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  • Roch WAMYTAN
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie

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Citoyenneté calédonienne socle du destin commun
Présentation d'une loi de pays proposant le drapeau du FLNKS comme drapeau du Pays                   
   
Bilan des déplacements dans la région du président du Congrès (coopération interparlementaire)         
       

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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 22:54

Retranscription "mot à mot"

OFM mardi 24 juillet 2012

Journaliste : Rock Wamytan, bonjour.

Rock Wamytan : Bonjour.

Journaliste : Merci d'avoir accepté notre invitation. Un petit rappel de votre parcours :

Journaliste : Âgé d'une soixantaine d'années, Rock Wamytan est le grand chef de Saint-Louis, militant de toujours de l'UC. Vous commencez vos études supérieures au séminaire, avant de changer de voie et de suivi des cours de sciences économiques à l'université de Lyon. Après avoir été directeur financier du fonds d'aide au développement de l'intérieur et des îles, vous débutez votre carrière politique en devenant assistant parlementaire de votre grand-père, le député UC Rock Pidjot. Vous êtes alors élu en 1989 à la province Sud et au Congrès. Dès 1990, vous devenez vice-président du FLNKS aux côtés de Paul Néaoutyine et accédez ainsi à la présidence du Front de 95 à (2011?). Signature de l'Accord de Nouméa, vous remettez en jeu votre mandat de président du Congrès le 29 août prochain.

Journaliste : Rock Wamytan, pourquoi vous représentez-vous, pourquoi un second mandat ?

Rock Wamytan : En fait, c'est le groupe FLNKS à laquelle j'appartiens, au niveau du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, qui a décidé de me re-présenter comme candidat à la présidence du Congrès, le 29 août prochain. Maintenant, c'est dans le cadre de cette majorité que nous avons formée avec le Rassemblement UMP, l'Avenir ensemble et le Parti travailliste, pour poursuivre le travail, à partir des décisions qui ont été arrêtées au moment du comité des signataires de 2010 et 2011 et puis, pour appliquer au mieux l'Accord de Nouméa et notamment finaliser l'ensemble des transferts de compétences de la loi organique, puisque ces compétences doivent être transférées avant la fin du mandat, c'est-à-dire avant 2014. Donc, si vous voulez, c'est dans une continuité logique que mon groupe a pensé qu'il était raisonnable de me re-présenter à cette fonction.

Journaliste : Comment allez-vous faire pour obtenir la majorité ? Avec qui allez-vous vous allier si le Rassemblement UMP et l'Avenir ensemble ne vous soutiennent pas ?

Rock Wamytan : Le groupe va me présenter. Normalement, les discussions vont s'ouvrir dans quelques jours avec le groupe UNI de monsieur Paul Néaoutyine et l'ensemble des formations politiques indépendantistes qui sont compris, nous représentons 23 sièges sur 54. Nous n'avons pas la majorité. Pour pouvoir être élu à la majorité absolue au premier tour, bien sûr, il nous faut d'autres soutiens. Pour le moment, je ne sais pas si, dans le cadre de cette majorité à laquelle nous appartenons depuis maintenant presque deux ans, avec le Rassemblement UMP, l'Avenir ensemble et le Parti travailliste, je ne sais pas si, pour le moment, ils vont soutenir ma candidature, je ne sais pas trop encore, mais nous allons le savoir dans les jours qui viennent puisque les uns et les autres vont se positionner sur la stratégie à arrêter, suite à la nouvelle donne, née des résultats des dernières élections législatives. Pour le moment, on est dans l'attente.

Journaliste : Il y a un candidat déclaré de Calédonie ensemble, Gérard Poadja. Un commentaire ?

Rock Wamytan : Je n'ai pas de problème avec ça.

Journaliste : Quels sont les temps forts de votre bilan ?

Rock Wamytan : Les temps forts de mon bilan… Ça fait presqu'un an et demi que je suis à la tête du Congrès. J'ai souhaité faire en sorte que cette institution, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, devienne vraiment une institution reconnue dans le paysage politique, bien posée et qui puisse vraiment jouer son rôle, c'est-à-dire les débats démocratiques sur les propositions de lois, sur les propositions des délibérations, etc., proposés par le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. J'ai pensé qu'il était important de le faire, puisque jusqu'à présent, on avait l'impression que le Congrès était, quelque peu, la chambre d'enregistrement des décisions et du débat qui, en fait, se faisaient en amont, c'est-à-dire au niveau du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. J'ai, avec mon équipe, recadré tout ça, de façon à ce que le débat démocratique, et non pas les contestations et les protestations à n'en plus finir, mais le véritable débat démocratique, le cœur de la fonction parlementaire revienne au centre-même, c'est-à-dire, c'est le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Et dans ce cadre-là, il fallait revoir plusieurs choses, notamment optimiser et réformer l'organisation administrative du Congrès, parce que le Congrès, le cœur même de ses activités, c'est bien sûr l'étude et le vote des projets de lois, des projets de délibérations, mais il fallait qu'au niveau de l'administration, ça suive. On avait quelques petits problèmes à ce niveau-là et j'ai fait en sorte que depuis tous ces derniers mois, nous avons amélioré et simplifié toutes les procédures en interne. Nous allons prochainement mettre en place un CTP au Congrès, puisqu'il y avait des problèmes de personnels, avec les syndicats, etc., nous allons le mettre en place à la mi-août. J'ai lancé la formation du personnel du Congrès et la signature de la convention, il y a deux semaines de cela, avec le président de l'Assemblée nationale, monsieur Bartolone, rentre dans ce cadre-là, puisque cette convention prévoit l'accueil et la formation des agents du Congrès au sein de l'Assemblée nationale sur les divers aspects de la procédure parlementaire, et nous avons aussi mis en place des postes d'administrateurs…, nous sommes en train de le faire, parce que c'est un peu compliqué, mais nous sommes en train de le faire, par le biais de formations adaptées. Ça, c'est pour l'optimisation et la réforme de toute l'organisation administrative du Congrès, de façon à ce que le cœur même du Congrès, qui consiste à favoriser le débat démocratique, par l'administration, par l'apport de l'administration, se fasse dans de meilleures conditions possibles. Le deuxième aspect, c'est l'amélioration de l'information et de la formation des élus. Cela, nous avons travaillé sur cet aspect-là. Il y a eu des experts, j'ai fait venir des experts de très haut niveau, concernant la question du transfert du droit civil et du droit commercial, c'est une professeure qui vient de Sciences Po Paris, elle va présenter son rapport final, le 9 août prochain, au Congrès de la Nouvelle-Calédonie. J'ai fait venir aussi des économistes de très haut niveau de Sciences Po Paris, messieurs Vasmer et David, ils vont présenter leur rapport au rendez-vous du Congrès qui est prévu le 22 août prochain. Voilà pour la venue d'experts, pour nous aider, pour aider la formation des élus, aider leur compréhension, l'accompagnement des élus dans la compréhension des textes qui sont difficiles. Le transfert du droit civil, c'est pas une mince affaire. Tout cela, il faut qu'on se fasse aider par des personnes, ou en tout cas, des experts, des hommes de (l'arbre?). On va aussi mettre en place, prochainement, un centre documentaire pour pouvoir améliorer les conditions de travail de nos élus. Ce centre va fonctionner à partir de la fin du mois d'août, et nous avons aussi fait en sorte qu'avec une convention que nous allons passer prochainement avec Sciences Po Paris, la formation des élus de la Nouvelle-Calédonie puisse se faire, soit ici, soit à Paris, ou par ce qu'on appelle les E-learning, c'est-à-dire par l'accès à Internet avec Sciences Po Paris. J'ai choisi Sciences Po Paris parce que Sciences Po Paris travaille énormément déjà avec des collectivités en métropole, avec les régions, avec les départements, donc ils font la formation d'élus, etc. Je crois que nos élus ont besoin de ça, c'est important, donc, nous sommes en train de finaliser tout ça. Troisième aspect de ce bilan et puis des perspectives, c'est bien sûr ce que j'ai initié depuis l'année dernière, c'est-à-dire le développement de la coopération interparlementaire, donc le Congrès, dans le cadre de l'insertion de la Nouvelle-Calédonie dans son environnement régional. Ce sont des conventions que nous sommes en train de passer. Donc, j'ai signé une convention en fin d'année dernière, avec le parlement du Vanuatu, et nous nous sommes déplacés avec des élus, dans la région, notamment en Mélanésie, la Papouasie Nouvelle-Guinée, les îles Salomon, Fidji, l'Australie. Et là, jeudi, nous recevons d'ailleurs le ministre des affaires étrangères de la Nouvelle-Zélande, qui arrive avec une mission de parlementaires. Bien sûr, c'est dans le cadre d'une mission initiée par eux, par le gouvernement néozélandais, mais du fait qu'il est accompagné d'une délégation de parlementaires, ils viendront au Congrès et nous avons une réunion jeudi matin avec eux. Voilà, c'est dans le cadre de ce développement de la coopération interparlementaire. Et dans le cadre de la réforme du règlement intérieur du Congrès, nous avons prévu de créer, au sein des commissions, puisque nous avons 11 commissions au Congrès, il y aura une douzième commission qui sera la commission des relations régionales. Enfin, pour terminer, moderniser l'image du Congrès, nous avons fait en sorte de refondre le logo, nous avons l'ancien logo qui est là, vos auditeurs ne voient pas, mais voilà, c'était l'ancien logo du Congrès, celui-là, il date de presque 25 ans maintenant, donc on va le changer, pour le moderniser, le mettre à l'ordre du jour et voilà le nouveau logo qui est là, qui sera effectif cette semaine, puisque nous sommes en train d'effectuer la bascule cette semaine. Et, les activités aussi de l'institution sont valorisées auprès du grand public, à travers de nouvelles technologies, les Smartphones, etc. En gros, je suis en train, avec mon équipe, de moderniser le Congrès et d'amener le Congrès vraiment à un niveau, de façon à affronter tous les défis qui se posent à nous.

Journaliste : On entend bien la modernisation, mais les avancées concrètes dont vous êtes le plus fier, en un an et demi, sur les textes qui auraient changé la vie des Calédoniens ?

Rock Wamytan : Ça, si vous voulez, c'est l'outil, c'est pour faire en sorte que le cœur même de l'activité du Congrès puisse fonctionner au mieux, parce qu'on a beaucoup de défis, la vie chère, etc., toutes les aides sociales, etc. Tous ces textes, nous avons quand même, au dernier point que nous avons fait, c'était en février ou mars, depuis avril l'année dernière jusqu'en février-mars de cette année, nous avons quand même tenu 21 séances publiques, dont 12 séances extraordinaires, et cela représente toutes commissions confondues, près de 306 heures de débats, 11 lois du pays ont été adoptées, plus d'une centaine de délibérations qui ont été adoptées et un projet de (?) de loi organique, qui concerne bien sûr la vie des populations. Nous avons aussi signé, le 12 juin dernier, entre les deux tours des élections, les accords économiques et sociaux, c'est quand même une avancée sérieuse. Et d'ailleurs, au cours de mon séjour à Paris, j'ai eu l'occasion de faire la promotion de ces accords économiques et sociaux, et je sais que le ministre Lurel a été très intéressé par ces accords-là. D'ailleurs, il nous a dit que ça allait lui servir, que ce texte-là allait lui servir, pour présenter son plan contre la vie chère dans les outre-mer, Calédonie comprise évidemment, ce mercredi là, puisque ce mercredi-là, au conseil des ministres, il va présenter son plan contre la vie chère. Et comme vous le savez, la vie chère est une problématique importante, ça concerne la vie des gens, etc., ici, en Nouvelle-Calédonie, et nous avons mis en place cette commission spéciale. Pour contrer la vie chère, depuis l'année dernière, nous avons signé ces accords économiques et sociaux, et donc voilà, ça fait partie, tous ces textes-là, du travail délibératif et législatif du Congrès. Mais pour pouvoir remplir au mieux sa mission, il fallait passer par ce que je viens de vous décrire là, puisque c'est l'outil, c'est pour améliorer l'outil.

Journaliste : Vous avez annoncé la création d'une commission spéciale pour la recherche d'un drapeau commun. Pourquoi maintenant ?

