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  • Roch WAMYTAN
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie

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Citoyenneté calédonienne socle du destin commun
Présentation d'une loi de pays proposant le drapeau du FLNKS comme drapeau du Pays                   
   
Bilan des déplacements dans la région du président du Congrès (coopération interparlementaire)         
       

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 23:02

Monsieur le Haut-commissaire de la République,

Monsieur le Président du Gouvernement et les membres,

Messieurs les Présidents du Sénat coutumier et du Conseil économique et social

Messieurs les Présidents de province,

Mesdames et Messieurs les Maires

Mesdames et Messieurs les élus,

Messieurs les grands chefs coutumiers,

Mesdames, Messieurs,

Bonsoir,

Je suis heureux de vous accueillir au congrès pour le cocktail de ce soir qui clôture la première journée des assises de la sécurité civile.

Les présentations et débats de cette première journée ont été très riches en enseignement et nous ont permis de mesurer les difficultés et les enjeux de cette mission.

Je rappelle que ce transfert est prévu par la loi de pays du 20 janvier 2012 que nous avons majoritairement votée au congrès et qui fixe au 1er janvier 2014 la date à laquelle le Pays aura en charge la gestion de cette matière sensible.

Il s’agit en effet d’un sujet de grande importance pour la Nouvelle-Calédonie qui vise à organiser la prévention des risques de toute nature et à organiser la protection des populations, en cas de sinistres ou de catastrophes. Ce d’autant que le pays est concerné tant par de nombreux risques naturels, cyclones, mouvements de terrain, inondations, feux de forêts, tsunami que des risques industriels et qu’il s’agit de prévoir des plans de secours visant à la sauvegarde des vies humaines.

Ce transfert de la sécurité civile avait déjà donné lieu à l’organisation d’un colloque en octobre 2010 et je ne doute pas que les travaux de ces assises permettront de dégager les orientations d’une nouvelle organisation de la sécurité civile calédonienne.

D’autant qu’à côté des sapeurs-pompiers, principaux acteurs de la sécurité civile qui agissent de concert avec les services territoriaux et communaux, de nombreux volontaires et bénévoles œuvrent au sein d’associations de protection civile, je citerai la croix rouge, la croix blanche, la société nationale de sauvetage en mer etc.…

Par ailleurs, face à une catastrophe majeure, nous savons que nous pourrons compter sur la solidarité de nos voisins du Pacifique notamment l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Je souhaite remercier au nom du congrès l’ensemble des participants à ce colloque pour leur implication ainsi que les experts qui ont fait le déplacement de métropole, Messieurs Jean-Marie PONTIER et Jean VIRET, tous deux professeurs de droit public et le lieutenant-colonel Xavier EGINARD.

Pour conclure, je rappelle que le congrès étudiera le premier bilan du transfert des compétences lors de la séance publique du 27 août prochain. Ce sera l’occasion pour les élus de connaître l’état d’avancement de celui de la sécurité civile.

Roch WAMYTAN

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 22:56

Visite-Murray-McCully-NZ.jpgMonsieur Le Ministre,

Monsieur le Directeur de cabinet

Madame la Consule générale de Nouvelle-Zélande,

Je suis heureux de vous accueillir ainsi que les parlementaires qui vous accompagnent au congrès de la Nouvelle-Calédonie. Je préside cette institution depuis avril 2011 dans le cadre d’une majorité composée de partis indépendantistes et non indépendantistes. J’appartiens moi-même à un parti indépendantiste, l’Union Calédonienne, membre fondateur du FLNKS que j’ai d’ailleurs présidé de 1995 à 2001. A ce titre j’ai d’ailleurs été invité à plusieurs reprises par le gouvernement néo zélandais. Je profite pour remercié votre gouvernement pour le soutien porté en 1986 à la réinscription de la NC sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU, pour votre soutien de même apporté au processus de l’accord de Matignon et de Nouméa malgré les oppositions concernant les essais nucléaires français dans le pacifique. C’est vrai que depuis, les relations entre la France et votre pays se sont apaisées et je veux pour preuve les liens de coopération qui se sont tissés entre nos deux pays depuis ces dernières décennies. Je tiens aussi à souligner l’émotion et la solidarité exprimée par la population calédonienne suite au séisme de Christchurch. Aussi je profite pour saluer l’objectif de cette visite en NC que vous menez dans le cadre de la « Pacific mission 2012 » qui vise à intensifier la coopération économique entre nos deux pays, via les thématiques retenus : les infrastructures, l’énergie, et le tourisme pour sa composante économique. Bien que cette visite s’inscrive dans le domaine économique, c’est une véritable opportunité qui s’offre à moi aujourd’hui pour échanger avec vous sur la situation politique de notre pays, le rôle du congrès ainsi que sur la coopération interparlementaire que j’ai développé depuis ma prise de fonction.

Malgré les soubresauts causés par les résultats des dernières élections législatives, la NC déroule le processus de l’accord de Nouméa qui doit aboutir à partir de 2014 à une période au cours de la quelle une consultation référendaire sur le transfert des compétences régaliennes (sécurité, ordre public, justice, monnaie et relation extérieures) de la France vers la NC sera organisée. Si la population le décide, la NC accéderait à un statut de pleine souveraineté. Si ce n’est pas le cas, les dispositions de l’ADN demeurent jusqu’à une nouvelle consultation.

Les réflexions sur la sortie de l’accord ont déjà commencées dans le cadre d’un comité de pilotage mis en place en 2010, le cas de divers pays ayant trouvé un type de lien institutionnel spécifique avec leurs anciennes autorités de tutelle sont examinés. Lors de la dernière réunion par exemple a été présenté et analysé le statut de FSM (cas du compact américain) avec l’aide d’un juriste travaillant au parlement local. Le cas des relations entre la NZ et Cook, Niue ou Tokelau seraient de même intéressant à étudier pour les responsables que nous sommes.

Dans le cadre de ce processus politique, la NC tisse de même ses liens et réseaux dans son ensemble régional qu’est la région pacifique. Trop longtemps enfermée dans un carcan colonial, son statut de 1998 lui permet désormais de s’ouvrir vers sa région naturelle océanienne et cherche à exister par elle-même, avec l’accompagnement de la France par le biais d’un partenariat économique, culturel, politique avec ses voisins dont son plus proche qu’est la NZ. Ainsi toute initiative allant dans le renforcement de nos liens, bien entendu dans une juste réciprocité, ne peut que recueillir notre plein soutien. Notre volonté est clairement affirmée pour renforcer notre collaboration bilatérale à travers une intensification de rencontres et d’échanges en même temps que les collaborations existantes doivent être poursuivies. (tourisme, agro-alimentaire, culturelle, éducation. Infrastructures, énergie,). La NC dispose d’un fort potentiel prêt à se traduire par des projets de partenariat avec vos entreprises dans un esprit de gagnant-gagnant.

C’est dans cet esprit et dans le cadre d’une dynamique d’insertion que la NC souhaite améliorer son statut au sein des organisations régionales et notamment le FIP. Cette demande ne se conçoit bien évidemment que dans le strict respect des critères et règles du FIP.

Pour sa part, le congrès de la NC, qui reste l’institution délibérative et législative du pays, évolue avec les transferts de compétence de l’Etat vers le pays, vers un véritable parlement. Lieu du débat démocratique, le congrès a aussi vocation à développer au coté du gouvernement, compétent en matière de relations régionales avec l’Etat, une véritable coopération inter parlementaire.

La mise en place de la coopération interparlementaire a pour objet de développer les échanges d'informations et les relations de travail entre Parlements. La coopération prend différentes formes, visites de travail, stages de fonctionnaires parlementaires, missions d’évaluation ou d’appui technique répondant aux besoins des assemblées intéressées. A ce titre, j’ai effectué des missions au Vanuatu, Fidji, Papouasie Nouvelle-Guinée, Iles Salomon et en Australie.

Ces différents déplacements dans la région ont confirmé l’intérêt de mes homologues à développer les échanges. En Australie, par exemple, la possible participation du Congres à des forums de coopération interparlementaire régionaux a été discutée ; les objectifs d’une coopération entre le Parlement fédéral australien et le Congres ont été dessinés ; les possibilités de jumelage du Congrès de Nouvelle-Calédonie avec l’un des Parlements des États fédérés du Commonwealth d’Australie ont été examinées.

La délégation du Congrès a également sollicité la venue en Nouvelle-Calédonie d’experts universitaires et parlementaires australiens dans les domaines des droits civil et commercial dont la compétence sera assumée par la Nouvelle Calédonie en 2013.

