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  • Roch WAMYTAN
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 08:10
Déclaration du Groupe UC-FLNKS et Nationalistes Comité des signataires, jeudi 4 février 2016, Paris,  Hôtel Matignon

Monsieur le Premier ministre,

Madame la Ministre des Outremer,
Messieurs les représentants du président de la République
Mesdames et messieurs,


Je voudrais tout d’abord vous remercier Mr le Premier ministre pour la teneur de votre discours d’ouverture de ce Comité des signataires qui se tient à un moment stratégique du fait que notre pays se trouve désormais à deux ans de la sortie du processus de décolonisation et d’émancipation qu’est l’accord de Nouméa signé le 5 mai 1998, dans le prolongement des accord de Matignon Oudinot de 1988 et de l’accord de Nainvilles les roches de 1983. Ces trois accords ayant été signés sous des gouvernements socialistes successifs.


Ainsi depuis 33 ans, et dans la continuité du combat de nos anciens, le FLNKS ferraille avec des gouvernements socialistes pour se sortir d’un système dans lequel l’histoire a plongé le peuple kanak colonisé que nous représentons, afin de fermer définitivement ce que Koffi Anan, alors secrétaire général de l’ONU appelait la parenthèse du colonialisme.
Les forces de gauche ont hérité de ce dossier calédonien en accédant au pouvoir en 1981, nous espérons qu’avant la fin du mandat du président de la république en 2017, une solution soit trouvée et en ce qui nous concerne, il s’agit tout simplement de l’indépendance de notre pays afin que le peuple Kanak puisse retrouver toute sa dignité, et sa liberté au sein de la future nation calédonienne dans laquelle chaque composante de la population aura sa véritable place.


L’année 2017 sera pour nous indépendantistes, l’année d’une vigilance extrême, du fait des deux grandes élections nationales que sont les présidentielles et les législatives. Car on peut légitimement se poser la question du dossier de l’avenir de la Nouvelle Calédonie dans la campagne des divers partis politiques français plus divisés que jamais aussi bien à droite qu’à gauche avec en toile de fond, la montée croissante du front national surfant sur ces divisions. Le dossier Calédonien ne risque-t-il pas d’être instrumentalisé par les partis en course comme dans les années 1980 et notamment en 1988 à Ouvéa ? C’est pourquoi, l’analyse des assassinats politiques est pour nous indispensable, d’où notre demande de mise en place d’un comité vérité et justice qui s’avère incontournable avant toute forme de réconciliation. Cette demande a été formulée dans les notes remise au haut-commissaire. Car demander d’urgence des comptes aux commanditaires, prendre date est plus que nécessaire avant le changement de présidence et avant tout travail de réconciliation, à l’instar de ce qui s’est passé dans de nombreux pays comme en Afrique du sud à la chute du système de l’apartheid ou plus près de chez nous aux Iles Salomon après la guerre civile des années 1990.


Par ailleurs l’année 2018, sera pour nous l’année de tous les dangers, car nous serons dans l’année de la consultation. Si je parle d’une année de tous les dangers c’est tout simplement parce que nous avons appris cela de notre histoire passée et récente. Les manœuvres sur la colonie de peuplement et les critères de vote s’unissent et se complètent parfaitement depuis 1956 pour rendre les kanak minoritaires dans leur propre pays. Et cela réussit. Il suffit de se référer au tableau de l’ISEE pour observer qu’à partir de la visite du général de gaulle en 1956, à un moment où 51% de la population étaient kanak, et jusqu’à ce jour la représentation des kanak dans la population totale n’a fait que baisser sauf entre 1983 et 1989 c’est-à-dire au moment des révoltes kanak de 1984 et 1988. Quelle conclusion en tirer si ce n’est que les accords que nous signons au nom de notre peuple constituent en fait un appel d’air aux flux de population métropolitaine, océanienne ou antillaise. Résultat des courses, au dernier recensement, la population kanak est passée pour la première fois de son histoire sous la barre des 40% !


2018, année de tous les dangers lorsque nous observons les incertitudes qui pèsent sur l’organisation de la consultation référendaire et son déroulement. Ou encore lorsque nous observons les options qui nous sont présentées pour nous mener vers un 3ième accord ou une fausse indépendance de type françafrique.


2018, année de tous les dangers lorsque nous constatons le bilan général des accords, le peuple kanak ne se retrouve pas ou peu, d’où l’appel du président du sénat coutumier pour un plan Marshall afin de sauver la jeunesse kanak. Année de tous les dangers lorsque nous nous remémorons les manœuvres autour de Jean Marie Tjibaou et Yéweine Yeweine qui souhaitaient une révision de l’accord de Matignon à la fin de la période de l’administration directe en avril 1989 ; le 4 mai ils étaient tous deux assassinés à Ouvéa.