Rock Wamytan : Pourquoi maintenant ? Parce que vous savez, en politique, il faut toujours trouver les bons moments. On dit souvent : vous avez tort, parce que vous avez eu raison trop tôt. En politique, c'est ça. En politique, il faut trouver les bons moments pour passer les meilleurs messages et puis lancer les initiatives qu'il faut. Le bon moment, pourquoi ? Parce que c'est vrai qu'il y a eu une situation qui a été créée, là, avec la nouvelle donne politique, qui est le fait des résultats que l'on connaît, avec l'élection de monsieur Gomès et madame Lagarde. La question du drapeau, c'est une question centrale, quand même, ici, en Nouvelle-Calédonie, parce que ça fait partie des signes identitaires, et vous savez combien que l'aspect symbolique des choses est important pour tout humain. Le drapeau, c'est quelque chose, aussi, qui est important. Il fallait trouver une solution sur le drapeau, nous n'avions pas pu trouver cette solution-là entre 2004 et 2009, puisque sur les cinq signes identitaires, qui étaient prévus pour être étudiés et analysés, et faire en sorte qu'un compromis soit trouvé là-dessus, nous n'avons finalement trouvé que trois seulement, entre 2004 et 2009. Il restait le nom du pays et le drapeau. Tout ça, ça a été confié au comité des signataires, et au comité des signataires, il y a eu une proposition de Pierre Frogier, qui a proposé qu'en attendant qu'on trouve un drapeau commun, que le drapeau du FLNKS, qui est maintenant le drapeau kanak, parce qu'on dit ça comme ça, le drapeau kanak flotte aux côtés du drapeau français. Il y a eu des décisions qui ont été arrêtées en 2010, en 2011, etc. Et en même temps que la reconnaissance officielle par les plus hautes autorités de l'État de la levée du drapeau kanak, il y a eu effectivement cette décision, aussi, et qui a aussi été arrêtée par le comité des signataires, de rechercher un drapeau commun. Mais c'est vrai qu'avant la période où nous sommes actuellement, il y a eu beaucoup de remue-méninges, autour de cette question du drapeau. Calédonie ensemble a bâti une partie de sa campagne là-dessus, sur la question du drapeau. Suite à ces élections-là, il fallait d'abord apaiser les choses. Moi, j'étais plus partisan dans ce cadre-là, d'apaiser les choses, d'apaiser la situation, d'apaiser les esprits et de passer à ce que nous devions faire, disons, dans le temps. On devait le faire tout à fait normalement dans le temps, mais ça s'est accéléré, maintenant, avec la nouvelle donne issue des élections législatives, la victoire de Calédonie ensemble sur ces élections-là. Comme l'opinion publique, quelque part, s'est émue par rapport à la question du drapeau, il était normal maintenant de, quelque part, donner satisfaction, quand même. On ne peut pas faire comme s'il n'y a rien eu. Non, il y a eu ces élections-là, donc, il faut tenir compte de ça. Je reprends, si vous voulez, ce qui était prévu. Et ce qui était prévu, c'est quoi, pour la recherche d'un drapeau commun ? C'est bien de mettre en place une commission qui va se pencher sur cette question-là et de rechercher un drapeau commun, tel que c'est prévu dans l'Accord de Nouméa. Je suis en face de quoi, en tant que président du Congrès ? Deux propositions. Une proposition de loi du pays, déposée par le groupe du FLNKS, c'était moi qui l'avais déposée avant que je sois président du Congrès, qui consiste à faire en sorte que, par la discussion, l'ensemble des groupes politiques adoptent au trois cinquièmes du Congrès le drapeau kanak, le drapeau du FLNKS. C'est la proposition. Donc, cette proposition-là, je l'ai soumise au sénat coutumier qui a donné son avis, et là, elle est partie dans les tuyaux, vers le conseil d'État, puisque c'est une proposition de loi du pays. Ça, c'est une chose. La deuxième chose, une proposition de délibération déposée par Calédonie ensemble et puis le groupe du LMD de Simon Loueckhote et UDC de Natalie Brizard et Corine David, tendant à mettre en place une commission spéciale au Congrès de la Nouvelle-Calédonie pour rechercher un drapeau en commun. Cette proposition de délibération, je l'ai soumise aussi au sénat coutumier. Quand l'avis du sénat coutumier me reviendra, à ce moment-là, on envoie ça dans les circuits et c'est la commission de la réglementation générale, la législation de la réglementation générale au Congrès qui va se saisir de cette proposition de délibération, et ensuite, ça viendra en séance publique et puis elle sera votée ou rejetée. Et à ce moment-là, si elle est adoptée, les travaux vont débuter sur la recherche du drapeau commun. Mais en attendant, tout le monde l'a dit, j'ai entendu un peu tout le monde le dire, qu'en attendant qu'on puisse trouver ce drapeau commun, les deux drapeaux continueront à flotter.

Journaliste : Ce qui veut dire que le drapeau kanak à côté du drapeau tricolore, le drapeau kanak n'est pas forcément le drapeau commun en devenir ?

Rock Wamytan : Tout dépendra de la négociation, de la discussion, dans le cadre de cette commission qui va être créée, là. Maintenant, les indépendantistes défendront leur drapeau, ils vont défendre leur drapeau. D'autres propositions vont être soumises à cette commission…

Journaliste : Vous êtes ouverts ?

Rock Wamytan : Mais il faut être ouvert, bien sûr. Moi, je suis pour l'ouverture, pour la tolérance, le respect, les opinions des uns et des autres. Il ne faut pas toujours qu'on soit colère les uns vis-à-vis des autres. On est une petite île. Vous savez, ici, on n'est pas un milliard de personnes, on est que 250 milles péquenots, donc je crois que la meilleure des choses à faire, c'est de nous entendre. Donc, on va se mettre autour de la table, on va discuter, les uns et les autres vont proposer leur drapeau et puis on espère qu'au bout de deux ans, trois ans, on va finir par nous mettre d'accord sur un drapeau, quand même.

Journaliste : Rock Wamytan, merci.

Rock Wamytan : Merci de m'avoir invité.A

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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 22:37

Retranscription "mot à mot"

RNC vendredi 06 juillet 2012

Journaliste : Après le président du gouvernement et les nouveaux députés, le président du Congrès, Rock Wamytan, et une délégation du sénat coutumier ont rencontré, ce jeudi, à Paris, le conseiller outre-mer du président de la République. L'occasion pour Rock Wamytan, en marge de ce rendez-vous, de revenir sur la situation politique actuelle sur le territoire et sur le prochain renouvellement du bureau du Congrès, prévu dans le courant de ce mois de juillet. Rock Wamytan :

Rock Wamytan : J'ai pensé qu'il fallait laisser un peu de temps, de façon à terminer un certain nombre de dossiers qui sont importants, et qu'il faut aller jusqu'au bout, notamment sur la question des accords économiques et sociaux, puisqu'on a encore des réunions à tenir et qu'il faut aussi laisser un peu de temps pour que les esprits se calment par rapport à ce qui s'est passé, là, avec les élections. Ça a créé, quand même, une situation qui est à la limite de l'instabilité. Donc, il faut quand même laisser un peu de temps. Je pense qu'en fin août, il y aura ce renouvellement, maintenant. Les différents groupes politiques au Congrès se positionneront et vont s'exprimer par leur vote, à ce moment-là. Moi, je suis serein. Mais de toute façon, si je suis élu ou pas réélu, reconduit dans mes fonctions, pour moi, rien ne change puisque je suis un élu du peuple et mon mandat va jusqu'en 2014 et je suis signataire moi-même de l'Accord de Nouméa. Qu'est-ce que vous voulez que ça change pour moi ? Rien.

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 21:05

Interview magazine Palabre

Propos recueillis par Sandrine Chopot

 

Le 14 décembre dernier, à l’issue de l’Audience générale, le Pape Benoit XVI a reçu en entretien privé le sénateur Pierre Frogier, Président de la Province Sud et Roch Wamytan, Président du Congrès de Nouvelle-Calédonie et grand chef coutumier de la tribu de Saint-Louis. Retour sur ce moment riche en émotion durant lequel les responsables politiques ont présenté au Saint-Père la démarche de rapprochement mise en place depuis deux ans sur le territoire. Entretien avec Roch Wamytan.

 

Palabre : Pouvez-vous nous faire part de votre sentiment suite à votre entretien privé avec Benoit XVI ?

Rock Wamytan : Le pape est le chef spirituel de l’église catholique qui compte 1,1 milliard de fidèles dans le monde. En tant que fervent catholique, c’est la première fois que j’étais reçu en audience privée. Ce fut un grand moment d’émotion et un immense honneur de se retrouver en tête à tête avec le Saint-Père. Jusqu’à présent, j’avais eu l’occasion d’assister aux audiences publiques papales où j’ai pu rencontrer Paul VI en 1975 et Jean-Paul II en 1988 et 2000. Le contexte était complètement diffèrent. Pour le Grand Jubilé de l’an 2000, par exemple, nous étions quelques 150 pèlerins d’Océanie réunis à écouter la parole de Jean-Paul II. L’émotion était différente. C’est d’autant plus un honneur que Pierre Frogier et moi-même sommes les deux premiers calédoniens à avoir rencontré le Pape en audience privée. Pour la petite anecdote, Jean-Marie Tjibaou avait essayé de rencontrer le pape Jean-Paul II par l’intermèdiaire de la conférence des Evêques de France. Je pense que la demande n’avait pas abouti du fait d’une position de principe du pape vis-à-vis des personnes ayant quitté le sacerdoce. Jean-Paul II était, cependant, parfaitement informé de la situation de la Nouvelle-Calédonie qu’il suivait de prés. Être en face d’un pape est plus impressionnant que de rencontrer un Chef d’Etat sauf peut-être lorsque j’ai rencontré à New-York il y a quelques années, Nelson Mandela. Face à Benoit XVI j’étais tétanisé… Pierre était aux anges !

 

Comment s’est déroulé votre entretien ?

RW : Cette entrevue est le fruit d’un long travail de préparation. Même si la veille, nous avions répété notre entretien, lorsqu’on se retrouve face à une personnalité de cette envergure, on a dû mal à s’exprimer. Avant nous, le pape a reçu le Président d’Haïti, le Président du Sénat du Nigeria et la Ministre de la Culture d’Irak. Notre entrevue a duré six à sept minutes. Elle s’est faite en français avec des consignes pontificales strictes à respecter : parler de façon lente, claire et succincte pour faire en sorte que notre message soit bien compris du Saint-Père, un germanophone s’exprimant habituellement en Italien.

 

Justement, quel message avez-vous transmis au Pape Benoît XVI ?

RW : La Nouvelle-Calédonie est sur un chemin de l’émancipation. Nous lui avons expliqué que le pays est engagé dans une démarche originale et pacifique de construction de son avenir et que nous étions à la recherche d’une solution pour le bien être de la population. L’objectif de notre entrevue n’était pas d’obtenir la bénédiction papale à notre démarche mais d’informer le Saint-Père de ce qui se passe aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie. Une nouvelle page de notre histoire est en train de s’écrire et l’Eglise joue un rôle important dans ce processus d’émancipation, comme elle l’a toujours été dans cette Histoire.

 

Quel rôle peut jouer l’Eglise et le Pape dans le processus d’avenir du territoire ?

RW : La Nouvelle-Calédonie a vécu des conflits douloureux et lourds. Les processus de réconciliation et de pardon entre les communautés se font naturellement dans le temps du fait de l’héritage chrétien fort que nous partageons et des valeurs qui imprègnent la société calédonienne. A son niveau, je pense que le Pape a la possibilité de faire passer des messages auprès de personnalités de la hiérarchie catholique et par les voies diplomatiques de la France.

 

Quelle est valeur symbolique des cadeaux offerts au Saint-Père ?