Aussi, lors de mon déplacement à Paris en début de mois, j’ai abordé avec le directeur de cabinet de Mr Fabius, ministre des affaires étrangères, la coopération interparlementaire que je mène dans la région ainsi que les différentes missions menées depuis l’année dernière au Vanuatu, Fidji, Papouasie Nouvelle-Guinée, Iles Salomon, Australie. Nous programmions en fin d’année celle de Nouvelle-Zélande, Timor de l’est, Tahiti et Wallis et Futuna. Ce renforcement de la coopération pourrait amener le congrès à créer une commission spéciale chargée de la coopération interparlementaire.

J’ai donc demandé au gouvernement français qu’il puisse faciliter cette coopération interparlementaire en mettant en place des conventions bilatérales entre la France et les différents pays du Pacifique, à l’instar de ce qui existe avec le Vanuatu.

Enfin, J’ai également évoqué la question de la délivrance du visa de M. Franck BAINIMARAMA, premier ministre fidjien, par le gouvernement français. En effet, celui-ci est actuellement président du groupe du fer de lance mélanésien et doit se déplacer pour une visite inter- ministérielle du MSG en Nouvelle-Calédonie vers la mi aout 2012. J’ai demandé au gouvernement français d’envisager favorablement la demande, étant entendu que Fidji est un pays mélanésien comme nous, et que nous ne comprendrons pas que le visa puisse lui être refusé. Et ce d’autant plus que ce pays est sur la bonne voie de la normalisation démocratique à l’horizon 2014, ce dont vous avez pu vous en rendre compte lors de votre passage à Suva la semaine dernière.

Voilà Mr le ministre ce que je souhaitai aborder avec vous en espérant que votre séjour soit fructueux et que le déplacement des responsables institutionnels calédoniens reportés à deux reprises, puisse enfin avoir lieu dans les prochains mois.

Roch WAMYTAN,

Président du congrès de la Nouvelle-Calédonie

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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 20:47

onuMonsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres de la 4ième Commission Mesdames et Messieurs

Permettez moi tout d’abord de vous féliciter, Monsieur le Président, pour votre élection et celles des membres de votre bureau à la tête de cette importante Commission chargée des problèmes de décolonisation. Permettez moi aussi de saluer l’immense contribution de votre Commission qui a permis à de nombreux peuples colonisés d’accéder à l’indépendance. Depuis 1986, date de la réinscription de la Nouvelle Calédonie sur la liste des pays à décoloniser, les représentants du peuple kanak puis du gouvernement du territoire autonome de la Nouvelle Calédonie viennent exprimer devant votre commission leurs espoirs et leurs attentes. Je le fais aujourd’hui en tant que signataire FLNKS de l’accord de Nouméa, suivant en cela ce que dit l’accord de Nouméa signé le 5 mai 1998 : « que le cheminement vers l’émancipation sera porté à la connaissance de l’ONU »

Le FLNKS représente notre futur Etat en émergence. Depuis novembre 2001, notre mouvement de libération nationale n’a plus de président, le bureau politique tente de gérer au mieux l’action des groupes politiques de l’organisation. Comme l’histoire des décolonisations nous l’a montré, le FLNKS a aussi été l’objet de manœuvres de déstabilisation des nostalgiques de l’empire colonial français, tentant à l’imploser ou à le neutraliser. Des signes encourageants sont cependant perceptibles et indiquent que le FLNKS se prépare à affronter dans une stratégie unitaire, les élections provinciales de mai 2009.

Les tentatives de neutraliser le FLNKS participe de ce que le peuple kanak constate depuis 155 ans,que la puissance administrante, la France ne souhaite pas l’indépendance de notre pays et met tout en œuvre pour empêcher l’accession de notre pays à sa souverainneté. Les régimes politiques de droite et de gauche à quelques différences près, s’accordent sur ce point : tout faire pour garder la Nouvelle Calédonie dans le giron de la France et de l’Europe et cela au nom de leurs intérêts supérieurs. La place de la France dans le monde, son rang de puissance moyenne, passe avant l’intérêt des populations de la Nouvelle-Calédonie. Pour imposer sa domination toutes les méthodes sont bonnes : pratiques de manipulation et de déstabilisation testées et mises en œuvre dans d’ex-colonies françaises, pillage et situation d’assistance permanente imposés au pays, asphyxie du peuple kanak par une politique d’immigration massive en provenance de la France métropolitaine , les trois grands projets de transformation métallurgique du minerai de nickel à Nouméa au Sud et au Nord jouant le rôle de miroir aux alouettes. Aux interrogations des responsables indépendantistes sur ces questions, l’Etat nous opposera toujours la Constitution française face au droit international. Ni la charte de décolonisation de 1960, ni les résolutions et plans d’action annexés, adoptés par l’assemblée générale à l’occasion des deux décennies pour l’éradication du colonialisme : 1991 – 2000 et 2001 – 2010 (résolution 55 / 146 du 8 décembre 2000) ne sont respectés par la puissance administrante.

Face à cette volonté farouche du colonisateur de garder la Nouvelle Calédonie française, le peuple kanak s’est de tout temps battu pour sa liberté et son indépendance . De 1853 à nos jours, notre histoire est celle de luttes incessantes. La signature des accords de matignon-Oudinot en 1988 et Nouméa en 1998 constituent des étapes sur la voie de l’indépendance, l’indépendance qui viendra « clôturer ce chapitre inachevé de l’histoire » comme l’a rappelé l’ancien secrétaire général de l’ONU,Mr Kofi Anan le 12 février 2003. Cet accord est un accord de décolonisation et non un accord de paix comme certains hauts responsables français l’ont affirmé. Négocié suivant les principes des Nations Unies, cet accord doit remettre le kanak au centre du dispositif, assurer l’émancipation politique et économique du pays, accompagner l’émergence d’une conscience commune dans le cadre d’une citoyenneté calédonienne. C’est pourquoi le FLNKS, relayé par le Sénat coutumier, a toujours exigé une stricte application de l’Accord qui doit être respecté dans la lettre et dans l’esprit.

Après neuf ans d’application de cet Accord, force est de constater que malgré des avancées significatives et l’engagement de l’Etat français à transférer les compétences prévues, le processus de décolonisation s’enraye de même que le kanak a du mal à trouver sa place dans le dispositif actuel, c’est ce qu’a rappelé le sénateur coutumier Julien BOANEMOI..

Le kanak reste marginalisé dans le domaine économique et de la formation notamment pour l’exercice des compétences régaliennes (justice, armée, sécurité), ses terres revendiquées font l’objet de spéculations effrénées alors que l’Etat a réduit de façon drastique les moyens financiers nécessaires aux opérations d’acquisitions et de rétrocessions foncières aux propriétaires claniques. Dans le domaine minier qui fait la richesse du pays, les droits traditionnels des clans et chefferies kanak ne sont pas reconnus. Depuis 128 ans les titres miniers ont été donnés gratuitement aux exploitants et grandes familles de colons européens. En 2008, ces titres se concentrent entre les mains d’une dizaine d’exploitants, aucune société kanak en tant que telle n’en possède, aucune société d’exploitation minière à capitaux appartenant à des kanak n’exploite de mine, seule une trentaine de camionneurs kanak participe au transport de minerais de la montagne vers les quais. L’immigration en provenance de la France métropolitaine est massive dans le sillage des grands projets métallurgiques et des projets en défiscalisation, cette immigration concerne essentiellement la Province Sud. Elle s’intensifie du fait que les mesures de protection de l’emploi local ne sont pas encore prises . Le spectre de la partition se dessine par un peuplement à majorité européenne de la Province sud. Le scénario est bien connu il a échoué aux Nouvelles Hébrides (Vanuatu) en 1980 mais a réussi pour l’île de Mayotte aux îles Comores en 1975.

Le pillage des ressources naturelles se poursuit et s’intensifie. L’article 12 du plan d’action des Nations Unies précise que : « les puissances administrantes devraient appliquer des mesures visant à conserver les ressources naturelles, à protéger l’environnement et à aider les peuples des territoires non autonomes à parvenir à un niveau maximal d’autosuffisance économique, de protection écologique et de développement social et éducationnel ».Le peuple Kanak par sa représentation coutumière ( Sénat coutumier) et politique (le FLNKS), a toujours défendu le principe de la « maîtrise par le pays des ressources naturelles et le contrôle des outils qui valorisent ces ressources. Ces richesses naturelles doivent rester au pays dans l’intérêt de sa population. Elles ne sont pas destinées à perpétuer la domination coloniale

Dans le cadre du principe défendu par le FLNKS, a été négociée l’entrée de la Nouvelle Calédonie dans le capital de la Société le Nickel (SLN) à hauteur de 34% et de sa société mère ERAMET dont le capital est détenu notamment par l’Etat français, la Nouvelle Calédonie à hauteur de 5% et le groupe public AREVA à 26.3%. Des discussions sont actuellement en cours pour augmenter la participation de la Nouvelle Calédonie dans le capital d’Eramet. Suivant le même principe a été aussi négociée la participation à hauteur de 51% pour la province Nord via sa société minière la SMSP, (société minière du sud pacifique), dans le capital de la société d’exploitation du massif de Koniambo en partenariat avec le canadien Falconbridge racheté depuis par Xstrata.