Il s’agit là de quelques rappels historiques pour dire notre constante vigilance dans les stratégies politiques mises en œuvre. L’histoire des décolonisations, de même que notre histoire commune avec la France depui161 ans nous ont appris que nous aurons à chaque fois à nous battre et parfois à négocier avec une puissance coloniale, en même temps puissance mondiale dont l’intérêt supérieur de la nation tentera toujours d’avoir le dernier mot sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes par l’application du principe d’une ligne rouge de l’indépendance à ne pas franchir. Mais les stratégies qui en découlent impactent violemment la cohésion du peuple kanak participant ainsi à sa lente implosion dont la dérive d’une partie de sa jeunesse est le signe visible d’un mal être profond.

C’est pourquoi, nous demandons officiellement au gouvernement français qu’à l’instar de ce qui s’est passé en 1996, à l’ouverture des discussion sur l’avenir de la Nouvelle Calédonie, une discussion bilatérale dans la phase de préparation de l’acte d’autodétermination de 2018, soit organisée entre le peuple colonisé et son colonisateur sous une forme et des modalités à définir. Ceci afin que soient posés, sur la table des discussions les effets négatifs d’un système anachronique, empêchant le mieux vivre ensemble. Nous espérons être entendus, ce sera un geste démontrant de la part de l’Etat sa volonté de nous accompagner sur le chemin de notre dignité et de notre indépendance.


S’agissant des 4 points de l’ordre du jour proposés par l’Etat pour ce Comité des signataires, le Groupe UC-FLNKS et Nationalistes a un certain nombre de déclarations et de propositions à faire.


Sur le litige de la liste spéciale pour les élections provinciales, notre groupe interpelle l’Etat sur sa responsabilité quant au règlement de ce litige et demande à ce que les dossiers des 3388 électeurs, comptabilisés par l’expert Ferdinand Mélin-Soucramanien, comme arrivés après 1988, et non présents sur la liste générale de 1998, soient réexaminés dans les commissions administratives spéciales à partir de mars 2016.


Sur le transfert de l’article 27, le groupe UC-FLNKS et Nationalistes réaffirme qu’il s’agit d’un transfert non optionnel et réitère sa demande antérieure de mise en place d’un calendrier qu’il convient de concrétiser durant ce comité des signataires.


Dans le même esprit, nous souhaitons la mise en place d’une méthode et d’un calendrier concrets pour voir évoluer la question de l’avenir institutionnel vers un transfert des compétences régaliennes. Pour se faire, notre groupe propose qu’un Comité des signataires dédié soit organisé en septembre 2016 à Nouméa.


Sur les contrats de développement, notre groupe attend de l’Etat que la prochaine génération de contrats de développement s’inscrive davantage dans l’esprit et les objectifs de l’Accord de Nouméa, car nous considérons que ce dispositif n’a pas joué pleinement son rôle de rééquilibrage et d’accompagnement de la Nouvelle-Calédonie vers l’exercice de sa pleine souveraineté.


Par ailleurs, notre groupe souhaite remercier le Premier ministre d’avoir saisi le Secrétaire général des Nations Unies afin qu’il déploie des observateurs dans les commissions administratives spéciales et au sein de la commission consultative d’experts, comme nous l’avions demandé à plusieurs reprises devant les Nations Unies et auprès du président de la République.


Par contre, en rappelant les déclarations de l’Etat, à savoir que « ce sont les Calédoniens qui décident », notre groupe souhaite que les rapports des observateurs de l’ONU, qui doivent être envoyés à la Ministre des Outremer et au président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, soient également envoyés au président du Comité spécial de décolonisation des Nations Unies, comme il l’a été décidé à l’unanimité par le Congrès de la Nouvelle-Calédonie dans ses avis du 29 octobre 2015.


Dans le même ordre d’idées, s’agissant du problème de la nomination du vice-recteur, et alors qu’une décision collégiale du gouvernement calédonien avait été actée pour qu’un candidat citoyen puisse occuper ce poste, l’Etat a décidé unilatéralement de nommer un haut fonctionnaire du ministère de l’éducation français proche de la retraite. Notre groupe demande ainsi que ces déclarations prétendant que « ce sont les Calédoniens qui décident », ne restent pas lettre morte et que l’Etat revienne sur sa nomination.


Pour finir, le Groupe UC-FLNKS et Nationalistes souhaite rappeler que les transferts de compétence ne sont pas, pour ce qui nous concerne, des transferts de gestion administrative dans un contexte de décentralisation, mais bien des transferts de pouvoirs dans un contexte de décolonisation et d’accession à la pleine souveraineté. Ce n’est que dans cette logique que ces transferts pourront être considérés comme de véritables actes d’autodétermination et d’indépendance.


Je vous remercie

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