RW : Nous avons longtemps réfléchi sur le type de cadeau que nous pouvions lui offrir. Après discussion, et sachant que le Saint-Père est féru d’histoire, nous lui avons remis un livre écrit pas un jésuite en 1892 « Marin et missionnaire ».Cet ouvrage relate les débuts de l’évangélisation dans les îles du Pacifique. Nous lui avons également offert trois monnaies kanak, objet chargé de symbole dans la société mélanésienne. En lui présentant, j’ai insisté sur les valeurs telles que l’alliance, le respect, la parole donné, les liens, la tolérance… Les deux premières monnaies, attachées, symbolisent le peuple originel c'est-à-dire le peuple mélanésien qui a accepté l’arrivée sur le territoire d’autres peuples et qui se sont alliés. La troisième monnaie symbolise l’Evangile, arrivé en Nouvelle-Calédonie par l’église catholique et protestante, et qui réunit toutes les communautés. Les trois monnaies symbolisent les deux peuples qui demain ne formeront plus qu’un sous le regard de la PAROLE de DIEU.

 

Le pape vous a-t-il chargé d’un message à adresser aux Calédoniens ?

RW : Le message transmis est un message de paix et d’harmonie entre les peuples Il nous a encouragé dans notre démarche de rapprochement et nous a assuré de sa bénédiction et de sa prière pour toutes les communautés de Nouvelle-Calédonie et du Pacifique.

 

Le pape en Nouvelle-Calédonie, une utopie ?

RW : Ce n’est pas une utopie, mais tout dépendra de sa santé. Nous l’avons invité à venir nous rendre visite. Il nous a répondu : « Oh, mais…c’est très loin la Nouvelle-Calédonie » !

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 03:11

drapeau-australien-reduit.pngsources : radio australie

L'Australie est le point d'orgue de la tournée régionale du Président du Congrès, qui l'a mené ces dernières semaines aux Iles Salomon, en Papouasie Nouvelle-Guinée, au Vanuatu, et à Fidji où il a rencontré le Contre-Amiral Franck Bainimarama, mis au ban du Forum des Iles du Pacifique pour son coup d'Etat en 2006, sous la pression de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. A l'issue de cette rencontre, le Ministre fidjien des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué que son gouvernement était «prêt à approfondir les relations cordiales avec les pays comme la Nouvelle-Calédonie, dont les évolutions politiques sont similaires à celles de Fidji».

Roch Wamytan «Ben c'est exactement ce qu'il a dit, c'est-à-dire que nous sommes exactement dans le cadre de la même recherche, l'un et l'autre pays, parce que nous avons le même parcours historique par rapport à notre autorité de tutelle coloniale. Donc c'était la France d'un côté, donc une colonisation européenne, renforcée par des travailleurs asiatiques, des travailleurs polynésiens, etc, en Nouvelle-Calédonie, ce qui fait que la population mélanésienne kanak est devenue minoritaire. C'est exactement ce qui s'est passé à Fidji, avec les travailleurs hindous envoyés sur Fidji pour travailler dans les plantations de canne à sucre et ils sont devenus à un moment donné majoritaires. Bon maintenant, Fidji d'un côté et la Nouvelle-Calédonie de l'autre, nous n'avons pas suivi le même chemin, puisqu'ils sont rentrés effectivement dans un coup d'Etat avec le Commodore Bainimarama.
C.L.: Justement, vous avez rencontré Richard Marles, le Secrétaire parlementaire en charge du Pacifique en Australie, on sait que l'Australie est extrêmement réactive sur la question fidjienne, alors quelle a été sa réponse puisque vous avez évoqué Fidji ensemble?
R.W.: Oui nous avons évoqué bien sûr avec Richard Marles ma visite à Fidji. Richard Marles m'a dit clairement la position de principe du gouvernement australien. Mais moi je pense que, ce que j'ai dit aux autorités australiennes, c'est que je suis moi-même persuadé que Fidji est en train de se remettre dans le chemin de la démocratie parlementaire.
C.L.: Oui parce que le Président de la Commission qui va rédiger la prochaine Constitution, qui n'est pas Fidjien, qui s'appelle Yash Ghai, a bien dit cette semaine qu'il regrettait quand même que les décrets limitant fortement la liberté d'expression et de réunion à Fidji soient toujours en vigueur.
R.W.: Bien sûr, c'est pas gagné. C'est le choix des autorités fidjiennes, c'est discutable, c'est vrai que c'est discutable. Moi je suis persuadé qu'ils vont réussir, notamment au niveau de la réforme de la Constitution et sur ce système de vote là, présent dans la Constitution depuis le début et qu'ils ont hérité d'ailleurs de la colonisation britannique.
C.L.: le vote racial vous voulez dire, les Indiens votent pour des Indiens, les Fidjiens votent pour des Fidjiens?
R.W.: Oui ce système là, et ils sont en train de remettre en cause tout cela, puisque ce sera vraiment un homme et une voix et puis terminé, c'est vraiment des principes démocratiques de fond, là!»
Autre sujet abordé pendant la visite de Roch Wamytan en Australie: le possible jumelage de la Nouvelle-Calédonie avec un Etat australien, mais nul ne sait si le choix se portera sur le Queensland voisin, la Tasmanie insulaire ou encore l'Australie du Sud.

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 21:37

Lisa David ITW à Nouméa

 

Rock Wamytan, élu FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste) de la Province Sud depuis 1989, est redevenu le premier président indépendantiste du Congrès de Nouvelle-Calédonie le 19 août dernier.

Déjà élu le 1er avril 2011, avec des voix indépendantistes mais aussi du Rassemblement UMP, son élection n’avait pas fait que des heureux. Suite à un recours de Calédonie ensemble, (Droite) le Conseil d’Etat avait invalidé son élection en juillet 2011, pour irrégularités.

Rock Wamytan a été signataire des accords de Nouméa de 1998, au nom du FLNKS dont il a été le président de 1995 à 2001. A l’occasion d’un voyage en Nouvelle Calédonie, Lisa David l’a rencontré pour nous.

 

Montray : En juillet dernier, le Premier ministre François Fillon est venu ici où il a assisté à la levée des deux drapeaux kanak et français, qui flotteront désormais côte à côte en Nouvelle-Calédonie. Il a ainsi officialisé la légitimité du drapeau kanak. Une légitimité confirmée, un mois plus tard lors de son passage en août, par le Président de la République Nicolas Sarkozy. Ce n’était pourtant pas gagné, il y a même eu des manifestations à Nouméa contre le drapeau kanak considéré par certains comme étant le symbole de la lutte de libération. D’autres ont voulu un drapeau commun qui remplacerait celui du FLNKS au coté de la bannière tricolore.

 

C’est votre victoire, celle du camp indépendantiste ?

Rock Wamytan : Pour nous, c’est une victoire, une avancée significative. Il s’agit là d’une reconnaissance officielle de notre drapeau qui est le signe de ralliement à notre cause, à notre combat pour l’émancipation, la décolonisation, l’indépendance de notre pays.

Que ce soit le gouvernement, à ce niveau de responsabilité qui ait accepté qu’à coté du drapeau français flotte notre drapeau, pour nous c’est une avancée importante.

Montray : Quand on marche dans les rues ici, on remarque que beaucoup de jeunes notamment, arborent le drapeau kanak qui figure sur leurs vêtements, leurs foulards, les auto-collants sur les voitures. Il y a manifestement là un signe de fierté identitaire affirmé, revendiqué. Qu’en est-il aujourd’hui de l’idée même de l’indépendance avant le référendum prévu en 2014 ?

Rock Wamytan : Disons que dans la population kanak, la grande majorité est indépendantiste à plus de 90%. Ça se confirme dans les résultats électoraux. Si on accordait le droit de vote uniquement aux Kanak, nous serions indépendants depuis longtemps. Toute la population mélanésienne d’origine kanak souhaite être indépendante et maîtriser son destin. Le problème ce sont les autres, puisque nous avons été noyé par l’immigration. Une immigration organisée, pensée, dans le cadre de la colonie de peuplement. La France a toujours voulu faire de la Nouvelle-Calédonie un centre de peuplement dans cette partie du monde, dans le Pacifique. C’est vrai qu’elle n’avait pas toujours bien réussi, mais depuis une quarantaine d’années, ils sont en train de réussir. Et nous le sens de notre combat il est là, c’est à dire de freiner au maximum l’arrivée massive de métropolitains. Cela fait partie d’une politique que nous connaissons, d’une stratégie des pouvoirs public français.

Montray : Vous êtes déjà minoritaires ou à égalité actuellement dans votre pays ?

Rock Wamytan : En fait nous étions majoritaires jusque dans les années 1970, 1975 et ça a basculé avec le faux boum du nickel, comme on l’a appelé à l’époque. On a dit le boum du nickel, mais moi je dis que c’est un faux boum parce qu’on a gonflé exagérément les prix de l’époque pour faire venir du monde. Il y a eu un appel d’air et beaucoup de gens sont venus de Métropole mais aussi de la Polynésie, de Wallis et Futuna etc...Ce qui fait que l’équilibre démographique a basculé en notre défaveur. Nous avons été noyés par toute cette masse de gens. Il y en a qui sont repartis avec la crise, disons que nous somme actuellement à peu près à 50% de la population. Mais il faut continuer à nous battre pour éviter qu’on soit complètement noyés, nous avons affaire à un pays de 64 millions de personnes. Le problème pour nous se situe au niveau de la croissance démographique Kanak.

Montray : Il y a eu le faux boum du Nickel disiez-vous. Dans le cadre des accords signés après les évènements survenus dans les années 80, un partage des richesses minières est prévu, avec l’installation de l’usine du Nord. Qu’en est-il aujourd’hui et quelle est la place des Kanak dans le développement économique du pays ?

Rock Wamytan : L’usine du Nord a été un événement clé du rééquilibrage de la Nouvelle-Calédonie. On s’est aperçu que Nouméa s’est beaucoup développée, attirant les populations du Nord et des Îles. Nous avons pensé, depuis une vingtaine d’années, mettre en place cette usine, de façon à ce que ça puisse être un élément déclencheur d’une nouvelle dynamique de développement dans le Nord. Ceci pour fixer les populations, rééquilibrer le pays et permettre l’insertion des Mélanésiens dans le monde économique, entre autres. C’est vrai que tous les Kanak ne vont pas travailler dans l’usine, mais cela permettra d’enclencher le mécanisme.

L’usine du Nord va normalement être opérationnelle à partir de 2012, 2013 si ça ne prend pas encore du retard. Tout doucement les Mélanésiens s’insèrent dans le système économique mais c’est très long, parce que ce n’est pas notre système de valeur au départ. Nécessité oblige, nous sommes en train d’entrer dans le monde économique et on voit de plus en plus des sociétés dirigées par des Kanak se créer.

Montray : D’après ce que j’ai pu entendre, les insatisfactions sont encore nombreuses. Le système éducatif ne permettrait pas la réussite des Kanak et en conséquence ils profitent pas assez du développent économique.

Rock Wamytan : Le problème c’est que le système éducatif n’est pas pensé par nous, c’est l’éducation nationale française. On a du mal dans le cadre de ce formatage franco-français fait pour des Français de Métropole. Cet enseignement n’intègre pas nos valeurs. C’est tout le sens du combat politique que nous menons au niveau du pays, avec bien sûr les responsables politiques, les responsables coutumiers, les responsables d’associations. Pour faire en sorte que ce système éducatif qui n’est pas le nôtre, qui nous est imposé depuis 150 ans, prennent en compte les valeurs qui sont les nôtres, qu’il prenne en compte ce qu’est l’enfant mélanésien, l’enfant océanien dans son milieu avec son système social, son système de liens familiaux, claniques etc... Pour le moment on en n’est pas là, parce qu’il y a des lobbies.

Montray : Vous n’avez pas localement le pouvoir d’influer sur les programmes scolaires ?

Rock Wamytan : A partir du moment où on n’a pas les majorités nécessaires pour changer le système, c’est compliqué. Il nous faut aller à la discussion, au débat, mais quand on a des lobbies qui défendent le système français et qui pensent tout haut et tout fort qu’en dehors du système français, il n’y a pas de salut, comment faire ? C’est petit à petit, à petit pas qu’il nous faut progresser par la discussion, par la négociation pour faire évoluer cet espèce de bloc complètement rigide qui est là. Le jour où nous aurons la majorité pour pouvoir faire évoluer les choses, ce sera différent. Même au niveau du transfert de compétence, nous ne sommes pas arrivés à faire transférer les programmes à la Nouvelle-Calédonie. C’est fondamental que ce soit la Nouvelle-Calédonie qui pense ses programmes en fonction de son contexte culturel, socio économique. Les programmes sont métropolitains. Nous n’avons pas réussi à cause des lobbies. Même avec l’enseignement (1) qui nous sera transféré à partir du 31 décembre 2011, la marge d’adaptation reste extrêmement faible. C’est un grand échec.

