à rendre de plus en plus minoritaire le peuple kanak dans son propre pays. Il en résulte des phénomènes de rejet tant de la part des kanak que des autres, notamment de la population caldoche. Comment  la population concernée pourra t-elle exercer son droit à l’autodétermination   avec cet afflux de population ?

Enfin troisième exemple, le pillage organisé de notre patrimoine minier  avec les projets métallurgiques polluants notamment celui du sud. Ce projet va exploiter le diamant de Goro, un des gisements les plus importants au monde, cédé par l’Etat, pour « une bouchée de pain » à la société canadienne Inco. Cette transaction s’est effectuée, sur le dos des calédoniens, dans le cadre de contreparties d’Etat à Etat, tenues secrètes. A longueur d’années les sociétés annoncent leur intention d’ouvrir de nouvelles exploitations  au moment où les cours du nickel sont au plus haut. De même des projets sont en cours pour exploiter nos richesses en gaz et pétrole. Que restera t-il pour les générations à venir et le futur Etat ? Comment les populations vont-elles exercer leur droit à l’autodétermination  dans les meilleures conditions possibles si leurs richesses ont été pillées et leur environnement  pollué ? Ainsi que le rappelle l’ONU en son article 12 de la résolution pré citée : « Les puissances administrantes devraient appliquer des mesures visant à conserver les ressources naturelles, à protéger l’environnement et à aider les peuples des territoires non autonomes à parvenir à un niveau maximal d’autosuffisance économique, de protection écologique et de développement social et éducationnel ». Nous exigeons que ce droit soit respecté.

3- Les perspectives

Certains observateurs avisés lors de la signature des accords de 1988 et 1998, clamaient l’opportunité pour la Nouvelle Calédonie d’une décolonisation réussie. Force est de constater qu’au fil du temps, on assiste plus tôt à une décolonisation inachevée et pire à une recolonisation programmée. Deux dangers guettent principalement notre pays : la partition et la déstabilisation.

 L’accord de Nouméa, comme le stipule par ailleurs le droit international, interdit la partition mais le risque demeure quant aux intentions réelles de la France. En effet, certains proposent déjà comme solution de sortie du processus de l’accord de Nouméa, le  fédéralisme interne. Cette solution est présentée comme « la » nouveauté, alors que le système fédéral était déjà proposé aux colonies  par l’assemblée constituante, après la révolution de 1789, ce qui entraîna la révolte des esclaves de Saint Domingue (loi des 24-28 septembre 1791 in « Droit des outre-mer » de Jean Philippe Thiellat, Dalloz, 2007). Ce dispositif institutionnel  pourrait déboucher sur une partition de la Nouvelle Calédonie, comme dit précédemment, (cf ouvrage d’A. Peyrefitte). Il convient de noter par ailleurs qu’il existe un précédent en matière de partition depuis 1975, il s’agit de l’occupation illégale de l’île comorienne de Mayotte malgré l’opposition des comoriens et les condamnations successives de l’Etat français par l’ONU.

Parallèlement en Mélanésie, les manœuvres de déstabilisation risquent de se poursuivre, l’objectif inavoué étant de créer un soi disant « îlot de stabilité » à haut niveau de vie en Nouvelle Calédonie dans un univers présenté comme « chaotique » afin de décourager toute aspiration à une indépendance future.

 Que peut-on espérer pour faire respecter notre droit au-delà de toutes manœuvres et promesses non tenues ? Si aucune solution satisfaisante dans le cadre du destin commun n’est trouvée, le peuple kanak devra alors, avec le soutien des pays frères du Pacifique, se retourner vers l’ONU pour lui demander officiellement sa protection face aux velléités de l’Etat français d’imposer ses choix sur un peuple qui ne réclame que ses droits, la justice, la dignité  et la liberté. Le peuple kanak ne pourra plus se contenter de statut de transition permanent à l’intérieur du carcan constitutionnel français et accepter que son indépendance soit confisquée. Ayant définitivement perdu  confiance en une France qui reste coloniale, il ne pourra plus envisager de bâtir son avenir et celui de ses enfants sur des promesses jamais tenues ou détournées de leurs objectifs par des pressions et du chantage permanents.

« Le temps jouant finalement contre  le projet d’indépendance, le FLNKS ne devrait pas pousser au-delà de l’horizon 2014/2019 l’accession  de la Nouvelle Calédonie à la souveraineté pleine et entière à moins de vouloir ranger aux oubliettes de l’histoire son droit inné et actif à l’indépendance.

 Le temps sera alors venu de faire vivre enfin un Pacifique décolonisé dans un regroupement d’Etats indépendants et interdépendants. Il sera composé, avec l’Australie et la Nouvelle Zélande, des trois entités océaniennes : la Fédération des Etats mélanésiens, y compris Timor de l’Est et demain la Papouasie occidentale, la Polynésie et la Micronésie. Cet ensemble, au sein du Forum du Pacifique, donnera ainsi une visibilité et une identité propre à ce Pacifique dépecé par les Etats colonisateurs européens depuis deux siècles, un Pacifique dont certains  Etats européens continuent  de nier la légitimité d’exister en tant que Région viable dans un monde en pleine réorganisation

Conclusion

 La France ne veut pas l’indépendance de son outre mer. Il est grand temps qu’entre tradition coloniale et modernité la France fasse le choix de la modernité. Le discours du président de la république Nicolas Sarkozy à Dakar sur « l’histoire et l’Afrique » (14) est à juste titre controversé car anachronique. La problématique qu’il développe doit être renversé. Il décrit en effet le drame d’une France empêtrée dans ses contradictions historiques et psychologiques, arrivant difficilement à surmonter son « passé colonial » pour pouvoir enfin entrer dans l’histoire. Il est temps que la France s’applique à elle-même les leçons qu’elle donne aux autres peuples qu’elle a contribué à asservir. Il est temps qu’elle cesse de resservir à ces peuples des solutions datant de sa révolution de 1789.

Nos droits ne sont pas  négociables et doivent être respectés.  L’Océanie n’est pas l’Europe. Les frontières de l’Europe, toujours en discussion, ne sont pas censées se prolonger jusqu’au Pacifique, même si la France offre son outre mer dans la corbeille de mariage de l’Europe. Au même titre que les jeunes français participent et feront vivre la construction  Européenne, notre jeunesse, toute ethnie confondue, doit construire son avenir dans le Pacifique. Un pacifique respecté, reconnu et en inter relation avec les autres régions du monde.

R.Wamytan

Mai 2008.


Notes


(1) ONU Assemblée Générale 25ème session, résolution 2621 (XXV) du 12 octobre 1970 « déclare que la persistance du colonialisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations représente un crime qui constitue une violation de la Charte des Nations Unies, de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux et des principes du droit international »

(2) Le conseil de défense de l’Empire a été créé le 27/10/1940 à Brazzaville par le général de Gaulle.

