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  • Roch WAMYTAN
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 20:31
Drapeau_FLNKS_UC.pngParis, Hôtel de Matignon, jeudi 6 décembre 2012
   
R.WAMYTAN, signataire FLNKS de l’accord de Nouméa, Chef de la délégation UC/FLNKS
   
Avant propos
 
Lors des comités des signataires précédents, les déclarations des chefs de délégation étaient prévues  à l’ordre du jour puis reprises synthétiquement dans le relevé de conclusion. Depuis un certain temps, ces déclarations n’apparaissent plus dans le relevé de conclusion. De même les signataires ne sont plus invités à apposer leur signature au bas du document. Enfin, lors de ce dernier comité, ils n’ont pas été invités à relire le relevé lequel a été présenté seulement par oral.
 
Cette situation est parfaitement anormale car l’accord de Nouméa est constitutionnalisé et que le comité des signataires est d’abord et avant tout une structure politique plus que technique. Qui plus est, le relevé de conclusion du comité des signataires est porté à la connaissance de l’ONU par les autorités françaises, du fait  que la Nouvelle Calédonie est inscrite depuis 1986 sur la liste des pays à décoloniser.
 
Ainsi le positionnement politique des parties prenantes à cet accord  doit  être nécessairement connu et des Nations Unies et de l’opinion publique.
 
Et ce  d’autant plus que ce comité des signataires est le premier présidé par un gouvernement de gauche de retour aux affaires après dix ans d’absence. Le gouvernement français ayant donné ses positions politiques tant à l’Elysée par le président de la république que par le premier ministre dans son discours d’ouverture, il était inadmissible que les deux autres signataires ne soient pas initialement prévus  pour  s’exprimer.
 
Il a fallu que la délégation UC/FLNKS insiste pour que le chef de délégation puisse faire la déclaration politique. Le ministre des outre mers proposait dans un premier temps que la déclaration soit délivrée en fin de réunion, au moment de la clôture par le premier ministre, ce qui est proprement irrespectueux et anti-démocratique dans un procédé de décolonisation. Au dernier moment, à l’issue de son discours d’ouverture, le Premier ministre proposait alors à la surprise générale, que les chefs de délégation puissent s’exprimer à ce moment là et non plus à la clôture tel que prévu.
 
La parole du FLNKS, signataire de l’accord de Nouméa doit être sauvegardée à sa juste place. Elle ne doit pas être noyée du fait d’un élargissement sans fin mais calculée de la composition de ce comité des signataires. Il est donc important de revenir à chaque fois aux fondamentaux, et ainsi de réaffirmer que les signataires sont : l’Etat, le FLNKS (partis  indépendantistes) et le RPCR (partis non indépendantistes).
 
A ce 10ième comité des signataires ont donc pris la parole : pour les partis non indépendantistes : Pierre FROGIER, du RUMP/Rassemblement,  sénateur, Harold MARTIN de l’Avenir Ensemble, président du gouvernement, Philippe GOMES de Calédonie Ensemble, député de la 2ième circonscription, Simon LOUECKHOTE,  sénateur honoraire du LMD, pour le FLNKS : Paul NEAOUTYINE, du Palika, président de la province nord, Roch WAMYTAN, de l’Union calédonienne/ FLNKS, premier vice président du Congrès.
 
Le texte qui suit constitue la partie politique venant en complément du document remis officiellement au Premier ministre le 5 décembre 2012 et  qui reprend l’essentiel des propositions de la délégation UC/FLNKS. Compte tenu de l’imbroglio plus ou moins entretenu sur le moment de délivrance de la déclaration des chefs de délégations, seule une synthèse de ce texte a été exposé oralement en cinq minutes.
 
La plupart des propositions ont été soit actées par le comité des signataires soit mises à l’étude dans des groupes de travail avalisés par le comité technique réuni le vendredi 7 décembre au ministère des outre-mer. Face à un ministre monopolisant souvent la parole, il a fallu de la constance pour intégrer certaines de nos propositions, le résultat a été cependant au rendez vous.
   
La déclaration politique
 
Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Ministre des outre-mer,
 
Permettez moi tout d’abord au nom de la délégation UC/FLNKS de vous présenter nos remerciements d’avoir pu organiser ce CDS malgré le contexte assez tendu aussi bien en France qu’en NC. Ce 10ième CDS, se situe à un moment important marqué par des anniversaires en 2013 qui nous permettront de revisiter notre propre histoire, de se l’approprier en essayant de tirer les leçons du passé, dont certains pièges posés dans les texte des accords, afin de mieux envisager l’avenir : les 160 ans de la prise de possession du pays Kanak par la France (24 septembre 1853), les 60 ans de l’UC le plus vieux parti politique du pays, les 30 ans des accords de Nainville les roches (1983), les 25 ans des accords de Matignon (1988) et les 15 ans des accords de Nouméa (1998).
 