Montray : Et les langues kanak n’ont toujours pas trouvé leur place dans l’enseignement, contrairement à ce qui est prévu par l’ accord de Nouméa.

Rock Wamytan : C’est prévu dans l’accord de Nouméa que les langues Kanak soient des langues d’enseignement. Mais on a du mal à les faire accepter.

Montray : Cela a été un combat aussi en Martinique pour que notre langue soit reconnue et enseignée...

Rock Wamytan : A la Martinique, vous avez de la chance, l’ensemble des Martiniquais parle créole. Nous avons plusieurs langues et vous êtes majoritaires chez vous. Le fait qu’il y ait beaucoup de métropolitains qui arrivent et qui mettent leurs enfants à l’école, ça vient renforcer les lobbies contre nous, contre les volontés politiques qui s’expriment de la part des associations, des élus, des responsables politiques, des responsables coutumiers kanak. On a toujours affaire à ces lobbies qui se renforcent de plus en plus, au fur et à mesure que les gens arrivent. Parce qu’ils mettent leurs enfants à l’école ici et veulent trouver le même enseignement qu’en Ardèche, en Alsace ou en Lorraine.

Montray : Le 24 septembre dernier, à Balade, à l’occasion de la fête de la citoyenneté, Pierre Fogier, homme de droite, ancien président du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, a, dans son discours, proposé que le « lien entre les femmes et les hommes de Nouvelle-Calédonie, soit le geste coutumier, qui en plus de sa valeur coutumière, pourrait devenir ce geste d’amitié que chacun intégrerait dans ses pratiques. Ce geste deviendrait un signe d’alliance, de lien, et donc d’unité entre toutes nos communautés.... »

Petit à petit ce sont des pas vers la reconnaissance du peuple, de la culture Kanak ?

Rock Wamytan : Ce sont nos adversaires par rapport à l’indépendance, mais nous sommes partenaires pour la gestion des affaires internes de la Nouvelle-Calédonie. Chez eux aussi, disons que les esprits évoluent, ils sont en train de se rendre compte que la France est loin. S’accrocher toujours à la France et installer une sorte de corridor de Dantzig vers la France qui est à dix huit milles kilomètres, ça coute de l’argent. Ils comprennent qu’il faut qu’ils s’accrochent à quelque chose qui est ici. S’accrocher à quoi ? S’accrocher au monde mélanésien puisque nous sommes en Mélanésie. On est dans un pays mélanésien qui a une histoire mélanésienne de plusieurs milliers d’années, avec le Vanuatu, les Fidji, les Salomon, voilà.

Quand Pierre Fogier propose ce geste de la coutume, ce n’est pas plus compliqué que le Haka des Maoris. Ce Haka que nous voyons à la télé avant les matchs de rugby, c’est le geste d’accueil des Maoris. Il est accepté maintenant par l’ensemble de la population néo-zélandaise. Donc ce qu’il a proposé, c’est un peu dans ce sens la. C’est de marquer par un geste symbolique, l’appartenance à la Nouvelle-Calédonie.

Montray : Comment voyez vous 2014 ?

Rock Wamytan : Il y a deux possibilités. Soit qu’à l‘issue des élections de mai 2014, il y ait une majorité des trois cinquième du congrès qui demande d’ organiser le référendum d’autodétermination, auquel cas ça va se faire dans la foulée. Si on n’a pas trois cinquième des élus du congrès, l’Etat déclenche le référendum d’autodétermination en 2018. C’est ce qui est prévu dans l’accord.

Pourrons-nous le faire en 2014 ? Cela dépendra des tendances.

Montray : Pensez-vous que l’idée de l’autodétermination a fait son chemin, êtes vous prêt pour 2014 ?

Rock Wamytan : Nous avons pensé arriver à convaincre les autres communautés qui vivent avec nous du bien fondé de notre revendication, de notre projet politique qui est l’indépendance du pays. C’est vrai que force est de reconnaître que 23 ans après la signature des accords Matignon, les autres ne sont toujours pas convaincu que la Nouvelle Calédonie puisse être indépendante, avec les Kanak. Peut-être que s’ils étaient seuls, ils seraient allés vers ce projet d’indépendance.

Montray : Pourquoi cette méfiance vis-à-vis de la population kanak ?

Rock Wamytan : L’histoire des populations d’origine française, ou des populations qui ont étés amenées ici par la colonisation, a été très violente envers les Kanak.

Montray : Pendant mon séjour chez vous, j’ai souvent entendu dire que les Kanak sont violents, et il est fait référence aux « évènements » des années 80.

Rock Wamytan : Si il faut aller vers une comptabilité un peu macabre, ici le résultat de la colonisation c’est des milliers de morts kanak, quand même. Il y a eu quelques européens, quelques colons, qui ont été tués pendant la colonisation, mais face au nombre de morts kanak, il n’y a pas photo. La violence elle est venue du système colonial français. Nous n’avons jamais demandé à personne d’envahir chez nous. Les Mélanésiens de l’époque ont du se défendre, défendre leur territoire, défendre leur culture, défendre leur peuple, donc voilà. C’était pas des enfants de coeur que la France envoyait, c’était une armée coloniale venue imposer par la force la souveraineté française.

Cette histoire est toujours là. Il y a effectivement dans la population non kanak, une sorte de peur viscérale des Kanak, alors que c’est un peuple très hospitalier.

Montray : Si vous permettez, j’évoque mon expérience pendant mon séjour chez vous. J’ai souvent entendu du coté Kanak, parler de destin commun. A la manifestation pour le 30ème anniversaire du meurtre de Pierre Declercq, (2) le 18 septembre à la tribu de la Conception, ces deux mots ont là aussi été très présents. D’autres communautés en parlent aussi. Alors cette peur c’est de la mauvaise foi ?

Rock Wamytan : Je pense qu’il y a de la mauvaise foi. Mais il y a aussi beaucoup de malentendus, d’incompréhension, dus à l’histoire. On a fait croire que le Kanak est méchant, qu’il est sauvage, on l’a dit anthropophage, cannibale. La violence a été institutionnelle, elle l’est encore. Je le dis , on ne tient pas compte des Kanak quand nous élus kanak n’arrivons pas à mettre en place des politiques qui nous conviennent. Parce qu’il y a des lobbies en face qui ont la majorité actuellement pour nous contrer.

Voilà ce qui alimente la violence institutionnelle, voilà ce qui alimente la délinquance de nos jeunes. Petit à petit on avance, ont tente de résoudre ces questions, mais ce n’est pas facile.

Montray : A Nouville, des Kanak vivent dans des conditions d’insalubrité indignes. N’est ce pas étonnant dans une ville comme Nouméa qui affiche un certain niveau de vie ?

Rock Wamytan : Ce sont des squats où des familles se sont installées parce qu’elles n’avaient pas le choix. Elles se sont installées parfois pour suivre les enfants pour l’école, où pour essayer de trouver du travail. Toute l’économie est concentrée sur Nouméa et c’est pour cela que nous avons pensé mettre en place cette usine dans le Nord. L’accord de Matignon prévoit la répartition des masses budgétaires au bénéfice du Nord et des îles, au détriment quelque part du Sud, pour justement enclencher le rééquilibrage de la Province Nord et de la Province des Iles. Cela a plus ou moins marché, mais tout est à Nouméa. Ce n’est pas propre à la Nouvelle-Calédonie, c’est l’attrait du développement.

Un autre élément qui a fait beaucoup de mal au principe de rééquilibrage, c’est l’usine du Sud qui n’était pas prévue au départ et qui pour des raisons politiques, a été portée par Jacques Lafleur, un des signataires des accords Matignon et Nouméa. Cette usine a été soutenue à mort par Jacques Lafleur, pour des raisons qui lui étaient étaient propres. Nous avions combattu la mise en place de cette usine, en disant qu’elle allait contrecarrer le principe de rééquilibrage sur lequel nous nous nous sommes tous mis d’accord. Le Sud était déjà bien loti. Même si on a découvert des gisements importants la-bas, dans un premier temps il fallait tout miser sur le Nord et ensuite le Sud. On n’a pas besoin d’exploiter tout de suite toutes nos richesses. D’autant plus que nous n’avons pas encore tout à fait la maitrise de ces outils, la maîtrise des revenus.

Montray : Au gouvernement il y a des personnes qui font partie de ces puissances d’argent, de ces lobbies que vous dénoncer il me semble. Il y a eu Jacques Lafleur...

Rock Wamytan : Mais oui, ça a toujours été ainsi. En gros, ceux qui ont toujours fait de la politique, les responsables politiques européens, ont toujours été des décideurs économiques. Ceux qui n’étaient pas des hommes d’affaires et qui sont venus à la politique sont devenus ensuite des hommes d’affaires.

Montray : Et le camp indépendantiste est divisé, il n’y a pas eu de liste commune pour les récentes sénatoriales.

Rock Wamytan : La division du monde indépendantiste a toujours été une constante. On se divise, après on se remet ensemble. Ce qui caractérise le monde indépendantiste, c’est qu’au moment où il faut vraiment se mettre ensemble, pour les choses essentielles, on va se mettre ensemble. Quand il n’y a pas trop de danger, chacun fait un peu sa petite salade à droite, à gauche, mais quand le monde politique kanak sait que ça devient délicat, attention, il se rassemble.

Montray : Avec les transferts de compétence, votre implication dans la gestion, vous ne vous éloignez pas du travail de prise de conscience pour la souveraineté ?

Rock Wamytan : Les kanak n’oublient pas. Si les responsables politiques oublient, nous nous faisons rappeler à l’ordre à chaque consultation. Les Kanak ils veulent l’indépendance. Il n’y pas matière à discussion là-dessus. Ils ne se sentent pas bien, ils sont frustrés, ils sentent qu’on leur vole le résultat de leurs luttes. Parce que sans le combat des Kanak en 1984, 1988, on n’aurait pas eu toute cette prospérité. Ça c’est le combat des Kanak. Ce sont eux qui lancent les dynamiques vis à vis de l’Etat français. Quand il s’agit de faire évoluer la société, les forces non indépendantistes ne font rien évoluer ici, elles se contentent toujours du statut quo colonial ou colonial amélioré. Ceux qui font changer les choses, ce sont toujours les Kanak mais le fruit de ces changements, nous n’en bénéficions pas. Les dispositifs que nous mettons en place profitent toujours aux autres. Prenons l’exemple de la formation des médecins, c’est nous qui l’avons voulue, nous l’avons mise en place. Pour la formation des médecins kanak, même des caldoches, des Océaniens. Résultat des courses en 10 ans ? Parmi les 88 qui sont dans le cursus, à l’heure actuelle ... 5 Kanak !

Sur les 88, il y a a une soixantaine qui sont des enfants de Métropolitains. Ce n’était pas fait pour eux, voilà. Çà profite toujours aux autres. C’est porteur de révolte.

Montray : Vous sentez monter l’insatisfaction de la jeunesse kanak ?

Rock Wamytan : Je dis toujours, si on ne s’occupe pas de la jeunesse kanak, alors ils vont s’occuper de nous, grave. Parce que je pense qu’ils ne se laisseront pas faire, eux. Ce sont des jeunes qui sont éduqués aujourd’hui, ils sont allés faire des études en France, en Australie ou en Nouvelle Zélande. Je pense qu’ils ne se laisseront pas faire. Nous allons nous en sortir seulement avec l’indépendance. Continuer avec ce système c’est aller dans le mur. On entend souvent des comparaisons avec le Vanuatu, est-ce que voulez devenir pauvre comme le Vanuatu etc.. Le Vanuatu ? La France et l’Angleterre les ont largués comme un chiffon il y a une trentaine d’années. Mais au bout de trente ans, ils sont passés au dessus des cent mille touristes, alors que la Nouvelle- Calédonie avec son milliard de budget pour la promotion touristique, a plongé au dessous des cent mille. Au Vanuatu, avec une population à peu près équivalente à la Nouvelle-Calédonie et 300 millions pour la promotion touristique, ils accueillent entre 120 et 130 mille touristes.