S’agissant du projet initié par la multinationale INCO, pour l’exploitation du grand gisement latéritique du sud calédonien à Goro, le pays détient à peine 5% du capital de la société Goro nickel devenue filiale de la brésilienne CVRD depuis le rachat d’INCO par cette dernière en 2006. Ce gisement de Goro dénommé « le diamant de Goro » avait été cédé par l’Etat Français à INCO pour un prix dérisoire 3.5 milliards de CFP, contre 275 milliards pour l’acquisition du gisement canadien de Voisey Bay moins important et plus difficile à exploiter que Goro. La Nouvelle Calédonie voyait de ce fait une part importante de son capital minier lui échapper en même temps qu’elle passait à côté d’un potentiel important de rentrées financières. Cette opération de cession à vil prix de la ressource en nickel à INCO s’est inscrite à l’encontre du processus d’accès à la souveraineté initié avec la signature de l’accord de Matignon.. Une nouvelle fois la puissance administrante se mettait en travers d’un processus politique auquel il avait adhéré. Il violait délibérément les dispositions du plan d’action (rapport A/46/634/Rev.1 du 13 décembre 1991) de la première décennie pour l’éradication du colonialisme 1991/2000.

Par ailleurs, il s’est en fallu de peu pour qu’INCO fasse main basse sur le deuxième gisement du sud celui de Prony. La valeur patrimoniale des gisements de Goro et Prony classés en n° 1 et n°2 mondial est estimée à prés de 300 milliards de CFP en prenant comme critères la pratique canadienne : gisement riche, gratuit, site naturel exceptionnel, aides fiscale etc…La conduite de ce projet débouche sur deux hypothèses en termes de stratégie de l’autorité de tutelle relayée par l’industriel et les institutionnels locaux : Tout d’abord, la construction de l’usine permettrait une immigration forte de nationaux français afin d’achever de bâtir une démographie majoritairement non Kanak dans le cadre d’une future indépendance. Par ailleurs il fallait battre de vitesse le projet du Nord pour tenter de discréditer le montage 51% / 49% qui garantit au peuple Kanak une relative maîtrise de ses ressources dans le cadre de l’accès de la Nouvelle Calédonie à la pleine souveraineté.

En tout cas, ce pillage de la ressource porte préjudice à l’exercice futur du droit à l’autodétermination et met en péril la viabilité de l’Etat Kanak en devenir. Cela est en parfaite contradiction avec les dispositions de l’article 12 et 17, chapitre IV du plan d’action. En effet, le contrôle des richesses est essentiel aux Etats tout en étant un enjeu stratégique majeur. Il est donc urgent de mettre un frein au bradage de notre patrimoine, de prévoir un dispositif de contrôle de nos richesses nationales et de demander des comptes sur les actions entreprises souvent à notre insu ou contre notre volonté. Ces grands projets métallurgiques en cours ou à venir notamment celui de Prony qui attire déjà convoitises extérieures, peuvent en l’absence d’une coordination et d’un contrôle, épuiser les ressources de la Nouvelle Calédonie à s’autodéterminer entre 2014 et 2019. Comment dans ces conditions les populations pourraient elles décider de leur avenir dans un pays complètement pillé et pollué ? Il est clair que nous assistons là encore à une nouvelle forme de colonisation au détriment de la viabilité du futur Etat. S’agissant du droit de vote pour les référendum d’autodétermination, consultations de 2013/2014 ou 2018, il convient de rester vigilant sur d’éventuelles manœuvres, interprétations ou dérives quant à l’interprétation du texte de l’accord de Nouméa fixant le corps électoral spécial pour ces consultations. L’histoire des décolonisations rend nécessaire cette vigilance lorsque qu’on voit ce dont a été capable le système colonial : exclusion des indigènes du droit de vote, double collège, colonie de peuplement, vrais faux référendum coloniaux, trucage des listes etc… Concernant enfin la dernière décision du président Nicolas SARKOZY de regrouper en Nouvelle Calédonie les moyens militaires français dans le pacifique, dans le but d’assurer une présence dans l’arc mélanésien (Png, Salomon, Fidji, Vanuatu, Nouvelle Calédonie) sujet à une déstabilisation chronique, il convient de se rappeler l’article 18 du plan d’action : « Les Etats membres, notamment les puissances administrantes, devraient s’abstenir d’utiliser les territoires non encore autonomes comme bases ou installations militaires ». Il est clair que la France ne respecte pas cette disposition eu égard à ses propres stratégies dans cette partie du monde, ceci en complète contradiction avec ses obligations d’autorité de tutelle d’un territoire inscrit sur la liste des pays à décoloniser.

Mr Le président

Au terme de cet exposé nous appelons à la vigilance de votre organisation sur le processus d’émancipation engagé en Nouvelle Calédonie. Nous réitérons notre confiance dans toutes les formes d’actions que vous pourrez entreprendre notamment auprès de la puissance administrante pour faire respecter l’accord de Nouméa, accord de décolonisation par essence. La France doit être interpellée, non dans son rôle d’arbitre entre deux forces : indépendantiste et non indépendantiste, mais dans son rôle d’acteur d’une décolonisation réussie dans un monde en plein bouleversement et en crise permanente. Il faut qu’elle nous laisse le choix de décider de notre avenir et non pas nous imposer par des moyens détournés, une direction en fonction de ses intérêts propres. Afin de prévenir définitivement le pillage de nos ressources, nous demandons qu’une enquête de l’ONU soit menée, avec dépôt de plainte éventuelle, sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées les transactions ayant abouti à la cession par l’Etat français du gisement de Goro à la multinationale Inco en 1991. Nous demandons aussi à l’occasion du 20ième anniversaire de la mort des 19 martyrs kanak dans l’assaut de la grotte d’Ouvéa en 1988 qu’une enquête de l’ONU soit ouverte pour déterminer les responsabilités de l’armée française dans ce massacre. Enfin à la suite de l’initiative prise par d’autres responsables du FLNKS, ainsi que par le sénat coutumier, je soutiens en tant que signataire de l’Accord de Nouméa la proposition d’organiser le prochain séminaire de décolonisation de l’ONU à Nouméa. Je sollicite pour finir que votre organisation, compte tenu des nombreux problèmes et conséquences des dérives de l’accord de Nouméa, puisse organiser une mission spéciale en Nouvelle Calédonie comme cela s’est déjà produit en 1999.

Permettez moi avant de conclure de remercier votre organisation pour toutes les contributions apportées à notre lutte dans le passé et pour celles à venir. Je remercie enfin le soutien à notre combat du Mouvement des Pays non alignés, ainsi que l’appui permanent du groupe du Fer de lance Mélanésien et du Forum du Pacifique à notre revendication d’indépendance.

Je vous remercie de votre attention. R.WAMYTAN

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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 21:04

Colloque des 25 et 26 avril 2008. (Mairie de Paris, Palais du Luxembourg)