(3) choix tragiquement illustré par les massacres du 8 mai 1945 à Sétif (Algérie) en ces jours de fête de la victoire, de la capitulation allemande, puis du retour en force en Indochine malgré la proclamation de l’indépendance du Vietnam le 2 septembre 1945 alors que l’ONU vient de proclamer à  San Francisco le 27 juin « les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

(4)Maurice VAÏSSE, La grandeur, politique étrangère du général de Gaulle 1958-1969, Paris, Fayard, 1998, p. 726

 (5) Eric DEROO, L’illusion coloniale, Paris, Tallendier, 2005. p 164-165. « En 1945 la France qui tente de se relever de la défaite et de l’occupation sollicite à nouveau son Empire. N’est-il pas synonyme de la Plus Grande France ? Brochure « les colonies pour la libération de la métropole » en pages intérieures « France d’outre mer puissance stratégique. Par son empire la France est présente sur toutes les mers du globe (…) Dans cette guerre (…) les Territoires de la France ont pu jouer un rôle décisif par leur simple situation géographique (…)

(6) Film « les médiateurs du pacifique » : 0h54’ avant la fin. C. Blanc à J.Lafleur «  Nous sommes peut-être à quelques heures d’une guerre civile (…) peut être que vous estimez qu’après tout les choses sont mieux ainsi, je sais que dans la population européenne certains estiment qu’il y a des armes d’un côté et il n’y a peu d’armes de l’autre et peut être en effet serez vous engagé dans un combat qui tuera des milliers et des milliers de kanak mais vous savez, comme moi, que la population caldoche n’est pas prête à se battre après qu’il y eut autant de  victimes,, vous supplierez la France de venir vous chercher, d’envoyer des bateaux or, à ce moment là je ferai, après en avoir informé précisément le 1er ministre, une conférence de presse et j ‘expliquerai les privilèges sur ce territoire, les capitaux investis aux USA, en Nouvelle Zélande  et en Australie, et vous n’aurez aucun soutien et ce jour là, monsieur le député, vos amis se retourneront vers vous en disant qui est le responsable et le responsable ce sera vous monsieur Lafleur ». Curieusement dans le film, il n’est pas fait mention des pressions exercées sur jean Marie Tjibaou. Pourquoi ? Chercherait t-on à protéger l’image anti-colonialiste de la gauche ?

 (7) Film « les médiateurs du pacifique : 0h11’ avant la fin : Arrivée à Matignon samedi 19h30. M. Rocard « j’ai donc ouvert la séance en disant madame, messieurs il y a ici de la nourriture pour 2 où 3 jours, il y a de quoi s’allonger, je suis libre jusqu’à mardi nous sommes samedi soir mais personne ne sortira, nous ne pouvons pas avertir nos mandants d’une par,t moi du côté des autres membres du gouvernement, vous de votre côté des vôtres(…) Cette tirade n’a pas été bien accueilli, c’était d’ailleurs bien normal. Déjà J.Lafleur n’était pas très content mais il en avait vu d’autre et il avait une immense autorité sur sa délégation, un peu pater familias, si j’ose dire. C’était un peu moins vrai de la délégation FLNKS beaucoup plus démocratique et beaucoup plus délibérante et l’idée pour Jean Marie Tjibaou et ses compagnons de s’engager à ce point sans une approbation formelle de leurs conseils, comités, directions, leurs assemblées essentielles leur paraissait impossible et pourtant c’était un risque à ne pas prendre d’autant plus que la négociation ne donnerait pas pleine satisfaction à un groupe contre l’autre. Il a donc fallu ré intervenir en leur disant ce n’est pas un principe sur lequel on peut déroger nous sortirons d’ici sans autre rendez-vous et à la sortie ce sera la paix ou la guerre (…) sachez simplement que si nous devons nous retrouvez avec la guerre la République française la fera sans faiblesse nous avons naturellement les moyens d’augmenter notre puissance militaire là bas...

(8) Extraits de la motion FLNKS de Gossanah ,Ouvéa ,23-24 juillet 1988: « (…) Le FLNKS est disposé à s’engager plus en avant dans le processus ouvert par les accords de Matignon dès lors que le cadre du plan Rocard n’est pas figé et susceptible d’aménagements sur des questions de fond. La position du gouvernement français qui récuse à l’avance aux parties concernées toute possibilité de négociation de l’accord de Matignon, ne va pas dans le sens de l’ouverture, de la recherche d’un compromis honorable pour tous. La convention du FLNKS d’Iaai donne mandat au bureau politique de prospecter toutes les voies en concertation avec le gouvernement français susceptibles de favoriser la relance de pourparlers en vue d’un accord final

(9) le journal « la Croix » dans son édition du 9 août 1988 titrait : « Le FLNKS au pied du mur : Michel Rocard réclame l’aval du RPCR pour d’éventuelles re-négociations »

(10) Les médias ont largement fait état de cette lettre en en donnant des extraits. (a) Agence kanak de presse (AKP) n°78 27/6/88 (p 1) « (…) le président Tjibaou adressait une lettre à M.Rocard (…) compte tenu des humiliations et des souffrances que nous venons de connaître, écrivait-il, nous souhaitons qu’une période de trois semaines à un mois nous permette de restituer à notre mouvement chacun des points que vous aurez arrêté en tenant compte des intérêts divergents des communautés… Le lourd tribu que notre peuple vient de payer exige que nous partagions d’abord avec lui les mesures de décolonisation que vous comptez prendre pour préparer le scrutin d’autodétermination et surtout la durée que ces mesures exigent pour sauvegarder la liberté de notre peuple au moment de son accession à l’ indépendance » / (b) Le  Monde mercredi 29/6/88 (p 9) « (…) Jean Marie Tjibaou a menacé de se retirer si son n°2 refusait de l’accompagner à l’hôtel Matignon (…) le numéro 2 du FLNKS, toutefois, avait convaincu Jean Marie Tjibaou de rappeler fermement la position du FLNKS dès l’ouverture de la réunion du samedi. C’est ainsi que le président du FLNKS avait remis au 1er ministre une lettre balisant sa participation aux conversations (…) L’Etat ne peut s’abriter derrière une position d’arbitre. Il n’est pas juge mais acteur (…) il ne nous est pas possible d’engager immédiatement (l’adverbe était souligné) le peuple kanak dans une voie qui n’offre pas de perspective claire sur son accession à la souveraineté (…) Et le président du FLNKS (…) se justifiait auprès de ses lieutenants (…) c’était bâtir ou faire la guerre (…) »  (c) Libération du 29/6/88 (p12)  et (d) Nouvel Observateur 1/7/88 (p 26-27).