Les Calédoniens vont maintenant au Vanuatu pour faire leurs courses à la rentrée scolaire, c’est 5 à 6 fois moins cher qu’ici.

Et au Vanuatu, ils ont des cadres. Vous allez dans les banques, partout les cadres sont Mélanésiens. Et on nous dit, vous n’êtes pas prêts, vous n’êtes pas prêts. Si on n’est pas prêt maintenant, on va être prêt quand ?

Montray : Le rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones, James Anaya qui est venu en Nouvelle Calédonie a rendu récemment son rapport, il souligne des blocages.

Rock Wamytan : Il est venu en début d’année, il est resté trois semaines. Il vient de rendre son rapport à Genève. Il a pointé justement ces éléments de blocage de la promotion kanak et interpellé le gouvernement français.

Montray : Le gouvernement français va-t-il réagir, les recommandations du rapporteur de l’ONU vont-elles être suivies d’effet ?

Rock Wamytan : Oh, comme d’habitude, la France va s’asseoir dessus, comme quelque chose de pas très important. Mais c’est nous les Kanak qui allons prendre en compte ces recommandations pour à chaque fois, interpeller la France.

Montray : Il n’y a qu’une chaine de télévision ici, la télévision publique française. Qu’en est-il des deux projets existants ?

Rock Wamytan : Nous avons deux projets. Une télévision du Nord. Et la télévision du Sud(3) que nous appelons la télévision consensuelle. C’est déjà une avancée. Le CSA devrait bientôt se prononcer pour nous donner l’autorisation d’installer en 2012 normalement, ces deux télévisions.

Lisa David ITW à Nouméa le 10 octobre 2011

(photos Lisa David)

(1) Ces transferts qui prennent effet à compter du 1er janvier 2012 concernent l’enseignement du second degré public et l’enseignement des premiers et second degré privé.

(2) Pierre Declerq était un enseignant français qui avait choisi de se battre pour l’indépendance, aux cotés des Kanak. Ce militant actif qui fut le secrétaire général de l’Union Calédonienne a été abattu le 19 septembre 1981, chez lui à Robinson (près de Nouméa). Le peuple kanak lui rend hommage chaque année. Son ou ses assassins n’ont jamais été retrouvés.

(1) NCTV est le projet de la Province Nord et NC9 celui de la la Province Sud. Les responsables ont été auditionnée par le CSA le 11 octobre 2011. NC9 prévoyant certainement que le CSA risque de ne pas donner deux autorisations en Nouvelle-Calédonie a présenté dans son projet deux rédactions, une loyaliste et une indépendantiste.

ENCADRÉ :

Le Congrès est constitué d’une partie des trois assemblées de province. Il est compétent pour gérer les affaires communes de la Nouvelle-Calédonie. Les délibérations adoptées par le Congrès sont dénommées " lois du pays " lorsqu’elles interviennent dans les domaines tels que les signes identitaires, la fiscalité, les principes fondamentaux du droit du travail, les règles relatives à l’accès au travail des étrangers, les règles relatives à l’accès à l’emploi, les règles relatives au statut civil coutumier, le régime des terres coutumières et des palabres coutumiers, les limites des aires coutumières, les modalités de désignation au sénat coutumier, les règles concernant les hydrocarbures, le nickel, le chrome et le cobalt, les règles relatives au droit domanial, les règles concernant l’état et la capacité des personnes, les principes fondamentaux concernant le régime de la propriété et les compétences transférées. Elles sont systématiquement soumises pour avis au Conseil d’Etat et ont, une fois adoptées, force de loi. Elles sont également susceptibles d’être soumises au contrôle du Conseil Constitutionnel.


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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 02:48

sources : Emission C'est A Dire (CAD) dans laquelle participaient Sonia Backès pour le RUMP, Gomes pour Calédonie Ensemble, Roch Wamytan pour le FLNKS et Jean Luc Régent du RPC...

 

Journaliste : Avec nous, depuis la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris, Rock Wamytan, bonjour !

Rock Wamytan : Bonjour !

Journaliste : Signataire de l'Accord de Nouméa en 98 et membre de la délégation de l'UC. À vos côtés, Philippe Gomès, bonjour !

Philippe Gomès : Bonjour !

Journaliste : Leader du groupe Calédonie ensemble. Jean-Luc Régent du RPC, bonjour !

Jean-Luc Régent : Bonjour !

Journaliste : Et pour terminer, Sonia Backes, porte-parole du Rassemblement UMP. Merci d'être avec nous. Bonjour !

Sonia Backes : Bonjour !

tourné la page sur les divisions politiques ? Sonia Backes :

Sonia Backes : Je crois surtout que le Premier ministre a donné le ton avec un discours qui a posé les choses, qui a apaisé un certain nombre de sujets, et qui a permis de se projeter sur l'avenir.

Journaliste : C'est-à-dire ?

Sonia Backes : Bien, je crois que ce qui est important maintenant, c'est que trois sous-comités ont été mis en place, dont un qui concerne la construction de la sortie de l'Accord de Nouméa, et maintenant, nous sommes dans cette construction, et donc dans une projection de l'avenir.

Journaliste : Philippe Gomès :

Philippe Gomès : Je ne sais pas si le consensus ça veut dire "il faut pas débattre", ou si c'est "on est tous d'accord sur tout". Non, c'est pas du tout ça. On a chacun nos divergences, chacun nos sensibilités, chacun nos convictions, nos valeurs. Elles peuvent se rejoindre parfois, et puis, d'autres fois, non, elles subsistent telles qu'elles sont. Et donc, là en ce qui concerne ce comité, il y a plusieurs sujets sur lesquels le Premier ministre a rappelé des choses qui sont importantes pour Calédonie ensemble. Sur le drapeau, d'abord, il l'a dit dans son discours, c'est le premier sujet qu'il a abordé après avoir rendu hommage à Jacques Lafleur, où il a dit : il importe que les partenaires du comité des signataires mettent en œuvre le point 1.5 de l'Accord de Nouméa, c'est-à-dire, recherchent en commun, il a utilisé les termes, un signe identitaire affirmant l'identité kanake et le futur partagé entre tous. Et il a indiqué, en conclusion de ce passage : dans cette attente, dans l'attente d'une solution conforme à l'Accord de Nouméa, les deux drapeaux continueront à flotter au vent. Donc, on voit bien, là, dans la proposition du Premier ministre qui a été reprise par le comité des signataires dans le relevé de conclusions du comité, on a, à la fois l'affirmation de ce qui a été exprimé par le Rassemblement UMP et l'UC FLNKS, les deux drapeaux qui flottent dans le ciel calédonien, et puis, en même temps, l'attente de Calédonie ensemble qui est de dire : ces deux drapeaux qui flottent, ça n'est pas l'Accord de Nouméa, l'Accord de Nouméa, c'est un drapeau commun. On est apaisés, oui, enfin ce que je veux dire, c'est que les positions exprimés sur le sujet se retrouvent dans les conclusions du comité.

Journaliste : Sauf que, quand j'ai posé la question à François Fillon, les collectivités de l'État comme les mairies, n'ont pas encore reçu la circulaire pour hisser les deux drapeaux et, allait-il obliger officiellement, les corps de l'État, comme les gendarmeries, les casernes, le tribunal, le service des douanes, à hisser le drapeau du FLNKS, il a répondu ouvertement : oui, les instructions seront données.

Philippe Gomès : Il y a deux textes qui font foi, au-delà de l'interview que vous avez faite, qui était peut-être utile, mais il y a un texte qui est dans le relevé de conclusions du comité des signataires, et puis il y a son discours qui est accessible également sur le site Internet de l'hôtel Matignon. Et puis enfin, la même question lui avait été posée à Nouméa, je ne sais pas qui l'avait posée, mais la réponse avait été, par François Fillon, en ce qui concerne les communes : il n'y aura pas de circulaire sur les communes, et chaque commune devra assumer ses responsabilités, dans le cadre de la loi. Donc, voilà la bonne réponse qu'il avait faite à ce moment-là. Puisque l'État peut pas imposer aux communes de hisser un drapeau ou pas.

Journaliste : Rock Wamytan, pour vous : un comité des signataires différent des autres ?

Rock Wamytan : Je crois que la volonté d'apaisement était partagée par tous, parce que la Nouvelle-Calédonie ne pouvait pas continuer à vivre ce qu'elle vivait depuis 5 mois. C'était pas possible, depuis février, avec la chute du gouvernement Gomès, et puis les démissions successives, c'était pas possible, tant au niveau des responsables politiques, les signataires de l'Accord, l'État français. C'est pour ça, d'ailleurs, que le Premier ministre avait demandé à ce que les responsables politiques viennent en parler, il y a un mois et demi de cela. Donc, je crois que c'était une volonté qui était partagée par tous. Et on est tous venus ici, en tout cas, notre délégation est venue à Paris avec cette volonté d'apaisement en tête, pour trouver des solutions de façon à avancer parce qu'on pouvait pas, avec tous les problèmes qui se posent actuellement à la Nouvelle-Calédonie, avec les problématiques de la vie chère, les préoccupations des gens, c'était pas possible de continuer comme ça. Donc, il fallait trouver des solutions. Je pense que chacun a convergé vers cet ensemble de propositions qui ont été faites et acceptées par tous, lors de ce comité.

Journaliste : Jean-Luc Régent, François Fillon a rendu hommage à Jacques Lafleur. Vous êtesavecnous un peu pour le regard historique de ce 9e comité :

Jean-Luc Régent : Je n'ai pas assisté aux comités précédents, mais j'ai apprécié le fait que le Premier ministre ait rendu hommage à Jacques Lafleur. En ce qui concerne ce comité proprement dit, c'est vrai que c'est un comité, très apaisé. Je crois aussi, comme le disait le président Wamytan, que cet apaisement vient de la volonté de l'ensemble des forces politiques du pays, sans exception. Donc, il y a eu assez peu de sujets politiques d'abordés, sauf peut-être, l'affaire des drapeaux, et là, le ministre a effectivement rappelé, peut-être pour faire plaisir, et aux uns, et aux autres, que le Congrès ayant voté aux trois cinquièmes un vœu demandant à ce que les deux drapeaux flottent sur les établissements publics, mais il a aussi rappelé que, conformément à une disposition de l'Accord de Nouméa, il était nécessaire de continuer la recherche en commun d'un drapeau. Donc, il ne faudra pas se contenter, en fait, de voir…, de ne plus parler de ce sujet-là, puisqu'il avait été demandé, il y a quelques mois la création d'une commission spéciale comportant toutes les formations politiques pour justement parler de cette recherche en commun d'un drapeau.

Journaliste : Sonia Backes, sur le drapeau :

Sonia Backes : Simplement rappeler que Pierre Frogier, quand il a fait sa proposition sur les drapeaux, il était pas à la recherche d'un signe identitaire, et simplement rappeler, parce que je crois que c'est important, ne pas faire dire au Premier ministre ce qu'il n'a pas dit, ce qu'il a indiqué sur le drapeau. Donc, je cite, il a dit : les deux drapeaux sont un geste politique fort parce qu'il se situe dans l'esprit qui a présidé aux Accords de Matignon et à l'Accord de Nouméa, ils sont un geste de réconciliation, un geste qui exprime la volonté de vivre ensemble, un geste qui scelle et qui renouvelle la poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou. Et il a conclu que tant qu'une solution n'aura pas été trouvée, les deux drapeaux doivent coexister, comme l'a décidé le Congrès. Donc, je crois que c'est important, et en tout cas, ça pose des choses. Je crois que maintenant, on est dans une autre phase, on est dans une phase de construction de l'avenir. Voilà. La venue du président de la République au mois d'août prochain va nous permettre de se projeter dans l'avenir.

Journaliste : On est en 2011, on nous parle d'un éventuel référendum, d'une sortie de l'Accord de Nouméa, dès 2014. L'avenir institutionnel du pays, est-ce que c'est aussi le rôle du comité de préparer la sortie de l'Accord de Nouméa ? Rock Wamytan

Rock Wamytan : C'est évident que c'est le rôle du comité des signataires, en tout cas de trouver des pistes qui permettraient d'éclairer le choix des Calédoniens. Je pense que ce qui est important pour les Calédoniens, c'est bien de redéfinir les liens futurs entre la Nouvelle-Calédonie et la France.