… J’interviens ici en ma qualité de témoin et acteur des deux accords de Matignon Oudinot en 1988 et Nouméa en 1998, textes fondateurs de la Nouvelle Calédonie d’aujourd’hui. Témoin de l’accord de Matignon, en effet
au cours du mois de Juin 1988, Jean Marie Tjibaou, alors président du FLNKS, m’avait demandé de le représenter à la réunion de l’OUA (Organisation de l’unité africaine) à Adis Abéba (en Éthiopie), puis de le rejoindre à Paris où l’avait convié le premier ministre M. Rocard, j’ai ainsi suivi en « coulisse » les négociations qui ont abouti à l’accord de Matignon. Acteur de l’accord de Nouméa, puisqu’en 1998, c’est en tant que président du FLNKS à la tête de la délégation, que nous avons négocié puis signé à Nouméa le 5 mai 1998 cet accord de Nouméa aux côtés du premier ministre de la France Mr Lionel Jospin et de Mr Jacques Lafleur, président du RPCR.
L’accord de Nouméa a été signé, comme celui de Matignon-Oudinot, au nom du Front de Libération Nationale Kanak Socialiste. Le FLNKS porte la revendication nationaliste kanak, il est sujet de droit international et bénéficie des droits et obligations reconnus à tout Mouvement de Libération Nationale (MLN), depuis la réinscription de la Nouvelle Calédonie sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU le 2 décembre 1986, résolution 41/41 A de l’assemblée générale des Nations Unies.
…Si j’ai bien compris la démarche des organisateurs, il convient de parler vrai, de dire les choses telles qu’on ressent de là ou nous sommes, et éventuellement interpeller le premier ministre M. Rocard sur certaines questions ou sur des points particuliers quant au rôle de la France dans le processus de décolonisation de la Nouvelle Calédonie.
Je ne reviendrais pas sur les aspects positifs de l’accord de Nouméa, ils viennent d’être exposés par la Vice présidente du gouvernement de la Nouvelle Calédonie, Mme Déwé Gorodey. Pour ma part, dans l’exercice de mes différents mandats politiques à l’assemblée de la province sud, le congrès et le gouvernement ou encore en tant que vice président du FLNKS
(1990- 1995) puis président du FLNKS (1995-2001), j’ai toujours œuvré afin que les deux accords de 1988 et 1998 soient appliqués le plus fidèlement possible.
Mon intervention cette après midi sera basée essentiellement sur la question de la décolonisation de notre pays inscrit depuis 1986 sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU. Je vais donc essayer de vous donner le plus brièvement possible les clefs essentielles, dans le temps qui m’est imparti, sur le contexte historique dans lequel les deux accords ont été signés, les manquements quant aux fondamentaux de la revendication nationaliste kanak à travers trois exemples, enfin quelques perspectives. J’espère que cela suscitera de nouvelles recherches, particulièrement chez les étudiants calédoniens et notamment kanak qui doivent connaître les périodes sombres de notre histoire confrontée au colonialisme considéré par l’ONU depuis 1970 comme un « crime ».
Contexte historique
Ce que l’on peut constater c’est que ces accords de Matignon- Oudinot et Nouméa se situent bien dans la lignée de moult statuts et arrangements constitutionnels pour assurer le contrôle des colonies et de l’outre mer.
Depuis 1940, date de la création du « comité de sauvegarde de l’empire », jusqu’à nos jours, l’Etat a constamment fait le choix de trouver et construire sa propre indépendance en contrecarrant l’indépendance de ses colonies et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les raisons avancées sont multiples : sa grandeur, sa place dans le monde, ses
intérêts supérieurs, son rang de deuxième puissance maritime… d’où son slogan « la France des trois océans où le soleil ne se couche jamais » ! En refusant la décolonisation des peuples par des moyens divers, l’Etat contribue à bloquer le compteur de l’histoire au lieu de refermer « la parenthèse » que constitue le système colonial comme l’a souligné à plusieurs reprises l’ancien secrétaire général de l’ONU, Koffi Anan.
Les méthodes pour maintenir ces situations d’oppression sont largement connues et décrites avec détail par les historiens, je citerais brièvement pour ma part, les guerres coloniales,les statuts à répétition, les accords truffés de pièges pour les ralentir, les rendre caduques ou inopérants, les accords portant à croire que les colonisés veulent rester au sein de la république du genre « c’est eux qui le demandent » dans le sens de ce qu’affirmait : Mr Earl Stephen HUNTLEY Président du comité spécial des 24 de l’ONU , le 12 février 2003 : « Certains Territoires non Autonomes se bercent de l’illusion de l’autonomie en se montrant prompts à légitimer l’autorité unilatérale d’un pays plus important. Loin d’avoir disparu, le colonialisme a pris de nouvelles formes plus sophistiquées à savoir le déni de l’existence d’un statut pour les Territoires non autonomes ». S’il y a de la résistance, alors des moyens plus radicaux sont « pris en coulisse », retournements de leaders, assassinats, transferts de population, manipulations, stratégie de la tension, etc…
Cela, l’histoire de la décolonisation et des recolonisations, nous l’a appris, notamment avec ce que l’on sait sur le système de la « Françafrique » si bien décrit par l’association Survie de François Xavier Verschave. Notre pays la Nouvelle Calédonie n’a pas échappé à cette main mise de l’Etat tout au long de son histoire. Je connais bien cette histoire, elle m’a été racontée notamment par mon grand père maternel, Roch Pidjot, membre fondateur de l’UICALO (Union des Indigènes
Calédoniens Amis de la Liberté dans l’Ordre), de l’Union Calédonienne, député du territoire de 1964 à 1986, lui qui a été grand chef du temps de l’indigénat, marié à une descendante de la chefferie de Dumbéa rayée de la carte par l’armée coloniale voilà 150 ans exactement. Il m’a raconté les manœuvres dont il a fait l’objet en tant que conseiller territorial autour du référendum de 1958, en tant que ministre durant la loi Defferre qui aurait du restée inchangée afin de disposer du temps nécessaire pour préparer l’indépendance, enfin en tant que député autour des discussions du projet de loi Lemoine en 1984. L’histoire de la colonisation, nous la connaissons aussi à travers les livres, les récits que nous ont rapportés nos anciens et nos propres expériences. Les promesses et les revirements successifs de l’Etat pour garder son empire colonial et son outre-mer, ajoutés aux souffrances endurées par notre peuple depuis la prise de possession le 24 septembre 1853, ont conduit à une perte quasi irréversible de confiance en une France plus soucieuse de défendre le droit des peuples en dehors de son pré carré.
S’agissant de l’accord de Matignon, à vingt ans de distance et avec cette histoire présente à la mémoire on peut aussi se poser des questions sur d’éventuelles manœuvres dont auraient pu faire l’objet les leaders de l’époque et notamment Jean Marie Tjibaou président du FLNKS. Le film « les médiateurs du pacifique » qui nous a été projeté ce matin à la Mairie
de Paris nous a informé du genre de pression effectuée sur les négociateurs calédoniens. Jean Marie Tjibaou est venu défendre à Paris le droit du peuple kanak à son indépendance. A la tête du FLNKS, il avait mobilisé le peuple derrière lui avec les sacrifices qui ont suivi (Tiendanite, Ouvéa …). Face à cette revendication légitimée par le droit international, l’Etat français, sous le manteau de la neutralité objective, s’est posé en arbitre entre deux communautés alors qu’il demeure le colonisateur jusqu’à l’indépendance. L’Etat proposait ainsi à Jean Marie Tjibaou en premier lieu la paix et la réconciliation puis les moyens d’un développement sous le principe du rééquilibrage, reportant à plus tard la question du droit à l’autodétermination et l’indépendance du peuple colonisé.
Je ne dis pas que la poignée de main et le rapprochement de deux leaders étaient inutiles, je salue cette démarche empreinte de dignité. Elle a ouvert de vastes possibilités dans le champ du « vivre ensemble » en permettant de faire émerger la conscience d’appartenir à un pays et à un peuple en devenir. Ce rapprochement a aussi permis une meilleure compréhension des uns et des autres. Beaucoup de calédoniens ont découvert qui étaient vraiment les kanak après les « évènements » de 1984 et le drame d’Ouvéa en 1988. Avant cette date, ils étaient « invisibles » ou transparents. Depuis les massacres et les expulsions du siècle précédent, les kanak s’étaient fondus dans le paysage pour se faire oublier afin de survivre tout simplement. Leur histoire a rattrapé l’histoire officielle de la Nouvelle Calédonie, pays du non dit par excellence, après les évènements de 1984 et l’accord de Matignon. La poignée de main, malgré ses effets positifs immédiats ou à terme ne peut pas être un prétexte pour maintenir le statut quo. Certes le geste a permis le début d’une nouvelle espérance, mais il doit se prolonger par une réelle volonté de changement dans le respect du droit de chacun et notamment celui du peuple colonisé réclamant son indépendance.
La signature de l’accord de Matignon reportant l’indépendance « sine die », condamnait Jean Marie Tjibaou. Il le paya de sa vie un an plus tard. C’est ce que lui dira Yéwéné Yéwéné au sortir de  Matignon ; « nous sommes dans un trou noir ».Il faudra à Jean Marie Tjibaou deux comités directeurs extraordinaires de son parti l’Union Calédonienne à la Conception et à Païta ainsi que deux conventions spéciales du FLNKS à Thio et Gossanah (Ouvéa) pour faire « passer la pilule » de l’accord de Matignon. Tout au long de la réunion à Thio, Jean Marie Tjibaou écoutera avec un calme et une dignité extraordinaire les militants lui reprocher son geste. A la fin de la journée, à court d’argument il se justifiera par la mort de ses frères assassinés à Tiendanite (Hienghène) en décembre 1984 et les reproches de sa propre mère, décédée peu après, qui lui en faisait endosser la responsabilité. « A vous qui me reprochez cet accord, je vous dis merde ». Il criait par là sa souffrance face au poids du drame de Tiendanite. Vingt ans après, on continue de se poser des questions sur la responsabilité politique de la mort des trois leaders indépendantistes : Jean Marie Tjibaou, Yewene Yewene et Djoubély Wea le 5 mai 1988 à Wadrilla (Ouvéa). En signant cet accord, qui ne donnait pas l’indépendance du pays kanak, Jean Marie Tjibaou avait t-il conscience qu’il mettait sa vie en danger et pourquoi l’a-t-il accepté ? Ou alors comment les négociateurs de l’Etat l’ont t-il persuadé de signer, avaient t-ils des moyens de pression sur sa personne ? La question reste posée pour nous qui sommes héritiers de cet accord. Je me rappelle ainsi d’une lettre que Jean Marie Tjibaou a décidé d’écrire au premier ministre M. Rocard le 25 juin 1988. En fin d’après midi, il avait demandé à Yéwéné Yéwéne, Léopold Jorédié et moi-même de le rejoindre dans sa chambre d’hôtel. Il nous explique qu’après les rencontres bilatérales avec le premier ministre, il va devoir accepter de signer un accord qu’il ne peut assumer seul. Le ton et le contenu de la lettre reflètent la gravité du moment, il viendrait à Matignon avec sa délégation mais après avoir entendu le premier ministre, il compte lui suggérer de suspendre quelques semaines les négociations car il a besoin d’avoir l’aval et le soutien du FLNKS sur les contours d’un accord éventuel suite aux discussions bilatérales. Je vais personnellement déposer la lettre à Matignon, il demande alors à Léopold et moi-même d’attendre à son hôtel le retour de la délégation. Que se passe t-il après ? L’attente dure toute la nuit et c’est au petit matin qu’on apprend qu’il a finalement signé l’accord dit de Matignon. A partir de là, les interrogations sont nombreuses, Jean Marie Tjibaou a-t-il fait l’objet de pressions par rapport à la mort de ses frères et au massacre d’Ouvéa ? Dans quel état d’esprit était-il ? Certains ont-ils profité de sa fragilité pour lui arracher cet accord qui devait le conduire à la mort ? Au cours des discussions, il nous a fait part du ton parfois menaçant de ses interlocuteurs, comme par exemple que le statut Pons ne serait pas modifié s’il ne signait pas un accord, que les milices
dont il demandait le désarmement, ne seraient pas désarmées, que l’armée française pourrait encore intervenir sur d’autres points du Territoire s’il le fallait, « voulez vous la mort de votre peuple »lui a-t-on demandé ? Les menaces s’accompagnaient aussi de promesses telles que les kanak seront majoritaires en 1998 pour le référendum, les statistiques le prouvent et sinon des mesures d’accompagnement seront prises pour inciter les expatriés métropolitains à rentrer en France.