(11) (a) Le Monde du 1/7/88 (p 12) « M.Tjibaou se montre convaincu d’obtenir l’aval des militants (…) Devant les étudiants canaques à Paris, mardi, M.Tjibaou , a souligné que dans dix ans, compte tenu des dispositions envisagées dans l’accord de Matignon pour réduire le nombre des fonctionnaires métropolitains sur le territoire et du « gel » de toute immigration, les canaques seront très nettement majoritaires en nombre, ce qui offrira au mouvement indépendantiste des possibilités de victoire électorale » / (b) Le Figaro du 26/7/88 (p 5) « Jean Marie Tjibaou plaide coupable, j’ai été mal éclairé en ce qui concerne le découpage des provinces et le corps électoral » (c) Libération du 29/7/88 (p 8-9)  titre : «  Nouvelle Calédonie : Rocard répond aux indépendantistes », «  le FLNKS se trompe sur l’issue du scrutin d’autodétermination de 1998 : selon lui, les indépendantistes pourraient être majoritaires (…) J’ai eu l’occasion de leur dire qu’il y avait trois formes d’indépendance : à la Guinéenne c’est à dire brutale avec pour conséquence l’isolement et la grande pauvreté, à la Chypriote, avec une partition de l’île, et il y en a une troisième à la Brésilienne, avec le mélange des communautés avec un rapport de force fluide et dynamisant avec l’ancienne métropole (…) (Question du journaliste) vous contestez l’évaluation d’un résultat 60/40 contre l’indépendance que fait le FLNKS ?  (…) (réponse) Il est normal que les mélanésiens sous estiment par prudence (…) / (d) Le Monde du 30/7/88 (p 6) « M. Rocard estime que les dirigeants du FLNKS se trompent dans leurs calculs électoraux » / (e) Libération du 20-21/8/88 (p 8) « le corps électoral qui sera appelé a se prononcer sur l’indépendance en 1998, sera majoritairement mélanésien, a en substance affirmé le gouvernement »

(12) Publications internes les plus récentes : a) La révision constitutionnelle du 17 mars 2003 au regard du droit des peuples  à disposer d’eux-mêmes : conséquences pour la Nouvelle Calédonie et les pays d’outre mer,mai 2003, 38 pages - b)Liste « FLNKS pour l’indépendance » élections provinciales de 2004, programme R.Wamytan, 24 pages – c) deux déclarations devant la commission de décolonisation de l’ONU, New York 10 octobre 2005 et 5 octobre 2006, 33 pages – d) note R.Wamytan à l’occasion des élections présidentielles,meeting FLNKS du 14 juin 2007 sur les raisons pour lesquelles le FLNKS a signé l’accord de Nouméa, les dérives constatées et les solutions proposées, 9pages. – e) note de synthèse du comité des signataires de l’accord de Nouméa, Paris, 19-21 décembre 2007,11 pages.

(13) statistiques INSEE « Evolution de la population néo-calédoniennes entre 1887 et 2004 

(14) Bas de page (9) Extraits de l’allocution de N.Sarkozy, président de la République, prononcé à Dakar le 26/7/2007 « (…) le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire (…) Ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles (…) L’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable ou tout semble  écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à  l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin (…) Le défi de l’Afrique c’est d’entrer d’avantage dans l’histoire (…) Le problème de l’Afrique c’est de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour (…) Le problème de l’Afrique c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu (…) n’arrive pas à se libérer de ses mythes

 

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 20:31
Drapeau_FLNKS_UC.pngParis, Hôtel de Matignon, jeudi 6 décembre 2012
   
R.WAMYTAN, signataire FLNKS de l’accord de Nouméa, Chef de la délégation UC/FLNKS
   
Avant propos
 
Lors des comités des signataires précédents, les déclarations des chefs de délégation étaient prévues  à l’ordre du jour puis reprises synthétiquement dans le relevé de conclusion. Depuis un certain temps, ces déclarations n’apparaissent plus dans le relevé de conclusion. De même les signataires ne sont plus invités à apposer leur signature au bas du document. Enfin, lors de ce dernier comité, ils n’ont pas été invités à relire le relevé lequel a été présenté seulement par oral.
 
Cette situation est parfaitement anormale car l’accord de Nouméa est constitutionnalisé et que le comité des signataires est d’abord et avant tout une structure politique plus que technique. Qui plus est, le relevé de conclusion du comité des signataires est porté à la connaissance de l’ONU par les autorités françaises, du fait  que la Nouvelle Calédonie est inscrite depuis 1986 sur la liste des pays à décoloniser.
 
Ainsi le positionnement politique des parties prenantes à cet accord  doit  être nécessairement connu et des Nations Unies et de l’opinion publique.
 
Et ce  d’autant plus que ce comité des signataires est le premier présidé par un gouvernement de gauche de retour aux affaires après dix ans d’absence. Le gouvernement français ayant donné ses positions politiques tant à l’Elysée par le président de la république que par le premier ministre dans son discours d’ouverture, il était inadmissible que les deux autres signataires ne soient pas initialement prévus  pour  s’exprimer.
 
Il a fallu que la délégation UC/FLNKS insiste pour que le chef de délégation puisse faire la déclaration politique. Le ministre des outre mers proposait dans un premier temps que la déclaration soit délivrée en fin de réunion, au moment de la clôture par le premier ministre, ce qui est proprement irrespectueux et anti-démocratique dans un procédé de décolonisation. Au dernier moment, à l’issue de son discours d’ouverture, le Premier ministre proposait alors à la surprise générale, que les chefs de délégation puissent s’exprimer à ce moment là et non plus à la clôture tel que prévu.
 
La parole du FLNKS, signataire de l’accord de Nouméa doit être sauvegardée à sa juste place. Elle ne doit pas être noyée du fait d’un élargissement sans fin mais calculée de la composition de ce comité des signataires. Il est donc important de revenir à chaque fois aux fondamentaux, et ainsi de réaffirmer que les signataires sont : l’Etat, le FLNKS (partis  indépendantistes) et le RPCR (partis non indépendantistes).
 
A ce 10ième comité des signataires ont donc pris la parole : pour les partis non indépendantistes : Pierre FROGIER, du RUMP/Rassemblement,  sénateur, Harold MARTIN de l’Avenir Ensemble, président du gouvernement, Philippe GOMES de Calédonie Ensemble, député de la 2ième circonscription, Simon LOUECKHOTE,  sénateur honoraire du LMD, pour le FLNKS : Paul NEAOUTYINE, du Palika, président de la province nord, Roch WAMYTAN, de l’Union calédonienne/ FLNKS, premier vice président du Congrès.
 
Le texte qui suit constitue la partie politique venant en complément du document remis officiellement au Premier ministre le 5 décembre 2012 et  qui reprend l’essentiel des propositions de la délégation UC/FLNKS. Compte tenu de l’imbroglio plus ou moins entretenu sur le moment de délivrance de la déclaration des chefs de délégations, seule une synthèse de ce texte a été exposé oralement en cinq minutes.
 
La plupart des propositions ont été soit actées par le comité des signataires soit mises à l’étude dans des groupes de travail avalisés par le comité technique réuni le vendredi 7 décembre au ministère des outre-mer. Face à un ministre monopolisant souvent la parole, il a fallu de la constance pour intégrer certaines de nos propositions, le résultat a été cependant au rendez vous.
   
La déclaration politique
 
Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Ministre des outre-mer,
 
Permettez moi tout d’abord au nom de la délégation UC/FLNKS de vous présenter nos remerciements d’avoir pu organiser ce CDS malgré le contexte assez tendu aussi bien en France qu’en NC. Ce 10ième CDS, se situe à un moment important marqué par des anniversaires en 2013 qui nous permettront de revisiter notre propre histoire, de se l’approprier en essayant de tirer les leçons du passé, dont certains pièges posés dans les texte des accords, afin de mieux envisager l’avenir : les 160 ans de la prise de possession du pays Kanak par la France (24 septembre 1853), les 60 ans de l’UC le plus vieux parti politique du pays, les 30 ans des accords de Nainville les roches (1983), les 25 ans des accords de Matignon (1988) et les 15 ans des accords de Nouméa (1998).
 