Journaliste : Ça veut dire que vous ne parlez plus éventuellement du mot indépendance, mais vous …

Rock Wamytan : J'avais rappelé, lors de ce comité des signataires, le discours qu'il avait tenu lors du colloque sur le destin des collectivités territoriales, à Nouméa, au mois de mai. Il avait dit ce que nous, les indépendantistes, nous avons dit aussi, qu'on ne devait pas reporter ad vida aeternam la question fondamentale qui est celle-là : quels seront les liens futurs entre la Nouvelle-Calédonie et la France ? Est-ce que ce sera une indépendance ? Auquel cas on établira des liens de coopération, comme tous les pays indépendants. Est-ce que ce sera une indépendance associée à la France ? Est-ce que ce sera une autonomie au stade le plus achevé. C'est ces formules-là qu'il faut trouver. Mais je crois que ce qui est important, et moi, je vois le rôle du comité à ce niveau-là, c'est de faire en sorte de pouvoir préparer nos populations de façon à créer des conditions maximales pour que les populations concernées soient à même de se décider en toute connaissance de cause, sur l'une ou l'autre formule qui seront proposées à ce moment-là, mais bien sûr dans le cadre de l'application de l'Accord.

Journaliste : Philippe Gomès :

Philippe Gomès : Oui, ce qui a déjà été installé lors du précédent comité des signataires, 2010, donc, c'est pas une nouveauté, c'est un comité de pilotage. Je cite le titre du comité pour éviter franchement les interprétations erronées : qui a pour tâche d'approfondir les éléments de discussion dans la perspective de la consultation prévue après 2014. Ces termes ont été explicités à plusieurs reprises, et par le Premier ministre et par le président de la République, l'année dernière, et cette année encore. Ce sont toujours les mêmes fondamentaux, c'est-à-dire : il s'agit de préparer une échéance, d'échanger sur le sujet, de se nourrir, comme l'a exposé Rock Wamytan, de tout ce qui peut exister dans le monde en termes souveraineté partagée, d'autonomie élargie, de liens reconstruits avec une ancienne puissance coloniale. C'est le travail de ce comité. Et pour que ce travail soit effectué, trois experts ont été nommés, trois experts de l'État, un conseiller d'État, un professeur de Droit et un représentant du ministère de l'outre-mer. Ce comité a une vertu majeure, c'est qu'il associe tous les partis politiques, on n'est pas juste avec des signataires historiques, on est également avec Jean-Luc Régent du RPC, Nidoish Naisseline du LKS, le Palika, Calédonie ensemble et les autres mouvements politiques. Et donc, le travail de ce comité, il va se situer dans cette perspective-là. C'est pas un travail où on organise un référendum en 2014. Je sais qu'il y a un mouvement indépendantiste qui parle de Kanaky 2014.

Journaliste : Et le but de ce débat, c'est d'expliquer aux Calédoniens.

Philippe Gomès : Non, le but de ce débat, c'est pas d'expliquer aux Calédoniens, c'est de partager entre sensibilités politiques différentes, chez les indépendantistes et chez les non-indépendantistes, les perspectives d'évolution qui s'offrent à la Nouvelle-Calédonie, par rapport à ce qui se passe ailleurs dans le monde. Mais ensuite, et le président de la République l'a dit dans son discours, l'année dernière à l'Élysée. Je vous demande de bien intégrer ces termes parce que pour moi, ils sont importants : c'est à la majorité issue des urnes en 2014, donc les élections provinciales de (inaudible) qu'il appartiendra de décider les termes de la consultation. En clair : nous avons la responsabilité, aujourd'hui, de continuer à échanger de manière plus précise sur ces solutions de sortie, mais bien évidemment, le suffrage universel qui s'exercera lors des provinciales de 2014 dira qui est à même, de part et d'autre, de porter des solutions de sortie de l'Accord de Nouméa.

Journaliste : Sonia Backes, le mot décolonisation ne fait plus peur aujourd'hui au Rump ?

Sonia Backes : Non, je crois qu'à plusieurs reprises, nous avons affirmé que nous étions dans ce processus. Philippe Gomès avait indiqué, d'ailleurs, quand il était président du gouvernement, à une réunion internationale, que nous étions dans le cadre d'une décolonisation au sein de la République. Je crois qu'on est vraiment dans cette démarche-là. La question, elle est très claire, je crois, pour tout le monde, elle est de nous permettre d'éclairer les uns et les autres sur les différentes voies possibles, pendant les trois ans qui nous restent avant 2014, pour que les choix que nous ferons à l'avenir se fassent en toute connaissance de cause, tout simplement.

Journaliste : Jean-Luc Régent :

Jean-Luc Régent : En fait, l'Accord de Nouméa est un accord qui va bien au-delà des dispositions de l'ONU en matière de décolonisation. Donc, nous sommes bien…, nous sommes en avance sur ces dispositions-là, donc, je crois qu'on peut considérer que depuis la signature des Accords de Matignon, nous sommes dans un pays, un territoire en voie de décolonisation.

Journaliste : Rock Wamytan, votre partenaire, le Parti travailliste, Louis Kotra Uregei revendique, lui, ouvertement, Kanaky 2014 : pleine souveraineté en 2014. Et il dit : oui, effectivement, c'est notre revendication, mais nous ne sommes pas tout seuls, nous avons des partenaires. Est-ce que ça veut dire qu'éventuellement, il y a une discussion au sein de ce comité politique UC – Parti travailliste ?

Rock Wamytan : C'est un vœu qui n'est pas à exclure. À partir du moment où le texte de l'Accord dit qu'au lendemain des élections de mai 2014, s'il y a une majorité des trois cinquièmes du Congrès qui le demande, on déclenche le référendum d'autodétermination. C'est tout simplement une possibilité, mais ça peut ne pas se passer comme ça, aussi. Ce sera en fonction des résultats des provinciales de 2014. Bon, on le dit tous, ce sont des positionnements politiques que les uns et les autres ont, mais chacun travaille au niveau de son camp pour pouvoir faire avancer (inaudible)

Journaliste : Est-ce qu'il n'y a pas de surenchère un petit peu ?

Rock Wamytan : Mais c'est pas des surenchères puisque c'est prévu dans la loi organique !

Journaliste : Des surenchères politiques, des argumentations politiques, d'utiliser le mot indépendance …

Rock Wamytan : Je ne sais pas. Si dans les trois ans nous arrivons à convaincre une majorité des trois cinquièmes, le référendum, il se déclenche.

Journaliste : Philippe Gomès :

Philippe Gomès : Je voudrais juste expliquer quelque chose : aujourd'hui, l'Accord de Nouméa prévoit qu'une question est posée entre 2014 et 2018 au peuple calédonien. Cette question c'est : est-ce que vous souhaitez que les compétences régaliennes, exercées par l'État, monnaie, justice, défense, relations étrangères, etc., soient exercées par la Nouvelle-Calédonie ? Est-ce que vous souhaitez que la citoyenneté calédonienne devienne la nationalité du pays ? Et est-ce que vous souhaitez que la Nouvelle-Calédonie puisse acquérir un statut international, avoir son siège à l'ONU ? Et cette question sera posée aux Calédoniens si la majorité des trois cinquièmes du Congrès le demande. Et si en 2018, personne ne l'a demandé, du moins la majorité des trois cinquièmes n'a pas été réunie, à partir de ce moment-là, l'État organisera obligatoirement ce référendum. Donc, voilà la question qui, en l'état actuel des choses, a vocation à être posée aux Calédoniens. Cette question ne peut être modifiée qu'à partir du moment où les forces politiques locales ont pu aboutir à un consensus. Ce consensus conduira à une modification de l'Accord de Nouméa, c'est-à-dire une modification de la question qui est prévue aujourd'hui, et donc à une modification de la Constitution. C'est une procédure extrêmement lourde qui est engagée, mais au jour d'aujourd'hui, la question qui est prévue, c'est celle qu'a rappelé Rock Wamytan. Il n'y a pas d'autre question de prévue pour sortir de l'Accord de Nouméa. Sauf qu'on est un certain nombre, et j'en fais partie de longue date, à dire : cette question, c'est pas une bonne question, parce qu'elle va cliver, elle va opposer les uns et les autres, elle va faire des vainqueurs et des vaincus, elle va être génératrice de tensions politiques, économiques, sociales, ethniques, et qu'il nous faut essayer de voir si on peut poser une question qui rassemble les Calédoniens au lieu de les diviser. C'est le sens du travail qui est engagé aujourd'hui, mais c'est un travail de longue haleine.

Journaliste : Sonia Backes :

Sonia Backes : Ce qui est important, c'est qu'on ait travaillé pour savoir effectivement quelle est la question, mais je crois surtout que ce qu'il faut retenir, c'est que rien ne pourra se faire dans le dos des Calédoniens. Cette question-là, elle est prévue. Il est prévu qu'il y ait un référendum, une consultation des Calédoniens. Quelles que soient les propositions vers lesquelles on se dirige, quelles que soient les solutions qui pourraient être proposées, elles passeraient, ces propositions, devant l'avis de la population.

Journaliste : Un dossier qui est très important, c'est notamment notre fameuse ressource nickel. Est-ce qu'on est en train de préparer un schéma stratégique du nickel pour les 20, 30 ans à venir ? Pourquoi c'est important ? Est-ce qu'il y a urgence ou pas ? Jean-Luc Régent :

Jean-Luc Régent : C'est urgent, puisque comme c'est un problème qui nous amènera, à terme, à parler notamment des participations publiques au sein des différentes sociétés, puisque, pour que la Nouvelle-Calédonie puisse maîtriser son destin en matière de nickel, en matière économique en général, il faudra donc intégrer cette donnée-là. Je crois qu'il faut en parler, il était nécessaire d'aborder tous ces sujets-là assez rapidement.

Journaliste : Sonia Backes :

Sonia Backes : Ce qui est surtout important, c'est que ça fait partie intégrante de ce qu'on est en train de construire, c'est-à-dire que la ressource nickel, c'est la principale ressource de Nouvelle-Calédonie et c'est, si on veut construire une solution institutionnelle durable, il faut qu'on puisse s'appuyer sur cette ressource-là. Et dire que le sous-comité, il y a quand même trois comités qui ont été mis en place, le bilan de l'Accord, et puis les solutions institutionnelles de sortie, mais ce troisième comité, on voit bien qu'il est au même niveau parce que cette ressource nickel, elle sera partie intégrante de la construction de notre avenir. C'est d'ailleurs celui des trois qui a le plus avancé, puisqu'on a Anne Duthilleul qui est présente et qui fait un gros travail sur ce sujet.

Journaliste : Le comité qui avait travaillé sur le nickel a donc fait un état des lieux en rappelant qu'on a au moins pour 40 ans de ressource nickel de haute qualité, et plus d'un siècle pour un nickel de moins bonne qualité. Rock Wamytan :

Rock Wamytan : Ce qui est important pour la Nouvelle-Calédonie, c'est bien de définir des stratégies en la matière, puisque jusqu'à présent, le pays avait agi un peu au jour le jour. Bien sûr il y a eu le schéma minier, le code minier, tout ça, donc, en fait, ce comité de pilotage qui a été mis en place l'année dernière lors du comité des signataires, le comité pour la stratégie industrielle, c'est bien dans ce cadre-là, de façon à faire quoi ? De façon à faire en sorte que nous, la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Calédonie dispose de ressources importantes, nickel, cobalt, etc. On a un marché, on a des opérateurs, nous avons un patrimoine. Comment créer une synergie de façon à ce qu'on puisse gérer au mieux notre ressource pour le développement économique ? C'est ça, l'idée principale. Donc, il y a une méthode qui a été proposée par Anne Duthilleul, l'année dernière. Donc, nous sommes en train d'avancer puisque nous sommes rendus maintenant, je crois, au troisième, quatrième réunion de ce comité de pilotage des stratégies industrielles. Donc, nous avons examiné les ressources, l'état des ressources du pays. Le deuxième point, ce sont les procédés, le troisième point, c'est la question de la valeur ajoutée, c'est un déterminant économique. Nous allons passer ensuite aux impacts, impacts à tous les niveaux : socio-économiques, environnementaux, etc., et ensuite, nous allons définir les moyens. Si vous voulez, tout cet ensemble-là, c'est un peu la boîte à outil, et à partir de là, la Nouvelle-Calédonie va pouvoir faire et tracer sa propre stratégie pour pouvoir valoriser au mieux ses ressources en fonction des moyens dont elle dispose.