Au cours de l’année d’administration directe (1988-1989) il s’est plaint à plusieurs reprises des promesses non tenues et des difficultés qu’il rencontrait déjà pour faire vivre  l’accord de Matignon Oudinot. Ainsi, Au lendemain du référendum du 6 novembre 1988, il déclarait à une journaliste Australienne à propos de ces accords « Le FLNKS n’est pas marié aux dix ans de l’accord, il s’y tiendra si les autres s’y tiennent. Que font aujourd’hui certains signataires alors qu’il est question de partager ? En fait, ils ne partagent rien, ils ne cherchent qu’à exclure les autres.». Dans une interview donnée à un journal australien à Sydney en janvier 1989, il laissait entendre un éventuel retrait de cet accord, quelques mois plus tard, il était assassiné à Wadrilla lors de la cérémonie de levée de deuil des 19 martyrs d’Ouvéa. Son assassinat et le sang versé scellaient définitivement l’accord de Matignon Oudinot, telle est la tradition kanak. Il portait seul la responsabilité de l’accord, lui seul pouvait revenir sur cet accord, sa mort liait le FLNKS à l’accord de Matignon puis dans son prolongement, à celui de Nouméa signé 10 ans plus tard. Certains avaient-ils fait le lien entre sa nécessaire disparition et la survie de l’accord ?
Manquements aux fondamentaux de la revendication nationaliste kanak
Malgré des avancées positives, les différents accords se situent ainsi dans une continuité de démarches de l’Etat défendant avant tout ses propres intérêts. Un accord qui ne donne pas l’indépendance au peuple colonisé, mais qui lui laisse entrouverte une possibilité avec de multiples conditions en particulier celle d’une émancipation (décoloniser dans la France) à l’intérieur d’un cadre rigide qui est celui de la constitution française de 1958, révisée en 2003. La marge de manœuvre déjà étroite s’est considérablement réduite d’autant plus que des fondamentaux de la revendication nationaliste kanak restent en contradiction avec le cadre constitutionnel actuel. Je citerai trois exemples qui parlent d’eux-mêmes pour confirmer mon propos et qui viennent contrecarrer les conditions d’exercice du droit à l’autodétermination des peuples, telle que le rappelle la résolution 55/146 de l’assemblée générale des Nations unies en date du 8 décembre 2000 prise à l’occasion de la prorogation de la décennie pour l’éradication du colonialisme (2001- 2010): et notamment les articles 11 et 12.
Ainsi le premier exemple est le droit de vote dont la référence au droit de l’ONU est l’article 11 de la résolution citée ci dessus : « Les puissances administrantes devraient veiller à ce que l’exercice du droit à l’autodétermination ne soit pas entravé par des modifications de la composition démographique dues à l’immigration ou au déplacement des populations dans les territoires qu’elles administrent » Cette question a fait l’objet de discussions interminables depuis des décennies alors que suivant les principes de l’ONU, il s’agit de l’exercice d’un droit lié à la notion de populations concernées. Dès 1983, le Front Indépendantiste (FI) avait accepté d’ouvrir ce droit aux non kanak nommés « victimes de l’histoire » A chaque échéance importante, les nouveaux arrivés revendiquent ce droit, réservé prioritairement au peuple colonisé, ce fut
le cas en 1988, 1998 et cela le sera sûrement à la sortie du processus de l’accord de Nouméa, malgré la notion de vote bloqué.
Le deuxième exemple est la conséquence pour la Nouvelle Calédonie des flux d’immigration en provenance de la France métropolitaine. Le journal « Le Monde » abordait ce problème dans un article daté du 19 avril 2008, intitulé « les métros débarquent sur le caillou ». Il citait l’Institut de la statistique évoquant le chiffre de 14000 personnes installées entre 2000 et 2004 et un solde migratoire de nouveaux arrivants entre 800 et 1200 par an. La construction des usines, le dispositif de défiscalisation, les retraites indexées constituent un appel d’air à l’immigration métropolitaine avec toutes les conséquences qui en découlent : la flambée des prix de l’immobilier, le rejet à la périphérie de la ville ou dans les squats de centaines de familles océaniennes qui ne trouvent plus à se loger décemment en ville, la pression sur le foncier traditionnel kanak suburbain dont les revendications ne sont plus satisfaites. Ce flux contribue enfin à rendre de plus en plus minoritaire le peuple kanak dans son propre pays, il en résulte des phénomènes de rejet tant de la part des kanak que des autres, notamment de la population caldoche. Comment la population concernée pourra t-elle exercer son droit à l’autodétermination avec cet afflux de population organisé et voulu depuis des décennies dans le cadre de la politique de peuplement ?