Ce 10ième Comité des signataires est aussi marqué par le retour d’une présidence socialiste et d’un gouvernement de gauche. De ce fait ils ont organisé ce 10ème Comité, et ce après dix ans d’absence, le dernier s’étant tenu le 22 janvier 2002 à l’invitation du secrétaire d’Etat chargé de l’outre mer, Christian Paul sous le gouvernement du premier ministre Lionel Jospin. Il s’agissait du deuxième Comité des signataires. Depuis, les différents gouvernements de droite en ont organisé sept de 2003 à 2011.
 
En dix ans la physionomie du comité des signataires a évolué au gré des alliances, des ruptures ou des recompositions des forces politiques néo-calédoniennes. En 2006 (5ième CDS) un élargissement s’est opéré au bénéfice des  présidents de collectivités non signataires. En 2007 le premier ministre F. Fillon pour la première fois présidait le CDS afin de souligner l’importance de cette instance à qui le point 6.5 de l’ADN avait fixé ses trois missions principales dont celle de « veiller au suivi de l’application de l’accord ».
 
Durant cette période, des gestes forts d’une grande portée symbolique furent initiés par les plus hautes autorités de l’Etat : les réceptions régulières par le président de la république avec présentation de la coutume kanak à l’Elysée, la décision de lever le drapeau indépendantiste au coté du drapeau de la république au Comité des signataires de 2010, la présentation de la coutume kanak à Matignon par le président du sénat coutumier au Comité des signataires de 2011.
 
En Nouvelle Calédonie, il convient aussi de noter la constitution de la majorité non indépendantiste et indépendantiste au sein des institutions du pays, congrès et gouvernement en début 2011. Il s’agit là d’une initiative qui tend à prolonger l’esprit de la poignée de main de Jacques LAFLEUR et Jean Marie TJIBAOU dans des démarches d’avenir porteuses d’espoir.
 
Les élections présidentielles et législatives de 2012 ont permis le retour des forces de gauche à la gestion des affaires de la France. Le FLNKS a assumé sa part de responsabilité en soutenant le candidat François Hollande, au nom de la défense de valeurs et d’idéaux partagés en commun pour une société plus égalitaire. Ce soutien s’est traduit dans les résultats des urnes malgré  les situations de conflit avec les gouvernements de gauche successifs (insurrection contre la loi Georges LEMOINE en 1984 et ordre du président François MITTERRAND, chef des armées, de faire intervenir la force militaire contre les militants FLNKS d’Ouvéa en 1988). Soutien par ailleurs manifesté malgré fait que le FLNKS, assimilé à un MLN (mouvement de libération nationale) au titre de la charte des Nations Unies de 1960 et ce depuis 1986, date de la réinscription de la NC sur la liste des pays à décolonisés de l’ONU, n’avait plus pour vocation de participer au jeu de politique interne du pays exerçant  l’autorité de tutelle.
 
Avec la victoire électorale de cette année, votre gouvernement se trouve désormais engagé dans un processus politique de décolonisation et d’émancipation devant conduire la Nouvelle Calédonie à un rendez vous avec son propre destin à partir des élections provinciales de mai 2014. C’est en effet sous votre autorité qu’en 1983, 1988 et 1998 ont été signés les différents accords de Nainville les roches, Matignon-Oudinot et Nouméa. C’est sous l’autorité de votre gouvernement que s’ouvrira la période théorique  de la sortie de l’accord à partir de 2014.
 
Vous donnez comme feuille de route « l’accord, rien que l’accord, tout l’accord » , respect de l’esprit et de la lettre de l’ADN. Dans les faits cela n’est pas toujours le cas notamment sur la question du droit de vote aux élections provinciales et à celle de la consultation de sortie du processus qui ne doit souffrir d’aucune ambiguïté. Des centaines d’électeurs kanak sont sur le tableau annexe mais par ailleurs on tente d’intégrer des non citoyens sur les listes spéciales. Un toilettage est absolument nécessaire, obligatoire et urgent pour ces listes provinciales, et pour  l’établissement des listes électorales relatives à la consultation de sortie. Il s’agit là d’une question hautement politique et nous pouvons affirmer que le peuple kanak ne pourra plus accepter un processus le rendant de plus en plus minoritaire dans son propre pays il ne pourra pas accepter  de rester insensible à la mort programmée de l’exercice de son droit à l’autodétermination par une politique volontaire d’immigration de nationaux français. Ce point est non négociable et doit être abordé en toute sérénité et transparence.
 