Journaliste : Philippe Gomès, c'est capital ?

Philippe Gomès : C'est capital à plusieurs titres. D'abord parce que ça conditionne notre capacité à maîtriser nos ressources et notre industrie métallurgique, ce qui est pas le cas aujourd'hui. Je rappelle que nous n'avons que 34 % dans la SLN et que, aller à 51 %, pour maîtriser ce qui est la première société du pays…

Journaliste : C'est-à-dire que le pays soit actionnaire…

Philippe Gomès : Le pays est aujourd'hui actionnaire mais à un niveau minoritaire, alors que s'il l'était à un niveau majoritaire, il aurait une capacité de décision, bien sûr qu'il n'a pas aujourd'hui.

Journaliste : Pour preuve : la SLN, elle prend dans le gras. Elle utilise tous ses gisements qui sont hyper rentables, avec des minerais en haute teneur, et elle bloque, parce qu'elle est propriétaire des titres, elle bloque tous ses gisements avec un minerai de moins bonne qualité, et vous les politiques, malheureusement, vous pouvez rien y faire.

Philippe Gomès : Je veux pas rentrer là-dedans, je veux simplement dire que dans le cadre du schéma, l'idée, c'est de dire : comment le pays prend le contrôle, non seulement de ses ressources, mais également de son appareil métallurgique, industriel ? On a le contrôle de l'usine du Nord qui est en cours de construction, avec 51 %. Il faudra prendre, à un moment donné, le contrôle de la SLN, Calédonie ensemble y est favorable, et il faut monter en puissance au sein du capital de Vale Inco. On est à 5 % et on a la possibilité de monter à 20. Ça, c'est le premier aspect du schéma, et ensuite, quand on a ces participations, comment on fait en sorte qu'elles soient coordonnées, concertées, pour que ce soit l'intérêt général du pays, au bout du compte, et pas l'intérêt des opérateurs qui soit pris en considération. Ça, c'est un premier volet. Le deuxième volet, c'est celui relatif à la redistribution des richesses. On a un nickel, c'est formidable. On a le Ruamm qui est au fond du trou. Un quart de la population du pays qui vit au dessous du seuil de pauvreté, etc. donc, l'idée, là aussi, c'est (inaudible) pour le pays de la richesse minière, et en l'espèce, l'une des perspective, c'est la création d'une redevance d'extraction, qui serait payée pour toute tonne extraite et/ou exportée, et qui viendrait abonder le budget et, le cas échéant, un fonds pour les générations futures. Troisième volet, si vous me laissez terminer, qui me semble aussi important que les deux premiers, c'est les doubles impacts locaux du développement de notre industrie. Rock Wamytan en a un peu parlé, c'est-à-dire, c'est à la fois l'environnement, et en même temps, l'emploi. Sur l'environnement, il est clair qu'avec les gaz à effet de serre que nous allons émettre, du fait du développement du Nord et du Sud, la question de l'usine de production de gaz de la SLN est un enjeu important parce que, en termes d'environnement, ce sera très positif pour notre pays. De la même manière, l'impact en termes d'emplois des usines, c'est formidable. Il faut impérativement que notre appareil de formation soit à la hauteur des enjeux, et qu'on n'ait pas simplement les postes d'employés et d'ouvriers, dans ces usines, mais qu'on ait aussi des postes de cadres et d'ingénieurs. Ça, c'est un effort qui a été engagé. Dire que rien n'a été fait, ce ne serait pas sérieux, mais c'est un effort qui doit être amplifié. Donc, vous voyez le schéma, c'est en réalité embrasser cet ensemble-là, et donc, c'est un schéma, bien sûr, qui sera extrêmement important au final.

Journaliste : Sonia Backes, c'est l'enjeu majeur pour les 5, 10 ans à venir :

Sonia Backes : Oui, indiquer aussi que dans le cadre de la réforme de la fiscalité que nous sommes en train de mener, il y a trois volets : la partie réforme de la fiscalité directe, réforme de la fiscalité indirecte, et il y a une partie sur les ressources minières. Et c'est essentiel, parce qu'il est important que la Nouvelle-Calédonie, pour régler notamment l'ensemble des problèmes sociaux que nous avons, puisse bénéficier des retombées du nickel, qui va forcément se développer dans les années à venir.

Journaliste : Souvent, en économie, on dit : la richesse d'un pays n'est pas forcément synonyme de richesse de ses populations.

Philippe Gomès : Il y a qu'à voir une bonne moitié de l'Afrique qui est assise sur des richesses immenses, de toutes natures, et dont la population vit toujours, 50 ans après l'indépendance, dans la plus extrême pauvreté. Donc, oui, la question de la mainmise d'un certain nombre de multinationales, etc. est une vraie question pour des petits pays comme le nôtre, pour des petites économies comme les nôtre et on doit se défendre, à leur égard, de façon à ce que l'intérêt général du pays soit préservé. On commence à le faire dans le secteur minier et métallurgique, mais il faut poursuivre ce travail.

Journaliste : C'est ça au fond : avoir l'indépendance économique, avoir la main.

Philippe Gomès : Je vais laisser Rock Wamytan parler de l'indépendance économique.

Rock Wamytan : Ben, en fait, ça a toujours été le principe qu'a défendu le FLNKS depuis plus de 20 ans. C'est-à-dire par rapport à nos propres richesses, par rapport à nos ressources naturelles, c'est bien de pouvoir maîtriser nos ressources et contrôler les outils qui valorisent ces ressources. Donc, ça a toujours été notre principe et, depuis, le FLNKS a toujours suivi ce principe-là et toutes les initiatives que nous avons prises depuis, notamment au moment des discussions politiques qui ont abouties, quelques mois plus tard, à l'entrée des intérêts de la Nouvelle-Calédonie dans SLN-Eramet, ça se situe bien dans cette démarche-là. Et nous allons continuer à poursuivre, mettre en application l'accord que nous avons passé, en juillet 2000, par rapport à ce que disait Philippe Gomès, c'est-à-dire, à terme, d'arriver à la prise majoritaire dans le capital de la SLN

Journaliste : Jean-Luc Régent ?

Jean-Luc Régent : Oui, moi, je voulais dire que notre émancipation, en fait, est conditionnée aussi par notre capacité à nous autofinancer. C'est-à-dire, qu'il faut pas confondre la souveraineté fiscale, qu'évoque monsieur Chauchat assez souvent, et l'autonomie financière, c'est pas du tout la même chose, même si dans l'esprit des gens, ça a un peu tendance à se confondre. Enfin, c'est tout au moins ce qu'on essaye de faire. On essaye de créer cette confusion pour dire : vous savez, on est déjà pratiquement indépendant, puisque, regardez, on a la souveraineté fiscale. C'est pas du tout le cas. Mais, il est effectivement important que, quel que soit l'avenir politique de la Nouvelle-Calédonie, on se rapproche au maximum d'une autonomie fiscale, d'une autonomie financière et c'est ce qui a même été dit d'ailleurs, je crois, par la délégation du FLNKS, l'an dernier, devant le comité des 24 qui avait évoqué, effectivement, leur désir de voir une Nouvelle-Calédonie autonome, mais après qu'elle ait atteint son autonomie financière.

Journaliste : Autre thème important, les transferts de compétences. Il y a l'enseignement, il y a aussi le droit civil et commercial, c'est un dossier majeur ?

Sonia Backes : Alors, sur l'enseignement, il y a eu quand même des avancées intéressantes, puisque nous avons quasiment finalisé les conventions qui vont permettre le transfert effectif de la compétence enseignement, pour la rentrée 2012, avec notamment une question essentielle qui est l'organisation de la compétence enseignement demain, où la Nouvelle-Calédonie s'est battue pour avoir, non pas une scission de services pour avoir encore un enseignement encre plus éclaté que ce qu'il n'est aujourd'hui, mais le regroupement de l'ensemble des compétences enseignement dans un service unique, avec une co-nomination du vice-recteur, à la fois par l'État, pour ce qui concerne les compétences de l'État, et par la Nouvelle-Calédonie, pour ce qui concerne la Nouvelle-Calédonie. Donc, ça, c'était un point essentiel, on a avancé dans les réunions de travail, cette semaine, sur ce sujet-là.

Journaliste : On est prêt pour cette école calédonienne ?

Sonia Backes : Oui, on est prêt pour ce transfert de compétences. On est prêt, en tout cas, pour assumer la compétence telle qu'elle est assumée, aujourd'hui, par l'État. Ensuite, l'objectif d'un transfert de compétences, c'est de faire mieux ! Et ce faire mieux, c'est ce que nous allons construire dans le cadre du projet éducatif que nous devons mettre en œuvre, en partie, d'ici la fin de l'année 2011 et ensuite que nous devrons améliorer au fur et à mesure. Simplement, sur cette question de l'enseignement, il y avait aussi un autre sujet majeur qui était le sujet des lycées, où, là, nous avons obtenu un engagement de l'État, avec une inscription des crédits nécessaires à la construction des deux lycées, à hauteur de 19 millions d'euros, d'autorisation d'engagement. Donc, ça, c'était quand même une avancée importante de ce comité des signataires et puis ensuite, un certain nombre de sujets importants ont été traités et ont pu être réglés pendant cette semaine.

Journaliste : Philippe Gomès ?

Philippe Gomès : Oui, la question des transferts, c'est la question de notre capacité à nous émanciper, donc, c'est pas rien. Les compétences qui ont vocation à nous être transférées, pendant le mandat 2009-2014, sont immenses; Droit civil, droit commercial, sécurité civile, règles de l'état civil, l'enseignement, circulation maritime et aérienne, établissements publics, comme le centre Tjibaou, le CDP, l'ADRAF. Donc, vous voyez que la Nouvelle-Calédonie, en 2014, aura sous sa responsabilité des pans entiers de gestions de services publics, ou des pans entiers dans un cadre normatif comme le droit civil ou le droit commercial.

Journaliste : Et le relevé des conclusions de ce comité le dit bien.

Philippe Gomès : Tout à fait, c'est d'autant plus important que ces transferts, s'ils sont réussis, les Calédoniens auront confiance dans une Nouvelle-Calédonie apte à exercer des responsabilités plus larges. Si ces transferts sont ratés, et on en a raté dans le passé, on cite souvent le droit des assurances, qui a été transféré, sur lequel on n'est jamais intervenu. Pour le coup, on a un droit des assurances vitrifié, aujourd'hui, en Nouvelle-Calédonie. Ben, si on les rate, les Calédoniens, à juste titre, diront : attendez, stop sur l'émancipation, parce que, ou-est-ce que vous nous emmenez ? Donc, réussir le droit civil et le droit commercial, c'est faire, demain, en sorte que les rapports dans notre société, qu'il s'agisse des rapports entre individus ou des rapports entre sociétés, continuent à être possibles avec un droit qui soit moderne. Réussir le transfert de l'enseignement, c'est faire en sorte que les 70 mille enfants qui sont scolarisés dans ce qui va nous être transféré demain, que ces 70 mille enfants-là, ces 70 mille élèves-là, leurs parents n'aient pas l'impression que le transfert à la Nouvelle-Calédonie ait conduit à une dégradation du service public. Dégradation des établissements scolaires, dégradation de la formation des maîtres et des professeurs, etc. Donc, véritablement, là, je crois qu'au-delà des sensibilités politiques, il y a une volonté collective d'être responsables dans cette émancipation-là, c'est pour ça d'ailleurs que le relevé de conclusion du comité des signataires le reprend et je crois que c'est de bon augure, ça, par contre qu'après une période un peu tumultueuse ou un peu erratique, en ce qui concerne les transferts de compétences aujourd'hui, il y ait, collectivement, une volonté d'avancer de manière ferme, mais en même temps la plus sécurisée possible.

Journaliste : Rock Wamytan, ça veut dire, qu'au fond, c'est tellement important qu'il vaut mieux prendre son temps, quitte à les retarder un peu, c'est le cas ou pas ?