Enfin troisième exemple,le pillage organisé de notre patrimoine minier avec les projets métallurgiques polluants notamment celui du sud qui va exploiter le diamant de Goro, un des gisements les plus importants au monde. A longueur d’années les sociétés annoncent leur intention d’ouvrir de nouvelles exploitations au moment où les cours du nickel sont au plus haut. Que restera t-il pour les générations future et le futur Etat, comment les populations vont-elles exercer leur droit à l’autodétermination dans les meilleures conditions possibles si leur richesse a été pillée et leur environnement pollué. Ainsi que le rappelle l’ONU en son article 12 de la résolution pré citée : « Les puissances administrantes devraient appliquer des mesures visant à conserver les ressources naturelles, à protéger l’environneent et à aider les peuples des territoires non
autonomes à parvenir à un niveau maximal d’autosuffisance économique, de protection écologique et de développement social et éducationnel » 
Les perspectives
Certains observateurs avisés lors de la signature des accords de 1988 et 1998, clamaient l’opportunité pour la Nouvelle Calédonie d’une décolonisation réussie, force est de constater qu’avec le temps que se sont donnés les signataires, on assiste plus tôt à une décolonisation inachevée et pire à une recolonisation programmée avec le spectre de la partition du pays en filigrane. L’accord de Nouméa, comme le stipule par ailleurs le droit international, interdit la partition mais le risque demeure quant aux intentions réelles de la France eu égard à l’exemple qui nous est donnée par l’occupation illégale de l’île comorienne de Mayotte malgré les condamnations de l’Etat français par l’ONU. Les manœuvres de déstabilisation vont se poursuivre à l’instar de ce qui se passe en Mélanésie où l’objectif inavoué est bien de créer un soi disant « îlot de stabilité » en Nouvelle Calédonie dans un univers chaotique afin de décourager toute aspiration à une indépendance future.
Face à ce défi de recolonisation, que peut-on espérer pour faire respecter notre droit au-delà de toutes manœuvres et promesses non tenues ? Si aucune solution satisfaisante dans le cadre du destin commun n’est trouvée, le peuple kanak devra alors, avec le soutien des pays frères du Pacifique, se retourner vers l’ONU pour lui demander officiellement sa protection face aux velléités de l’Etat français d’imposer ses choix sur un peuple qui ne réclame que la justice, la dignité et la liberté. Le peuple kanak ne pourra plus se contenter de statut de transition permanent à l’intérieur du carcan constitutionnel français. Ayant définitivement perdu la confiance d’une France coloniale, il ne pourra plus envisager de bâtir son avenir et celui de ses enfants sur des promesses jamais tenus ou détournés de leurs objectifs par des pressions et du
chantage permanents.
Le temps sera alors venu de faire vivre enfin un Pacifique décolonisé dans un regroupement d’Etats indépendants et interdépendants. Il sera composé, avec l’Australie et la Nouvelle Zélande, des trois entités océaniennes : la Fédération des Etats mélanésiens, y compris Timor de l’Est et demain la Papouasie occidentale, la Polynésie et la Micronésie. Cet ensemble, au sein du Forum du Pacifique, donnera ainsi une visibilité et une identité propre à ce Pacifique dépecée par les Etats colonisateurs européens depuis deux siècles, un Pacifique dont certains Etats européens continuent de nier la légitimité d’exister en tant que Région viable dans un monde en pleine réorganisation. Ainsi le temps jouant finalement contre le projet d’indépendance, le FLKNS ne devrait pas pousser au-delà de l’horizon 2014/2019 l’accession de la Nouvelle Calédonie à la souveraineté pleine et entière à moins de vouloir ranger aux oubliettes de l’histoire son droit inné et actif à l’indépendance.
Roch WAMYTAN 

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8 février 2002 5 08 /02 /février /2002 08:34

Drapeau FLNKS dit drapeau KanakyUne stratégie de MANIPULATIONS et de « COUPS TORDUS »

(Au service de la France qui s’oppose à l’Indépendance de la NOUVELLE-CALEDONIE et de son OUTRE-MER : DOM-TOM ? )

De par mes engagements et responsabilités sur la scène politique Calédonienne : Grand CHEF de la Tribu de ST LOUIS (banlieue de NOUMEA) Président du FLNKS du 09/12/95 au 17/11/2001 et à ce titre signataire des Accords de NOUMEA en 1998, Président du Groupe « Fer de Lance Mélanésien », organisation régionale du Pacifique sud (Papouasie Nouvelle-Guinée, Salomon, Fidji, Vanuatu et FLNKS pour Kanaky( Nouvelle-Calédonie), il me revenait, en cette période de crise que traverse la Nouvelle-Calédonie de dénoncer publiquement la déstabilisation organisée dans mon Pays en rappelant les faits, le contexte et en m’interrogeant sur les commanditaires.

Lors du 2ème Comité des signataires de l’Accord de NOUMEA qui vient de se tenir du 22 au 25 Janvier 2002 à Paris, le gouvernement Français a confirmé de nouveau que « tout allait bien en NOUVELLE-CALEDONIE » à part les dissensions au sein du FLNKS ( Front de Libération National Kanak Socialiste). Ce discours officiel en vigueur depuis la signature de l’Accord de Matignon en 1988 masque en fait les stratégies de manipulation, visant essentiellement à perpétuer la domination de l’ETAT Français et à contrôler les nombreuses richesses naturelles ( Nickel, Gaz, Pétrole etc.…) que recèle le pays.

Le FLNKS qui représente les intérêts et les Droits légitimes du Peuple KANAK dans la perspective de construction d’un ETAT en devenir, constitue par voie de conséquence l’obstacle majeur à la maîtrise par la France d’une de ses dernières colonies. Ces dernières participent, comme l’indique le site Internet du Secrétariat d’Etat à l’OUTRE-MER (www.outremer.gouv.fr.) à la « respiration de la France dans le monde» !

Dans la plus pure tradition coloniale, tous les coups sont permis pour neutraliser le FLNKS. Il est réduit à sa plus simple expression : une coquille vidée de sa substance, ses fonctions sont alors diluées et assurées soit par les partis politiques, soit par les exécutifs et les institutions coutumières où le combat pour le droit des peuples autochtones peut remplacer insidieusement celui du droit des peuples à disposer d’eux mêmes. Le FLNKS est écrêté par la tête, ses responsables sont « retournés » ou pire, pour les plus récalcitrants, éliminés politiquement ou physiquement.

Les graves événements actuels en Nouvelle-Calédonie sont une illustration de cette vaste entreprise de déstabilisation. Les conflits ethniques Kanak/Wallisiens/Futuniens à Saint Louis, les dérives des mouvements de grève à la SMSP, participent avec les turbulences organisées au sein de la mouvance indépendantiste, de cette stratégie de manipulation propre aux ETATS coloniaux.

I) Déstabilisation : les Faits

A) KANAK contre WALLISIENS / FUTUNIENS 

1) Immigrée en Nouvelle-Calédonie dés les années 50 à la recherche d’un emploi dans les mines de Nickel, la communauté Wallisienne et Futunienne a été dés le départ contrôlée et encadrée économiquement, politiquement et idéologiquement par la droite locale. Elle s’est alors opposée à la revendication Nationaliste Kanak. Grâce au travail de conscientisation effectué par le RDO( Rassemblement Démocratique Océanien), une part de plus en plus importante de cette communauté s’est détachée des partis dits « anti-Indépendantistes » pour rejoindre le combat du FLNKS. Cette alliance ne pouvait que contrecarrer les objectifs de ceux qui restent fondamentalement opposés à un rapprochement des Océaniens dans la lutte pour l’Indépendance Kanak. D’où la nécessité d’étouffer dans l’œuf toute initiative de ce genre. Ainsi l’Union Océanienne, première tentative d’unification, des Wallisiens/Futuniens au sein d’un Parti Politique Autonome fût l’objet de déstabilisation.

Par ailleurs, le moindre signe de tension entre les Communautés Kanak et Wallisien/Futunien était exploité de façon éhontée.

En octobre 2001 à Bourail ( Commune située au Centre de la Nouvelle-Calédonie à 160km de Nouméa), un conflit entre lycéens Kanak et Wallisien/Futunien dégénérait. S’agissait -il d’une opération test avant les évènements de ST Louis ?

Ces évènements éclataient en effet le 13 Novembre 2001 suite à un barrage organisé par les Wallisiens/Futuniens excédés par des caillassages de jeunes Kanaks de la Tribu de ST LOUIS. Curieusement cette opération se déroulait à 4 jours du Congrès du FLNKS (17 Novembre 2001) au cours duquel le renouvellement de la Présidence du FLNKS était prévu.

Le 7 Décembre 2001, une bagarre entre jeunes Kanak et Wallisiens/Futuniens entraînait l’incendie de 7 maisons de familles Wallisiennes, des fusillades avec blessés et un barrage routier pour exiger le départ sans condition avec un délai fixé au 08/03/2002 de l’ensemble des 700 personnes d’origine Wallisienne/Futunienne habitant le Val de l’Avé Maria à ST LOUIS. Curieusement ces graves évènements se déroulaient deux semaines avant le Congrès du FLNKS (du 22/12/01) et une semaine avant le CPAPSR( Comité Permanent pour les Affaires Politiques et la Sécurité Régionale), organisme interne au Groupe de Fer de Lance Mélanésien, qui se tenait à Lifou( Iles Loyautés) sous la Présidence du FLNKS.

Autour du 20 janvier 2002 à quelques jours du comité des signataires, un tract dénonçant une tentative d’épuration ethnique signé par des soit disant jeunes Wallisiens/Futuniens était distribué à ST LOUIS et dans les quartiers de NOUMEA. Dans le même temps des rumeurs faisaient états de l’arrivée de « réfugiés » de ST LOUIS à POYA, d’où la réaction des Coutumiers Kanak de la région s’opposant à la création d’un second foyer de tension Kanak/Wallisiens/Futuniens.