Ce 10ième Comité des signataires est aussi marqué par le retour d’une présidence socialiste et d’un gouvernement de gauche. De ce fait ils ont organisé ce 10ème Comité, et ce après dix ans d’absence, le dernier s’étant tenu le 22 janvier 2002 à l’invitation du secrétaire d’Etat chargé de l’outre mer, Christian Paul sous le gouvernement du premier ministre Lionel Jospin. Il s’agissait du deuxième Comité des signataires. Depuis, les différents gouvernements de droite en ont organisé sept de 2003 à 2011.
 
En dix ans la physionomie du comité des signataires a évolué au gré des alliances, des ruptures ou des recompositions des forces politiques néo-calédoniennes. En 2006 (5ième CDS) un élargissement s’est opéré au bénéfice des  présidents de collectivités non signataires. En 2007 le premier ministre F. Fillon pour la première fois présidait le CDS afin de souligner l’importance de cette instance à qui le point 6.5 de l’ADN avait fixé ses trois missions principales dont celle de « veiller au suivi de l’application de l’accord ».
 
Durant cette période, des gestes forts d’une grande portée symbolique furent initiés par les plus hautes autorités de l’Etat : les réceptions régulières par le président de la république avec présentation de la coutume kanak à l’Elysée, la décision de lever le drapeau indépendantiste au coté du drapeau de la république au Comité des signataires de 2010, la présentation de la coutume kanak à Matignon par le président du sénat coutumier au Comité des signataires de 2011.
 
En Nouvelle Calédonie, il convient aussi de noter la constitution de la majorité non indépendantiste et indépendantiste au sein des institutions du pays, congrès et gouvernement en début 2011. Il s’agit là d’une initiative qui tend à prolonger l’esprit de la poignée de main de Jacques LAFLEUR et Jean Marie TJIBAOU dans des démarches d’avenir porteuses d’espoir.
 
Les élections présidentielles et législatives de 2012 ont permis le retour des forces de gauche à la gestion des affaires de la France. Le FLNKS a assumé sa part de responsabilité en soutenant le candidat François Hollande, au nom de la défense de valeurs et d’idéaux partagés en commun pour une société plus égalitaire. Ce soutien s’est traduit dans les résultats des urnes malgré  les situations de conflit avec les gouvernements de gauche successifs (insurrection contre la loi Georges LEMOINE en 1984 et ordre du président François MITTERRAND, chef des armées, de faire intervenir la force militaire contre les militants FLNKS d’Ouvéa en 1988). Soutien par ailleurs manifesté malgré fait que le FLNKS, assimilé à un MLN (mouvement de libération nationale) au titre de la charte des Nations Unies de 1960 et ce depuis 1986, date de la réinscription de la NC sur la liste des pays à décolonisés de l’ONU, n’avait plus pour vocation de participer au jeu de politique interne du pays exerçant  l’autorité de tutelle.
 
Avec la victoire électorale de cette année, votre gouvernement se trouve désormais engagé dans un processus politique de décolonisation et d’émancipation devant conduire la Nouvelle Calédonie à un rendez vous avec son propre destin à partir des élections provinciales de mai 2014. C’est en effet sous votre autorité qu’en 1983, 1988 et 1998 ont été signés les différents accords de Nainville les roches, Matignon-Oudinot et Nouméa. C’est sous l’autorité de votre gouvernement que s’ouvrira la période théorique  de la sortie de l’accord à partir de 2014.
 
Vous donnez comme feuille de route « l’accord, rien que l’accord, tout l’accord » , respect de l’esprit et de la lettre de l’ADN. Dans les faits cela n’est pas toujours le cas notamment sur la question du droit de vote aux élections provinciales et à celle de la consultation de sortie du processus qui ne doit souffrir d’aucune ambiguïté. Des centaines d’électeurs kanak sont sur le tableau annexe mais par ailleurs on tente d’intégrer des non citoyens sur les listes spéciales. Un toilettage est absolument nécessaire, obligatoire et urgent pour ces listes provinciales, et pour  l’établissement des listes électorales relatives à la consultation de sortie. Il s’agit là d’une question hautement politique et nous pouvons affirmer que le peuple kanak ne pourra plus accepter un processus le rendant de plus en plus minoritaire dans son propre pays il ne pourra pas accepter  de rester insensible à la mort programmée de l’exercice de son droit à l’autodétermination par une politique volontaire d’immigration de nationaux français. Ce point est non négociable et doit être abordé en toute sérénité et transparence.
 
Cette question est capitale à partir du moment où nos visions sont divergentes quant au devenir de notre pays. Le FLNKS défend son projet d’indépendance de la Nouvelle Calédonie et sa place dans la construction d’une région pacifique apaisée, sa région naturelle, où se déplace d’ailleurs le centre du monde, lieu de la croissance mondiale actuelle. Les représentants de l’Etat français qu’ils soient de droite ou de gauche souhaitent une NC émancipée dans la France avec des liens renouvelés. Les déclarations des uns et des autres insistent ainsi sur les intérêts supérieurs de la Nation comme deuxième puissance maritime mondiale grâce a sa ZEE (zone économique exclusive) fournie essentiellement par les outre mers et permettant à la France dite des 3 océans d’assurer une présence partout dans le monde. La Nouvelle Calédonie est ainsi partie prenante du rayonnement de la France dans cette région Asie-pacifique.
 
En ce qui nous concerne, nous réaffirmons notre droit d’être accompagnés sur le chemin de l’émancipation, notre légitimité à exercer notre droit à l’autodétermination. Ceci est de la responsabilité historique de l’Etat qui ne doit pas faillir à la mission de décolonisation de la NC et notamment en favorisant l’immigration de ses nationaux ou encore par des politiques d’intervention financière visant à entretenir une situation d’assistanat en créant une bulle artificielle sous perfusion permanente à 20.000 km de sa base nourricière, rendant ainsi ce pays en devenir incapable de la moindre autonomie et mettant ainsi en cause sa propre survie dans un pacifique en pleine évolution.
 
Aussi nous considérons qu’en tant que partenaire de l’accord de Nouméa, l’Etat n’est pas arbitre, il a une responsabilité particulière envers le peuple premier, c’est à l’aune de ce prisme que nous comprenons le principe d’équidistance développé par le ministre des outre mers lors de son déplacement en Nouvelle Calédonie. Nous le comprenons avec son sens politique et non géométrique puisqu’il s’applique à deux groupes que l’histoire et les politiques coloniales successives ont rendu inégaux, au plan démographique et au plan de la justice sociale.
 