Cette question est capitale à partir du moment où nos visions sont divergentes quant au devenir de notre pays. Le FLNKS défend son projet d’indépendance de la Nouvelle Calédonie et sa place dans la construction d’une région pacifique apaisée, sa région naturelle, où se déplace d’ailleurs le centre du monde, lieu de la croissance mondiale actuelle. Les représentants de l’Etat français qu’ils soient de droite ou de gauche souhaitent une NC émancipée dans la France avec des liens renouvelés. Les déclarations des uns et des autres insistent ainsi sur les intérêts supérieurs de la Nation comme deuxième puissance maritime mondiale grâce a sa ZEE (zone économique exclusive) fournie essentiellement par les outre mers et permettant à la France dite des 3 océans d’assurer une présence partout dans le monde. La Nouvelle Calédonie est ainsi partie prenante du rayonnement de la France dans cette région Asie-pacifique.
 
En ce qui nous concerne, nous réaffirmons notre droit d’être accompagnés sur le chemin de l’émancipation, notre légitimité à exercer notre droit à l’autodétermination. Ceci est de la responsabilité historique de l’Etat qui ne doit pas faillir à la mission de décolonisation de la NC et notamment en favorisant l’immigration de ses nationaux ou encore par des politiques d’intervention financière visant à entretenir une situation d’assistanat en créant une bulle artificielle sous perfusion permanente à 20.000 km de sa base nourricière, rendant ainsi ce pays en devenir incapable de la moindre autonomie et mettant ainsi en cause sa propre survie dans un pacifique en pleine évolution.
 
Aussi nous considérons qu’en tant que partenaire de l’accord de Nouméa, l’Etat n’est pas arbitre, il a une responsabilité particulière envers le peuple premier, c’est à l’aune de ce prisme que nous comprenons le principe d’équidistance développé par le ministre des outre mers lors de son déplacement en Nouvelle Calédonie. Nous le comprenons avec son sens politique et non géométrique puisqu’il s’applique à deux groupes que l’histoire et les politiques coloniales successives ont rendu inégaux, au plan démographique et au plan de la justice sociale.
 
C’est sur la base de la perte de sa souveraineté et à partir de ces inégalités fondamentales que le peuple kanak a fondé sa revendication d’indépendance et qu’il a signé les différents accords politiques. Depuis près de vingt cinq ans on constate de réelles avancées. Mais les résultats sont encore très loin d’être satisfaisants. Notre délégation a eu l’occasion de  faire savoir au gouvernement par un courrier daté d’hier, l’objet de nos inquiétudes et préoccupations sérieuses sur les freins mis en travers du processus de l’accord et qui n’est pas du fait des indépendantistes même si nous assumons notre part de responsabilité : retards volontaires dans les transferts, manque de volonté politique pour faire avancer les dossiers, remise en cause de certains fondamentaux de l’accord (notamment en ce qui concerne la pleine reconnaissance de l’identité kanak ou la réalité d’un rééquilibrage), esprit de résistance face au processus engagé, fébrilité ou posture laxiste dans les prises de décision sur les réformes à entreprendre au niveau fiscal et de modernisation de l’économie, négation de l’esprit de l’accord par la résurgence de discours et d’attitudes  racistes ou d’exclusion, discours anachroniques et surannés que l’on croyait morts et enterrés notamment durant la campagne des législatives de 2012  et autour de la problématique de la tribu dans la ville et l’affaire des cases. Non respect encore de cet esprit en écartant d’office le FLNKS dans le partage des responsabilités institutionnels (collégialité).
 
Il est donc important que l’Etat joue à plein son rôle d’acteur et de catalyseur dans la mise en oeuvre  de l’accord au titre de sa mission historique de décolonisation.  Il doit redynamiser un processus encalminé et encrassé par la peur ou l’attente des prochaines échéances électorales. Un accord de décolonisation ne peut souffrir de ce type de frein qui neutralise la marche vers l’émancipation.
 
R.WAMYTAN,
Chef de la délégation UC/FLNKS
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