A la fin du Comité des signataires de l’Accord de Nouméa et après le retour des délégations RPCR (Rassemblement pour la Calédonie dans la République) et FLNKS le 03 février 2002 à Nouméa, le jeune Kanak Jean-Marie GOYETTA grièvement blessé lors des fusillades du 08 janvier 2002 décédait des suites de ses blessures. Sa mort entraînait des comportements jamais observés à la Tribu de ST LOUIS : responsabilité de sa mort attribuée à la chefferie de ST LOUIS, refus de la coutume pour les funérailles et dégradations des tombes Wallisiennes et Futuniennes au cimetière de ST LOUIS.

B) KANAK contre KANAK : la SMSP ( Société Minière du Sud Pacifique)

Durant la réunion du Comité des signataires à Paris, une grève était organisée par le Syndicat des Ouvriers et Employés de la Nouvelle-Calédonie( SOENC) section Mines pour protester contre la mise en chômage partiel de 360 employés de la SMSP, suite à la conjoncture défavorable du marché mondial du Nickel. Cette Société rachetée par la Province NORD ( FLNKS) au député Jacques LAFLEUR, est devenue au fil du temps le premier exportateur de Minerai de Nickel vers le JAPON.

Le dérapage « organisé » de cette grève aboutissait à l’incendie de véhicules de la Société, au vol de documents confidentiels et au saccage des Bureaux à Nouméa dont celui de Raphaël PIDJOT figure emblématique du FLNKS, PDG de la SMSP, mort dans un « accident » d’hélicoptère le 28/11/2000 avec l’équipe dirigeante de la Société. Les causes de cet accident ne sont toujours pas élucidées. La réaction attendue était la mobilisation des structures locales du FLNKS contre les grévistes du SOENC Mines en majorité Kanak.

II) La Déstabilisation : le contexte

A) Les déstabilisations actuelles naissent à des dates clés dans un contexte de tensions.

Afin d’asseoir leur pouvoir sur les populations ou les sociétés, il est courant de voir les Etats ou des groupes organisés user de la stratégie de la tension. Dans un premier cas, les tensions sont suscitées et entretenues. Dans un second cas elles sont utilisées. Ainsi à partir des problèmes réellement vécus sur le terrain, qu’ils soient d’ordre économiques, politiques, sociaux ou culturels, des situations de tension peuvent servir à des buts inavoués.

I) En Kanaky/ Nouvelle-Calédonie

Cette stratégie bien connue est savamment mise en place en Kanaky/Nouvelle-Calédonie. Ainsi les conflits entre kanak ou entre ces derniers et « les victimes de l’histoire » ( océaniens, caldoches, asiatiques…) sont amplifiés, par la manipulation ce qui permet à l’Etat Français de se positionner comme seul arbitre et garant de la paix entre les différentes communautés ethniques.

1/1 le FLNKS

Après les différents Congrès des Partis composant le FLNKS, en novembre 2001, les deux congrès du 17 novembre et 22 décembre 2001 avaient pour objet de procéder à une réorganisation en profondeur et à la désignation du nouveau Président. La réorganisation est donc en chantier et le FLNKS se trouve momentanément sans Président depuis le 17 novembre 2001. L’ampleur des déstabilisations constatées, arrivera t-elle à point nommé pour ceux qui souhaitent la mort programmée de cette instance suprême de la représentation Kanak ?

1/2 le Comité des Signataires de l’Accord de Nouméa

La réunion des comités des signataires à Paris a été l’occasion pour le FLNKS de dénoncer le non-respect des engagements de l’Accord de Nouméa. Au nom du discours du gouvernement français « Tout Va Bien Madame la Marquise », les points litigieux ont été minimisés :

- la Nouvelle-Calédonie a été réinscrite sur la liste des Pays à décoloniser de l’ONU en 1986. Dans ce cadre, le droit de vote est réservé au seul peuple colonisé. Le peuple Kanak, peuple concerné par ce principe a accepté d’ouvrir ce droit dans un premier temps aux victimes de l’histoire coloniale puis aux personnes installées en Nouvelle-Calédonie en 1998. Ainsi, les dispositions prévues dans l’Accord de Nouméa sur le corps électoral constituent la clé de voûte de cet Accord. Ce dispositif a été prévu pour éviter d’une part que les Kanak deviennent de plus en plus minoritaires dans leur Pays, et pour enrayer d’autre part la politique de peuplement voulue par l’Etat Français et par le RPCR à l’exemple de ce que déclarait le Député Jacques LAFLEUR en décembre 2001 dans le FIGARO que « la Nouvelle-Calédonie était désormais prête a accueillir UN MILLION de personnes ». Or le Conseil Constitutionnel en interprétant différemment le texte de l’Accord de Nouméa sur ce point particulier a mis en péril toute l’architecture patiemment élaborée lors des négociations politiques.

- la notion de collégialité entre le FLNKS et le RPCR a été retenue comme principe de Gouvernement pour l’Exécutif de la Nouvelle-Calédonie. Elle constitue un point d’équilibre de l’Accord de Nouméa. Jamais respectée par le partenaire RPCR, le FLNKS a dû recourir, souvent en vain, au système des recours devant la juridiction administrative pour faire respecter l’esprit et la lettre de l’Accord. La situation s’est encore aggravée avec la perte d’un siège FLNKS dans ce gouvernement. Désormais représenté par 3 Ministres sur 11, le FLNKS est largement marginalisé. D’où la proposition formulée le 17/11/2001 devant le congrès du FLNKS, de remettre en place un « gouvernement provisoire de Kanaky » afin de préparer le Pays à l’accession de l’Indépendance.

- Le FLNKS s’est toujours battu pour défendre le principe de la « maîtrise des ressources naturelles et le contrôle des outils qui les valorisent ». Dans ce cadre le FLNKS a exigé l’ouverture du capital des sociétés métallurgiques aux intérêts du pays afin que les fabuleux contrats connus ou cachés actuellement passés avec les groupes d’intérêts ne contribuent a poursuivre le pillage de nos ressources et à rendre exsangue le futur Etat de la Kanaky. Le FLNKS a par ailleurs demandé que toute les garanties soient prises afin d’assurer la défense de l’environnement autour des grands projets « polluants ».

Il est clair qu’en cas de non-respect des engagements de l’Etat Français et du RPCR, sur les éléments clés de l’accord de Nouméa, notamment le corps électoral, le FLNKS devra dénoncer cet Accord.

2 - En France

La Nouvelle-Calédonie de par sa position géographique constitue un enjeu réel pour la France dans un environnement anglo-saxon et américain. L’étendue de sa zone des 200 milles marins associée à celle de l’outre-mer français participe à faire de la France une puissance maritime de 1er plan dans le monde. Vu l’importance de ses ressources naturelles sur terre ( Nickel, Cobalt, ) sur mer ( ressources halieutiques) et sous mer ( Gaz, Pétrole). L’Etat Français souhaite « conserver » ce pactole éternellement.

Sur ce « Pactole » vit une population Kanak qui revendique ses droits de peuple colonisé. Ses revendications, ses aspirations, ses inquiétudes trouvent en fait peu d’écho en France puisque depuis les Accords de Matignon/Oudinot, le gouvernement s’arrange pour que seul sa voix « officielle » soit entendue.

Les élections Présidentielles de 2002 fournissent donc l’opportunité pour le FLNKS, la KANAKY et les mouvements Indépendantistes de l’outre-mer français de s’exprimer et d’interpeller publiquement les candidats sur leurs revendications respectives. C’est d’ailleurs ce qui va se passer en mars 2002 lors de la 2ème réunion des mouvements Indépendantistes à Paris et la rencontre avec les candidats ou leurs représentants.

La campagne électorale pour les élections présidentielles a déjà débuté. Selon certains observateurs politiques, elle sera la plus dure de la cinquième république compte tenu des nombreuses « affaires » qui ne manqueront pas de remonter à la surface. Les mouvements indépendantistes de l’Outre-mer pourront-ils, sans risque d’être déstabilisés, faire entendre leurs voix dans cette « lutte à mort » que vont se livrer les principaux candidats ?

3 - Au niveau International

Suite aux attentats du 11 septembre 2001 à NEW-YORK et WASHINGTON, un « grand combat mondial » se livre contre le terrorisme international. Par effet d’entraînement ou mimétisme, le danger est que chaque pays cherche à régler ses comptes avec ceux qu’il considère comme « ses terroristes internes ». Si ces terroristes n’existent pas, il faudrait alors les inventer ou susciter leur émergence pour mieux les combattre. Par exemple, récemment dans le Nouvel Observateur, Mr. LE PEN déclarait son désaccord avec MITTERRAND « allié des terroristes du FLNKS ». Histoire de rester dans l’air du temps, certains pourraient par exemple être enclins en Nouvelle-Calédonie à faire passer pour terroristes, la jeunesse Kanak et Océanienne.