C’est sur la base de la perte de sa souveraineté et à partir de ces inégalités fondamentales que le peuple kanak a fondé sa revendication d’indépendance et qu’il a signé les différents accords politiques. Depuis près de vingt cinq ans on constate de réelles avancées. Mais les résultats sont encore très loin d’être satisfaisants. Notre délégation a eu l’occasion de  faire savoir au gouvernement par un courrier daté d’hier, l’objet de nos inquiétudes et préoccupations sérieuses sur les freins mis en travers du processus de l’accord et qui n’est pas du fait des indépendantistes même si nous assumons notre part de responsabilité : retards volontaires dans les transferts, manque de volonté politique pour faire avancer les dossiers, remise en cause de certains fondamentaux de l’accord (notamment en ce qui concerne la pleine reconnaissance de l’identité kanak ou la réalité d’un rééquilibrage), esprit de résistance face au processus engagé, fébrilité ou posture laxiste dans les prises de décision sur les réformes à entreprendre au niveau fiscal et de modernisation de l’économie, négation de l’esprit de l’accord par la résurgence de discours et d’attitudes  racistes ou d’exclusion, discours anachroniques et surannés que l’on croyait morts et enterrés notamment durant la campagne des législatives de 2012  et autour de la problématique de la tribu dans la ville et l’affaire des cases. Non respect encore de cet esprit en écartant d’office le FLNKS dans le partage des responsabilités institutionnels (collégialité).
 
Il est donc important que l’Etat joue à plein son rôle d’acteur et de catalyseur dans la mise en oeuvre  de l’accord au titre de sa mission historique de décolonisation.  Il doit redynamiser un processus encalminé et encrassé par la peur ou l’attente des prochaines échéances électorales. Un accord de décolonisation ne peut souffrir de ce type de frein qui neutralise la marche vers l’émancipation.
 
R.WAMYTAN,
Chef de la délégation UC/FLNKS
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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 00:38

(La Foa, vendredi 16 novembre 2012)

 

           rwLes Congrès de l’Union Calédonienne doivent être l’occasion de lever le regard au dessus de la barrière de récif. En effet  militants et responsables du parti restent souvent focalisés sur la politique interne en croyant à tort qu’a partir du moment où l’on a signé l’accord de Nouméa, l’action politique doit s’appréhender uniquement sur le seul déroulé de cet accord, nos yeux restant braqués que sur le jeu politique local avec ses acteurs : indépendantistes et non indépendantistes.

         L’analyse politique que nous avons à  mener au cours de ce Congrès doit ainsi intégrer, comme nous le faisions les années précédentes, les niveaux : national français, régional et international. Sinon il nous manquerait des éléments clés importants pour évaluer correctement la situation où notre pays et notre lutte se trouvent afin d’élaborer les stratégies et conduites à tenir non seulement pour l’application de l’accord mais surtout pour préparer la sortie vers l’indépendance du pays.

         Le premier niveau à tenir compte est bien évidemment la politique menée par  l’Etat Français à travers les gouvernements successifs qu’ils soient de droite ou de gauche. Et comme il s’agit depuis l’élection de François Hollande, d’un gouvernement socialiste, donc de gauche, qui gouverne l’Etat, il nous faut donc regarder de prés la politique socialiste pour l’outre mer français.

         On constate que les différents congrès du parti socialiste insistent régulièrement sur les mêmes thèmes qui peuvent se résumer par le principe de : « la ligne rouge de l’indépendance interdite » car les outremers sont une chance pour la république et la République doit être une chance pour les outremers. Sont ainsi énoncés en résumé les mots d’ordre suivant : rendre aux outre- mer la place qu’ils méritent dans la République, valoriser l’étendue de son espace francophone, sa ZEE (zone économique exclusive) comprise comme une immense richesse pour la France et pour l’Europe, d’où la bataille entreprise à l’ONU pour la possession des ilots Matthew et Hunter, grâce à l’outre mer, la France rayonne dans le monde en tant que deuxième puissance maritime (90% de cette puissance lui sont données par l’outre mer et notamment les territoires du pacifique). Le ministre de l’outre mer Victorin Lurel dira que : les outre mers de par leur diversité, sont des exemples de sociétés multiculturels modernes, elles doivent être un laboratoire d’idées (genre cobaye) pour aider la France à accomplir sa mutation. Les outremers représentent une immense richesse pour la France et l’Europe. Le mouvement initié en NC depuis la signature de l’accord de Matignon devra servir de guide aux collectivités d’outre mer qui opteront pour une plus large autonomie (mais pas l’indépendance !). Les outremers constituent l’essentiel  de la richesse de la France en matière de biodiversité etc ….

         A y regarder de plus prés, il y a peu de différence entre les visions de droite ou de gauche de l’Etat Français pour l’outre mer. Et on ne peut guère se tromper en affirmant que l’Etat n’a aucun intérêt (intérêt supérieur de la Nation) à ce que son outre mer se sépare de l’ensemble français. En conséquence, sous couvert de démocratie, tout se mettra en œuvre pour éviter les tentatives d’indépendance, considéré, implicitement comme des  formes de sécession, en contradiction avec les principes de l’ONU : droit des peuples à disposer d’eux mêmes et  droit des peuples autochtones. En son temps, François Mitterrand avait dit à nos anciens : « l’indépendance jamais, au pire la partition ».

          La politique d’immigration de nationaux français dans la droite ligne de la circulaire Messmer de 1972 qui perdure encore depuis plus de 50 ans, c’est à dire au moment de la première vague de décolonisation, ne s’explique  que par le principe de la défense des intérêts supérieurs de la nation. Le système de la France Afrique si bien décrit et dénoncé par l’association Survie, le spectre de la partition de la kanaky brandi comme une menace, la main mise sur la ZEE (zone économique exclusive) et ses ressources, la possibilité pour l’Etat de reprendre la compétence sur la gestion des ressources naturelles, notamment en ce qui concerne les « terres rares » (métaux rares entrant dans la fabrication des ordinateurs, tablettes, Smartphones, lasers, panneaux photovoltaïques, radars, missile ..), toutes ces stratégies n’obéissent qu’à ce seul principe : tout faire pour que la Nouvelle Calédonie reste française et européenne afin de conforter la France dans son rôle de grande puissance (relent nostalgique de l’ancien empire colonial français) au détriment du droit du peuple kanak et calédonien à son indépendance.

         La question que l’on peut se poser est de savoir si un gouvernement se réclamant de la gauche, donc de valeurs et d’idéaux de justice, d’égalité, de respect et défense du petit et du faible, agit autrement qu’un gouvernement de droite. Non seulement l’histoire récente a démontré le contraire, mais on peut constater que s’agissant de la politique outre mer il y a peu de différence entre droite et gauche. De plus, au vu de la dernière conférence de presse du président Hollande la semaine dernière (réforme de l’Etat, donc moins d’Etat,  pacte de compétitivité, aide massive aux entreprises,) les marqueurs de la pensée socialiste tombent les uns après les autres, tous les observateurs notent un virage idéologique important et l’abandon progressif du socialisme pour un nouveau terme : « le social libéralisme ».

         Par ailleurs il est nécessaire pour nos analyses de connaitre la situation géostratégique de notre région le Pacifique.  La France y est présente par ses territoires et elle n’a pas l’intention de se retirer. Pour preuve ses manœuvres en tout genre pour renforcer sa présence et sa légitimité dont : le maintien des territoires dans une situation d’assistanat par l’immigration ciblée et choisie, la défiscalisation à outrance, les transferts financiers et l’indexation des salaires des fonctionnaires, tous ces éléments qui contribuent à créer une bulle artificielle où se développe une croissance factice avec de hauts revenus, une vie chère et de fortes inégalités sociales. Mais aussi par une présence et une coopération militaire tout azimut dans l’esprit des dernières manœuvres de ce mois de novembre 2012.