B) Les Destabilisations apparaissent toujours aux périodes charnières : l’Histoire bégaye.

Il convient de constater qu’à chaque moment important de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie (négociations politiques France/Indépendantistes, mission politique en France ou à l’ONU à l’occasion de l’inscription de la Nouvelle-Calédonie sur la liste des Pays à décoloniser) les mêmes types de déstabilisation ont été menés.

1- Sur les leaders Indépendantistes

- Assassinat politique de Pierre DECLERCQ, Secrétaire Général de l’Union Calédonienne (UC) en septembre 1981 à l’ouverture des discussions du Front Indépendantiste avec le nouveau gouvernement socialiste et le Président MITTERRAND qui avait promis l’Indépendance au Peuple Kanak.

- Assassinat d’Eloi MACHORO en 1985 après la proposition formulée par le Haut-Commissaire Edgard PISANI de faire de la Nelle-Calédonie un Etat Associé à la France.

- Assassinat de Jean-Marie TJIBAOU et Y. YEIWENE en mai 1989 à la fin de la période de l’administration directe et à un mois des élections Provinciales qui devaient les conduire tous les deux à la tête des Provinces NORD et ILES Loyautés, concrétisant ainsi la mise en place des Accords de Matignon/Oudinot. Quatre mois avant son assassinat, au cours d’un entretien accordé à une journaliste australienne le 07 janvier 1989, J.M. TJIBAOU déclarait, qu’il se réservait le droit de revenir sur les Accords de Matignon compte tenu du non respect des dispositions de cet Accord par les partenaires RPCR et Etat Français !

- Disparition presque systématique des leaders Kanak occupant des postes importants (Henri WETTA et Théophile PONGA conseillers RPCR à la Province NORD morts de crise cardiaque, Jacques IEKAWE 1er Préfet Kanak décédé d’un cancer foudroyant à quelques mois d’exercer sa fonction de Secrétaire Général de la Communauté du Pacifique Sud (CPS), Raphaël PIDJOT PDG de la SMSP disparu dans un « accident » d’hélicoptère, Clément VENDEGOU tué dans un accident de voiture au moment de l’installation de projets miniers dans le Sud…).

 

- « Retournement » de leaders Indépendantistes qui se retrouvent opposés à leur propre camp, parfois en alliance avec la droite locale ou en relais direct de la politique de l’Etat Français. C’est notamment le cas depuis 1998 lors des négociations politiques sur l’Accord de Nouméa avec la création d’un mouvement contre le FLNKS ; la FCCI (Fédération des Comités de Coordination pour l’Indépendance) rappelant étrangement le FAAD crée par les services secrets Français durant la guerre d’Algérie pour s’opposer au FLN.

2) Lors des Présidentielles de 1988

Un jeu franco-français des candidats MITTERRAND et CHIRAC, respectivement Président et 1er Ministre, s’est effectué sur le dos des Kanak de la grotte d’OUVEA. Chaque candidat espérait tirer le maximum de profit politique de cet événement dramatique à l’instar de ce qui s’est passé, pour les otages du LIBAN à la même époque. L’histoire va-t-elle de nouveau bégayer en 2002 à l’occasion des Présidentielles ?

III) DESTABILISATION : A qui profite-t-elle ? Quels en sont les acteurs et les Commanditaires ?

Il est évident que la déstabilisation profite à tous ceux qui sont opposés à l’Indépendance de la KANAKY/ Nelle Calédonie.

1) la lettre datée du 17/07/1972 de Pierre MESSMER, Premier Ministre est toujours d’actualité.

Dans cette lettre le Premier Ministre donne clairement la recette de la France pour noyer la revendication d’Indépendance du peuple Kanak. Il s’agit de faire de la Nouvelle-Calédonie une colonie de peuplement, une SUISSE du Pacifique. Pour cela il est impératif d’organiser une immigration massive d’Européens de France Métropolitaine afin de rendre minoritaire le peuple Kanak dans son propre pays.

Parallèlement il convient de mettre en échec toute forme d’alliance entre Kanak et Océaniens. Les conflits Kanak / Wallisiens-Futuniens notamment sur ST LOUIS ressemblent étrangement à une mise en œuvre de ce programme au delà des problèmes fonciers et de voisinage, on assiste dans ces évènements de ST LOUIS à une tentative de sabotage du RDO. Depuis 1998, ce parti s’est délibérément placé au sein du FLNKS, associant ainsi les Wallisiens/Futuniens au projet de l’Indépendance Kanak. Sabotage du RDO et par voie de conséquence, déstabilisation de ses principaux maîtres d’œuvres : le FLNKS et les principaux responsables politiques Wallisiens / Futuniens et Kanak.

2) Instrumentalisation ETHNIQUE

La mise en œuvre du programme « MESSMER » implique des manipulations ethniques dans la plus pure tradition coloniale. Le génocide Rwandais est un des exemples le plus meurtrier des guerres cachées à l’ombre de la France officielle, « la Françafrique ».

S’agissant de la Nouvelle-Calédonie, on observe depuis la revendication d’Indépendance et notamment à partir de 1984 et 1985, à un développement progressif de l’instrumentalisation ethnique. Elle relève en général de provocateurs agissant en coulisse tels des « soldats de l’ombre » très présents et d’un très haut niveau.

Ce mécanisme se conforte à nouveau depuis la signature des Accords de Nouméa et l’arrivée prévue de groupes d’intérêts, nombreux et puissants (ex : ELF/TOTAL). On a pu ainsi constater que des « experts » en déstabilisation et manipulation se sont installés en Nouvelle-Calédonie. Certains de ces « Grosses Pointures » ont initié et géré , des actions de déstabilisation soit dans la région Pacifique lors de l’Indépendance des NOUVELLES HEBRIDES/VANUATU entre 1975 et 1980, soit en Afrique Francophone ou dans l’Océan Indien.

3) La Mélanésie

Etrangement, dans le même ordre d’idée, l’ensemble des Pays Mélanésiens fait l’objet de déstabilisations. Dans la chronologie des évènements, elles ont commencé lorsque ces pays ont crée le « Groupe de Fer de Lance Mélanésien » afin de soutenir le peuple Kanak dans sa lutte pour l’Indépendance. Elles se sont accrues ( coup d’Etat à FIDJI, conflit ethnique aux Iles SALOMON et en PAPOUASIE NOUVELLE GUINEE) lorsque ces pays ont soutenu, à l’ONU, la réinscription de la Nouvelle-Calédonie sur la liste des pays à décoloniser. Elles risquent de se renforcer après la décision prise au 14ème sommet du Groupe du Fer de lance Mélanésien en juillet 2001 à Nouméa de confier au FLNKS la Présidence de cette organisation régionale pour 2 ans ( 2001-2003). Le FLNKS devra être très vigilant pour que l’Etat Français, dans le cadre de sa stratégie dans le Pacifique, ne tente de prendre sa place au sein de cette organisation ou alors de se servir du FLNKS comme cheval de TROIE, d’où des manipulations en perspective.

CONCLUSION

De la Tribu de ST LOUIS, à la Kanaky, à l’ensemble des pays Mélanésiens et en passant par les dernières colonies Françaises, la déstabilisation et la manipulation perdurent. Les méthodes s’appuient sur les principes du : « diviser pour régner », sur les « rumeurs qui tuent », le dénigrement systématique, le discrédit de l’action politique…, même si les acteurs et les commanditaires changent en fonction des situations du terrain. Le but est –il de sauvegarder les intérêts supérieurs de la France ? 

Engagé dans l’action politique, l’ensemble des responsables kanak que nous sommes, fait l’objet d’actions de déstabilisations, il n’est donc pas surprenant de constater que sur 33 districts coutumiers en Nouvelle-Calédonie, seul mon district est actuellement en proie à des conflits ethniques graves.

Dans ce contexte de crise et de tension, j’en appelle à la vigilance de chacun afin d’une part de ne pas se laisser entraîner dans ce piège mortel, et d’autre part à ne pas donner raison aux commanditaires en entrant dans leur jeu.

Il est urgent qu’une enquête indépendante soit diligentée sur l’ensemble des actions de déstabilisation mené en Kanaky/Nouvelle-Calédonie/Mélanésie. Cette enquête devra se faire sous l’égide de l’ONU et des instances internationales compétentes. Devant ces instances, le FLNKS ne cesse, non sans pression en retour, de dénoncer les manquements graves de la France quant à sa responsabilité historique de procéder à la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie et à l’émancipation du peuple Kanak. Nous continuerons d’opposer une résistance farouche à tous ceux qui par ce genre d’actions tentent depuis 150 ans, à contrer l’avènement de l’Indépendance de la KANAKY.

Rock WAMYTAN

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