         La France affirme ainsi sa présence face à deux immenses géants que sont les USA et la Chine. Avec l’’élection du président OBAMA en 2008 et sa réélection le 6 novembre dernier, le président américain a fait de l’Asie Pacifique la pièce maitresse, le pivot de sa diplomatie après une décennie de conflits en Irak et Afghanistan, il considère que cette région, la nôtre, est le nouveau moteur de la croissance mondiale. Sa première visite après sa réélection est la Birmanie en fin de ce mois et il revendique sans cesse sa part d’océanité (originaire d’Océanie) du fait qu’il est né à Hawaï et que cet état-archipel américain est situé dans l’océan pacifique.

           Pour sa part la Chine  qui vient de porter Xi JINPING à sa tête, en tant que secrétaire général du parti communiste chinois a clairement affirmé sa volonté d’afficher sa prépondérance politique, militaire, économique et sa souveraineté sur un ensemble d’île et d’îlots de la zone et dans la mer de Chine. Les pays de cette zone dépendent d’elle pour leur avenir économique et c’est elle qui a favorisé leur émergence économique. Les deux grandes puissances rivales s’affrontent économiquement et pour le moment pacifiquement, dans le Pacifique occidental, cette région où se trouve notre pays.

         Comme l’affirmera un journaliste politique : « Tous ces pays ont peur aussi de la Chine, de ses velléités de prépondérance régionale et de la manière brutale avec laquelle elle manifeste ses revendications territoriales. Alors ils se tournent vers, les Etats-Unis, pour lui demander de rester dans la région ou de conforter ses alliances militaires locales. Ils veulent l'Amérique pour se protéger, la Chine pour se développer. L'Amérique, bien entendu, a répondu présent. Elle estime qu'elle joue son statut de puissance numéro 1 dans le Pacifique, car c'est là que sont les marchés de demain, c'est là qu'est la croissance d'aujourd'hui. Bref, c'est là que se trouve le plus grand potentiel de développement économique sur la  planète. Elle a donc renforcé ses alliances militaires dans le Pacifique, et la Chine y voit une volonté de la contenir, d'endiguer sa montée en puissance. Bref, elle y voit une attitude hostile, et l'on ne peut écarter l'éventualité d'un affrontement, même très localisé. C'est toute l'ambiguïté de la relation sino-américaine, mélange d'interdépendance et de rivalité stratégique.C'est une situation qui peut rappeler la guerre froide, mais elle est différente ».

         Nous, en tant que petit peuple en lutte pour son indépendance, face à un état colonisateur soucieux de maintenir sa domination sur notre pays au nom de ses intérêts supérieurs, face à deux mastodontes tels que la Chine et les USA ainsi que leurs pays satellites, que pouvons nous espérer et quelle est notre marge de manœuvre ? Il s’agit donc de bien réfléchir à cette situation et de proposer des stratégies efficaces et sérieuses.       Les quelles pistes proposées ci après peuvent aider à définir notre conduite à tenir dans cet avenir qui s’avère de plus en plus difficile à bâtir.

      Eviter de faire glisser notre pays vers un clone des institutions françaises, genre « copier coller » pour les transferts, d’où urgence de l'élaboration de notre constitution en cohérence avec une " Fédération des Etats mélanésiens » la structure régionale qui devra succéder au Groupe du Fer de Lance Mélanésien : en regroupant les population mélanésiennes du Vanuatu (250.000), Fidji (800.000), Salomon (700.000), la Papouasie Nouvelle Guinée( 7 millions), Timor Leste (1 million) et la Nouvelle Calédonie (250.000), une Fédération de ces états peuplés d’environ  dix millions de personnes (ou treize millions en intégrant West Papua) serait largement viable.

        A ce niveau, il sera important de définir comment l’UC compte organiser l’accueil du sommet du Fer de Lance puis la présidence sur les deux ans à venir. Dans ce cas, il est hors de question que la Nouvelle Calédonie entre comme membre à part entière de notre organisation régionale, elle risque d’agir comme « cheval de Troie » pour la politique française, car il s’agit là d’une stratégie clairement exprimée par le ministre de l’outre mer à Paris en octobre dernier : les territoires français sont là pour défendre les intérêts de la France. Il conviendra enfin de reprendre notre place au sein du Forum du pacifique.

         Pour exister et défendre nos intérêts face à la France, face aux géants du pacifique, il sera nécessaire d’affiner notre stratégie propre au sein de l’UC et du FLNKS : définir notre rôle et le rôle du Fer de Lance mélanésien, envisager une nouvelle approche vers le Forum du pacifique et mener des rencontres avec les représentants de la Chine et des USA non pas par l’intermédiaire de la France mais de notre propre initiative en relation avec notre organisation régionale mélanésienne.

 

Il s’agit là de quelques pistes, à nous d’élaborer la stratégie la plus efficace au regard des enjeux et des difficultés, pour notre pays de demain.

 

Roch WAMYTAN 

 

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 00:09

Séminaire de la Fédération des GDPL de la Province Sud

(Des GDPL au développement du foncier coutumier)

Nouméa, Centre culturel Tjibaou, 26,27 octobre 2012.

Mr le président de la Fédération et les membres du bureau

Messieurs les représentants des institutions

Messieurs les représentants des autorités coutumières

Messieurs les représentants des administrations

Messieurs les représentants des GDPL

Mesdames et messieurs

Au nom du congrès de la Nouvelle Calédonie et de son président, Gérard POADJA, retenu en Province nord, que je représente ce matin, je voudrai tout d’abord saluer l’ensemble des participants à ce séminaire organisé par la Fédération des GDPL de la province sud. Adresser par ailleurs mes vives félicitations au bureau de la Fédération ainsi qu’à son président, Mr Julien BOANEMOI pour cette initiative appropriée à la situation vécue par les responsables et les personnes impliquées dans la gestion des GDPL.

La question des GDPL est importante parce que c’est un outil juridique spécifique qui a été mis en place, en 1982, il y a plus de 30 ans, pour permettre le développement sur foncier coutumier. Le « développement », compris comme « mise en place de tout projet ayant vocation à être réalisé sur les terres coutumières » était le corolaire au processus de revendication des terres initiées à cette époque. Dans l’esprit des initiateurs de cet instrument original, la revendication des terres ne pouvait être une fin en soi mais devait déboucher sur un développement économique du foncier coutumier. Cette vision se trouva dès le départ en contradiction avec la revendication foncière kanak basée essentiellement sur une problématique identitaire : retrouver le lien à la terre brisée par les opérations de cantonnement colonial, c’était reconquérir son identité et partant sa dignité d’homme et de peuple. D’ailleurs le slogan politique indépendantiste de l’époque était bien : « nos terres sans condition »

Par ailleurs, le lien à la terre se faisant par le clan, la revendication se trouva de fait liée au système clanique, embarqué malgré lui dans l’aventure du développement via le GDPL. Pour des raisons politiques, des malentendus ou des considérations anthropologiques parfois mal digérées, il fut ainsi décidé de connecter le système clanique au développement économique. Toutes les implications de cet attelage quelque peu hétéroclite ne furent pas correctement évaluées parce qu’il fallait aller vite face à la montée en puissance des revendications foncières kanak. Souvenez vous le pays était dans la continuité de la réforme foncière de 1978 du ministre de l’outre mer de Valéry Giscard d’Estaing, Paul DIJOUD et dans la mise en œuvre de la politique foncière du nouveau gouvernement socialiste de 1981, par le biais notamment des ordonnances foncières votées par l’assemblée territoriale en juillet 1982. Le GDPL fut donc porté sur les fonds baptismaux rapidement dégrossi, on dirait « brut de décoffrage », laissant le soin aux générations futures de lui donner toute son efficacité opérationnelle.

Le président Julien BOANEMOI parlera d’ailleurs de « coquille vide », tellement vide qu’on ne saura finalement trop quoi faire de ce vide sidéral. D’autres diront que ce fut une structure née par « défaut » de mieux, ou encore un « fourre tout » dans lequel chacun était libre de faire ce qu’il entendait. Les questions sont telles qu’il est légitime de se demandait si le GDPL fut un outil destiné à mettre en valeur le foncier coutumier tout en assurant la cohésion du groupe, un genre de piège à rat, ou à la limite une fausse bonne idée ? On dit souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions !

Que peut-on constater au bout de 30 ans d’existence ? Tout d’abord que le GDPL a rempli parfaitement son rôle dans sa mission d’outil de revendication foncière, porteur des titres de propriété clanique ou tribal. Au de la de ce rôle, le bilan est mitigé du fait de son caractère de souplesse extrême et de limite d’action et d’initiative mal définie, ouvrant la voie à des interprétations tout azimut. Il existe ainsi une multitude de formes de GDPL. L’activité de certains est liée à une décision d’attribution de foncier coutumier. L’activité d’autres est liée à un projet de développement économique sur et hors terre coutumière. On voit aussi émerger des GDPL qui quittent le périmètre proprement foncier pour constituer des groupements d’intérêts de personnes. Le corpus juridique minime a ainsi permis de répondre à une multiplicité de situation à l’instar de la façon dont ont été utilisés les coopératives, les GIE ou maintenant les SAS.

Par ailleurs après 30 ans de fonctionnement, on ne peut pas affirmer que le développement sur terres coutumières a atteint sa vitesse de croisière, on n’en est encore loin ! Sans cohérence dans l’organisation et le fonctionnement des GDPL, l’efficacité ne sera pas au rendez vous. Car il est clair qu’aujourd’hui le système a atteint ses limites, il devient nécessaire et urgent d’engager une réflexion sur un cadre juridique minimal qui permette de sécuriser les GDPL et de promouvoir leur action en terme d’aménagement et de développement économique sur les terres coutumières.

La fédération des GDPL de la province sud, initiateur de ce séminaire a très bien compris la situation car tous ses membres sont impliqués depuis de nombreuses années dans ce type de problématique. Pour beaucoup d’entre vous, l’idée de se regrouper en fédération a germer il y a dix ans de cela, le moment est venu de se poser les vrais questions et de proposer calmement les solutions tendant à se donner de véritables outils de développement des terres coutumières à un moment où le foncier se fait rare et cher notamment en province sud autour des centres urbains. Il est temps de saisir l’opportunité.

Les trois thématiques choisis par les organisateurs du séminaire semblent à ce propos très pertinents car elles donnent des pistes sérieuses pour enfin moderniser et promouvoir un outil juridique qui a mal vieilli faute d’être mal né.

1. La gouvernance, c’est-à-dire toutes les règles qui garantissent le bon fonctionnement des GDPL. C’est essentiel, notamment pour rassurer les promoteurs qu’ils soient kanak ou non kanak.

A cet égard, il est important que les GDPL soient être gérés par leurs mandataires et leurs membres. Le conseil de clan ne doit pas constamment interférer dans cette gestion car la situation devient alors ingérable. S’il est normal que le conseil de clan soit consulté, associé, il n’est pas en charge de décider. Cette autonomie doit être respectée une fois que les règles du jeu sont fixées clairement et que la légitimité des mandataires et des membres est assurée. Ceci afin de déconnecter le clan de la gestion économique proprement dit. Il restera alors à trouver d’une part la bonne articulation afin que l’information soit fluide entre le clan et le pole gestion, d’autre part à imaginer le meilleur système de filtrage qui puisse protéger ce pole gestion des turbulences et tensions internes au clan. Les exemples sont légions en matière de projets de développement qui ont échoué parce que victimes collatéraux des conflits claniques.

Par ailleurs, il demeure important que l’ensemble des clans liés à une terre à mettre en valeur soit bien identifié répertorié, approché et consulté. Il ne faut oublier que certains clans ont été expulsés à des centaines de km de leur terre d’origine, quittée par exemple il y a 153 ans (révoltes de la région de Nouméa en 1859) ou 134 ans (révolte du grand chef ATAI en 1878). L’éloignement dans l’espace et le temps oblige à ce que personne ne doive être oublié, ou mis volontairement à l’écart.

2. L’aménagement, c’est-à-dire tout le processus qui permet d’organiser de manière rationnelle, le projet et de l’insérer dans son environnement. C’est la nécessité de travailler, non plus au coup par coup, mais dans le cadre d’un schéma global. C’est la nécessité de coordonner les actions et de définir l’instance qui peut le faire.

Pourquoi ne pas mettre en place, sur le foncier coutumier, un véritable « plan d’aménagement », comme il existe sur le foncier de droit commun un « plan d’urbanisme directeur » ?

3. Le développement économique, c’est-à-dire tous les mécanismes qui permettent de valoriser, en terme de retombée financière, le foncier coutumier. Et, cet aspect de la problématique pose la question du partage des retombées économiques.

Vous l’avez bien compris, le sujet est passionnant…Le statu quo n’est plus acceptable. C’est un véritable défi, pour nous, d’engager cette réflexion, de revisiter ces 30 ans de pratiques, d’identifier les blocages, les lourdeurs et les freins mais aussi les avancées et expériences positives, afin de trouver des solutions pour faire de cet outil aménagé ou transformé, un véritable instrument de développement et de croissance cohérent et accepté par tous.

Je vous souhaite bon travail.

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 23:58

Congres.jpgSéance du Lundi 27 août 2012

Avant de clôturer la séance de ce jour et s’agissant de la dernière avant celle sera consacrée à l’élection du président et le renouvellement du bureau de notre institution, permettez moi de vous adresser ces quelques mots.

Je souhaite en liminaire adresser mes vifs remerciements et félicitations à M. Tirou qui occupe le poste de secrétaire général par intérim depuis le départ de Jean-Claude VIALE en mars dernier. Force est de constater que Vidjaya a su relever le défi et n’a pas démérité dans son travail.

Je souhaite également remercier l’ensemble du personnel du congrès, et des directions qui se sont impliqués dans la mise en œuvre des objectifs que j’ai porté en début de ma mandature.

En effet, c’est grâce au travail conjugué de l’administration et de mon cabinet que j’ai pu impulser l’ensemble des chantiers annoncés en début d’année soit :

- La réorganisation et la modernisation de l’administration pour la rendre plus performante, je vous annonce d’ailleurs la mise en place du premier du premier Comité technique paritaire, dont l’élection s’est déroulée la semaine dernière.

- L’amélioration des moyens mis à disposition des élus avec la venue de deux experts de haut niveau et l’ouverture prochaine du centre de documentation du congrès, début septembre, ainsi que la commande de la nouvelle façade du bâtiment principal,

- Enfin la coopération interparlementaire qui a été initié avec l’assemblée nationale et les parlements de la région.

Je souhaite également remercier les membres du bureau du congrès pour leur collaboration et leur implication dans l’organisation du travail de notre institution.

Vous trouverez dès demain dans vos casiers le bilan qui détaillera plus précisément ces actions.

Je vous remercie de votre attention.

Roch WAMYTAN

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 23:52

cadre-avenir.jpgMesdames et messieurs

Permettez-moi tout d’abord d’exprimer mes remerciements aux responsables de l’association « cadre À venir de NC » de m’avoir invité en tant que président du congrès à l’ouverture de votre colloque. Je voudrais aussi saluer l’ensemble des participants à ce colloque

A l’occasion des 24 ans d’existence des programmes « 400 cadres » et « cadres A venir », nos pensées vont à ceux qui ont imaginé ce dispositif de rééquilibrage nécessaire à la formation des élites kanak et non kanak de ce pays. Je pense plus spécialement à Jean Marie Tjibaou, qui a porté ce dispositif sur les fonds baptismaux des ADM, mais aussi aux deux autres signataires Jacques Lafleur et Michel Rocard, premier ministre de l’époque qui ont soutenu sans réserve le projet initié par JMT et le FLNKS.

Comme vous le savez, ce dispositif spécial de formation des cadres kanak est un des fondamentaux du principe de rééquilibrage qui sous tend toute l’architecture de l’accord de Matignon repris et amplifié par l’accord de Nouméa. La formation des 400 cadres est un des éléments clé de réponse de l’Etat français à la revendication nationaliste kanak violemment exprimée au cours des années 1984-1988. A la revendication d’indépendance du FLNKS, Michel Rocard répondra par « rééquibrage » qui se conjuguera de multiples façons : partage des responsabilités institutionnelles, développement économique, provinces, formation des cadres etc. d’où le caractère éminemment politique de ce dispositif. 400 cadres qui prendra plus tard la dénomination de Cadres A venir.

La formation des cadres va de pair avec autonomie ou indépendance. Il est impossible de construire un pays autonome ou indépendant sans des hommes du pays éduqués, formés, dynamiques et compétents dont l’action est nécessaire pour les besoins des entreprises et des administrations. La situation il y a 25 à 30 ans présentait de graves lacunes à ce niveau : peu de cadres calédoniens, pratiquement pas ou peu de cadres kanak ou océaniens. Tout était à faire et il était difficile d’imaginer un futur apaisé si une composante importante de la population calédonienne se trouvait exclue des postes d’encadrement et de responsabilité. Confier les postes d’encadrement aux seuls expatriés français devenait source permanente de conflit et d’instabilité chronique auquel il était urgent de remédier, ce fut dès lors le rôle assigné au dispositif des 400 cadres que reprendra l’ADN qui précise de « mieux prendre en compte les réalités locales, l’environnement régional et tendre à la poursuite du rééquilibrage et à l’accession des kanak aux responsabilités dans tous les secteurs d’activités »

Certes ce processus de formation spécifique à la Nouvelle-Calédonie, initialement réservé aux kanak s’est ouvert aux autres communautés mais c’est bien dans un cadre défini, choisi et maîtrisé. Le destin commun se traduit aussi dans ce type d’acquis de la lutte indépendantiste qui a ainsi bénéficié à la NC tout entière et c’est bien ainsi.

La mise en place du dispositif a ainsi fait naitre beaucoup d’espoir et des centaines de jeunes ont répondu favorablement avec plus ou moins de succès. Mais si le pays possède aujourd’hui un certain nombre de compétences, c’est notamment grâce à tous ceux d’entre vous qui, ont réussi et qui depuis plusieurs années, se sont efforcés de proposer une nouvelle dynamique dans chacun des secteurs où vous évoluez.

Afin de faire vivre l’esprit qui a vu naitre le dispositif dont vous avez bénéficié, cad la formation des cadres locaux, vous devez quelque part vous faire les ambassadeurs zélés ou plus prosaïquement des militants actifs de l’emploi local qui demeure une priorité pour le pays. Une priorité devant se traduire par des actions favorisant l’accession aux emplois à responsabilité au sein des organisations calédoniennes par les calédoniens.

Chacun d’entre vous, nous, doit être ainsi intimement impliqué dans cette politique de gestion des ressources humaines. Le recrutement des personnels en est la clé et vous constituez à votre niveau un maillon non négligeable dans le processus d’embauche des entreprises et des administrations. C’est pourquoi je vous encourage à favoriser l’emploi des calédoniens notamment dans des postes à responsabilités.

Des milliers d’emplois d’encadrement sont actuellement pourvus par des expatriés, en face de cela, des centaines ou des milliers de jeunes kanak et calédoniens sont potentiellement aptes à les occuper sous réserve d’une formation adéquate et adaptée. Certes c’est du ressort des pouvoirs publics de l’état et du territoire chacun à leur niveau de compétence d’œuvrer efficacement à accompagner le parcours de ces jeunes afin de pouvoir occuper ces emplois. Mais au vu de vos propres parcours et expériences, vous avez aussi votre parole à dire, une parole qui éclaire et qui guide les décisions et des pouvoirs publics et des jeunes partants, il ne tient qu’à vous de vous organiser pour que votre parole soit audible et crédible.

Enfin de nouveaux défis se posent à notre pays. Un pays en construction dans une économie mondiale globalisée. Un pays prospère, doté d’un fort taux de croissance, d’un taux d’inflation contenue. Un pays doté d’une rente nickel et de transferts importants de la métropole qui fonde sa prospérité mais quelque part ses paradoxes tel que de fortes inégalités sociales et ethniques, des secteurs quelque peu laissés à l’abandon (agriculture, tourisme), des problèmes de santé publique, de délinquance, d’addiction, de cherté de vie, de formation inadaptée ou insuffisante.

Demain ou après demain les cours du nickel vont ou commencent déjà à baisser, les transferts métropolitains vu l’état des finances de la France vont se raréfier, comment dans ces conditions continuer d’assurer une prospérité tout en s’attaquant aux paradoxes de notre économie ? Un effort d’imagination est nécessaire et doit s’allier à une volonté politique pour trouver de nouveaux secteurs de production à forte compétitivité, de nouveaux métiers ou des métiers à haute technologie vont émergés afin de répondre aux nouveaux défis.

Ce sera alors de nouveaux défis aussi pour la formation qui devra aussi s’adapter à la nouvelle donne. Je vous invite donc à y réfléchir sérieusement et vous projeter à l’horizon 10 à 15 ans afin d’apporter votre pierre à la NC de demain qui se pense aujourd’hui. Nous devons nous engager maintenant à bâtir une société dans laquelle tous les calédoniens, qu’ils soient kanak, caldoches, wallisiens ou indonésiens, pourront se tenir debout et marcher sans crainte, sûrs de leurs droits et de l’avenir de leur famille.

Je vous remercie et je vous souhaite, un bon travail et un bon colloque

Roch WAMYTAN

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