Rock Wamytan : Bon, je défends l'option indépendance moi. Quand nous avons discuté, que ce soit à Matignon en 88, ou en 98, donc, c'est cette option-là que nous avons défendu, donc, l'accession de la Nouvelle-Calédonie à sa pleine souveraineté. Donc, la question des transferts, elle se place à ce niveau-là, voilà, c'est-à-dire que pour un pays…, dans toutes les décolonisations des pays qui ont été colonisés par la France, le transfert de ces compétences-là se sont passés en un an, ou deux ans, ou trois ans, pas plus, maximum. Là, ce que nous avons obtenu, à la négociation, en 98, c'était un transfert, non pas en un an ou deux ans, puisqu'après c'est l'accession à la pleine souveraineté, mais, sur 15 à 20 ans. Donc, c'est ce qui est en train de se passer, donc, il y a eu tout un bloc qui est passé sur la première et la deuxième étape, premier et deuxième mandat. Troisième mandat, normalement, ce sont les compétences de l'article 27, dont l'université par exemple, et ensuite, c'est le transfert des compétences régaliennes. Donc, c'est dans cette démarche-là. Bon, ben, maintenant, c'est vrai que, ça, c'est le principe, mais après, effectivement, il faut pas effrayer les gens avec ces transferts. Il faut pas que ça nous tombe sur la tête, comme ça, et puis voilà. Donc, il faut préparer et c'est surtout là-dessus que notre délégation est beaucoup intervenue, c'est qu'il faut profiter de ces transferts. De profiter que la Nouvelle-Calédonie va exercer, effectivement, ces transferts-là, de façon à pouvoir les adapter au contexte culturel, au contexte sociologique d'un petit pays finalement, nous sommes que 250 mille, pas plus.

Philippe Gomès : Mais, un mot, pardonnes-moi, le transfert peut aussi être une opportunité. On garde le thème de l'enseignement, si vous le voulez bien, on va illustrer l'opportunité du transfert. L'opportunité du transfert, c'est non seulement, bien sûr, d'adapter notre école de manière plus précise aux réalités du pays, c'est la question du projet éducatif calédonien qui doit être un véritable creuset pour la construction du destin commun, mais le transfert, l'opportunité du transfert de l'enseignement, c'est aussi mille postes de professeurs et de cadres de directions qui vont se libérer dans les cinq, dix ans à venir, qui sont autant d'opportunités d'emploi pour les Calédoniens, qui pourront d'autant plus facilement être pourvus, que les concours seront des concours territoriaux réservés. En clair, une possibilité pour les Calédoniens qu'ils réussissent d'être affectés immédiatement en Nouvelle-Calédonie. Alors, bien sûr, il faut que la puissance publique accompagne fortement ça, au travers de ce qu'on peut appeler un véritable "plan Marshall" de formation, parce qu'aujourd'hui, on a 40 à 45 Calédoniens qui réussissent, chaque année, le CAPES, donc, vous voyez que c'est extrêmement réduit. Il faudrait qu'on arrive à une centaine, par année, qui le réussissent. Donc, ça va nécessiter des moyens importants d'accompagnement, de formations, de préparation aux concours, mais c'est en même temps une formidable opportunité pour la jeunesse du pays. Et donc, il faut savoir, non seulement exposer les risques, c'est ce qu'on vient de faire. Attention aux transferts des compétences, c'est pas évident, il faut qu'on sache les exercer, mais en même temps, mettre en valeur les opportunités de cette émancipation parce que c'est aussi porteur d'avenir pour la jeunesse de notre pays.

Journaliste : Au final, c'est vraiment important de se retrouver autour de la table, loyalistes, indépendantistes et l'État pour discuter ensemble et s'entendre surtout pour préparer collégialement l'avenir du pays ?

Sonia Backes : Oui, c'est essentiel. C'est vraiment des moments…, que ce soit le comité des signataires lui-même, ou les réunions qui précèdent ce comité des signataires, c'est essentiel, parce que ça permet, réellement, de donner le coup d'envoi, concret d'un certains nombre d'actions. Et, là, le coup d'envoi concret, et c'est dans le discours du Premier ministre qui a été donné cette fois-ci, c'est le lancement des réflexions qui doivent éclairer les différentes voies possibles pour notre avenir, et ça, c'est essentiel. Il nous reste trois ans avant 2014. On a maintenant les experts qui ont été nommés, je crois que ce qui est essentiel, c'est ça.

Philippe Gomès : Éclairer l'avenir, c'est nécessaire, c'est formidable, il faut le faire, mais il faut aussi éclairer le présent. Le présent, c'est aujourd'hui un gouvernement dans lequel collégialité et consensus sont pas au rendez-vous. Calédonie ensemble, comme chacun sait, ne fait pas partie de la coalition qui contrôle, aujourd'hui, le Congrès et le gouvernement. Le Premier ministre a rappelé dans son discours d'ouverture qu'il est nécessaire, je le cite, au sein du gouvernement, de faire vivre la collégialité et consensus et que c'est une responsabilité partagée entre le président du gouvernement et chaque membre du gouvernement. Donc, moi, ce que je souhaite, c'est que cet apaisement constaté, à l'occasion de ce comité, que cet éclairage de l'avenir qui doit rassembler les uns et les autres, faisons en le vœu, je souhaite qu'au retour à Nouméa, on le retrouve aussi, que les membres Calédonie ensemble du gouvernement pourront avoir les secteurs raisonnables dont nous parlons depuis plusieurs semaines et que l'éclairage "matignonesque" se retrouvera également rue des Artifices, là où se trouve l'immeuble du gouvernement.

Sonia Backes : C'est pas une conclusion, ça, Monsieur Gomès.

Philippe Gomès : Ah ça me semble être une bonne conclusion pour éclairer le présent, Madame Backes.

Sonia Backes : C'est pas une conclusion, parce qu'en matière de collégialité, vous avez pas de leçon à donner.

Philippe Gomès : Eh ben, en matière de collégialité, c'est sûr, que vous avez des leçons à prendre.

Journaliste : Jean-Luc Regent :

Jean-Luc Regent : Nous, nous pensons, effectivement, que c'est une bonne chose que les gens puissent se réunir sous l'égide des plus hautes autorités de l'État pour que celles-ci donnent l'impulsion à chaque nouvelle étape. Et en ce qui concerne ce qu'a évoqué Philippe Gomès tout à l'heure, je pense qu'il faut que chacun fasse un effort, effectivement, pour les gens puissent s'entendre et que les gens voient chacun en ce qui les concerne, enfin disons pas leurs propres intérêts personnels, ou l'intérêt de leur propre parti, mais l'intérêt de la Nouvelle-Calédonie.

Journaliste : Rock Wamytan :

Rock Wamytan : Je voudrais dire aux auditeurs calédoniens qui nous écoutent que ces rendez-vous parisiens, de toute la classe politique est hautement importante, ici, à Paris, puisque, là, comme disaient les uns, les autres, c'est l'occasion, pour nous, de rencontrer les plus hautes autorités de l'État et d'aller ensemble, de cheminer ensemble dans l'esprit de l'Accord de Matignon, dans l'esprit de l'Accord de Nouméa, je pense que c'est important. Et je crois, dans cet état d'esprit qui a été souligné quand même par le Premier ministre, lors de son discours, il disait à un moment donné, au moment où il a présidé, il disait que c'est qu'en Nouvelle-Calédonie qu'il trouve cette démarche-là. C'est-à-dire, des groupes qui sont opposés, ils arrivent toujours, après des conflits, à retrouver des compromis, des consensus, des chemins de concertation et d'aller ensemble. Mais, pour peut-être donner un message d'espoir, je dirais que, peut-être, qu'il faut aller dans ce sens-là…

Journaliste : Et vous regardez Philippe Gomès en disant ça !

Rock Wamytan : Non, mais je pense que Philippe Gomès, avec son groupe, ils sont aussi dans cette volonté d'apaisement. Donc, les uns et les autres, nous trouverons bien une solution pour aller tout le monde ensemble, parce que la Calédonie a besoin de tous ses élus, tous ses groupes politiques. Elle n'a pas besoin, seulement, d'un petit groupe pour mener le troupeau, je pense que c'est tous ensemble que nous devons le faire, parce que c'est l'esprit de l'Accord de Matignon et de l'Accord de Nouméa.

Philippe Gomès : J'ai pris bonne note des déclarations de Rock Wamytan.

Journaliste : En tous les cas, merci à vous quatre d'avoir participé à ce débat.

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 22:41

Source : Journal "l’Humanité"  

Entretien. Rock Wamytan, président du groupe FLNKS, ancien président de la formation indépendantiste et grand chef de la tribu de Saint-Louis, revient sur les récents événements.

La signature d’un accord entre Air Calédonie et le syndicat USTKE, dans la nuit de mercredi à jeudi, suffit-elle à ramener le calme en Nouvelle-Calédonie ?  

Rock Wamytan. Le protocole signé tôt hier matin devrait permettre l’arrêt du conflit. Les différentes parties sont venues, hier matin, à la rencontre des barragistes, notamment à Saint-Louis, où je me trouve, et dans les quartiers populaires de Montravel, à Nouméa, où des affrontements avaient eu lieu la veille. La tendance est désormais plutôt à l’apaisement.Comment expliquer l’incarcération de syndicalistes, dont celle de Gérard Jodar, président de l’USTKE, condamné à un an de prison ferme à la suite d’actions dans le cadre de ce conflit ?  

Rock Wamytan. On ne peut pas comprendre cette tension sociale sans évoquer la reprise en main politique voulue par Nicolas Sarkozy dès son arrivée à la présidence de la République. Ce gouvernement fait clairement le choix du tout-sécuritaire. « Ne bougez pas un petit doigt ou nous frapperons » : telle est sa devise. Cette volonté de reprise en main est sensible dans l’ensemble des départements et territoires d’outre-mer. Voyez la précipitation avec laquelle l’État a décidé de faire de Mayotte un département français, au mépris des résolutions de l’ONU sur l’intégrité territoriale des Comores. Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs annoncé la couleur dès 2006 dans sa campagne présidentielle. Sur le fond, il a opté pour une politique de réaffirmation de la puissance de la France et de l’autorité de l’État dans ce qu’il appelle « les outre-mer ».

En Nouvelle-Calédonie, cette politique passe d’autant plus mal que le pays est engagé, depuis l’accord de Nouméa, dans un processus de décolonisation et d’émancipation.Craignez-vous une mise en cause de ce processus d’émancipation ?  

Rock Wamytan. Certainement. Bernard Kouchner, qui représentait la semaine dernière Nicolas Sarkozy au sommet France-Océanie, a accueilli les délégations des pays voisins en leur souhaitant la bienvenue dans « cette terre de France ». Une telle formule parle d’elle-même. Ce gouvernement n’est pas hostile à l’autonomie de certains territoires. Mais il est hors de question, pour lui, de les voir quitter le giron de la France et de renoncer ainsi au statut de seconde puissance maritime mondiale, présente dans les trois océans. Des signes inquiétants viennent alimenter nos craintes. L’attitude martiale du haut-commissaire Yves Dassonville, missionné par Nicolas Sarkozy, en est un. Nous refusons que l’État verrouille ce processus d’émancipation pour empêcher le pays d’évoluer vers une pleine souveraineté, comme le préconisent le droit et les résolutions internationales.  

Le syndicat USTKE ne mâche pas ses mots à l’endroit du FLNKS, qu’il accuse de « mollesse » sur la perspective d’indépendance et d’indifférence face à la situation sociale des populations kanakes. Ces critiques sont-elles fondées ?  

Rock Wamytan. En partie, oui. En entrant dans les institutions, le FLNKS s’est un peu coupé du terrain, des luttes sociales. Il s’est en outre replié, ces dernières années, sur des confrontations internes. Nous avons trop laissé filer les choses, privilégiant la gestion à court terme, quitte à susciter, parfois, le mécontentement. Le Parti travailliste, récemment crée par des membres de l’USTKE, se nourrit de ces lacunes. Je suis de ceux qui pensent que pour retrouver sa force, le FLNKS doit renouer franchement avec les luttes politiques et le combat social qui sont sa raison d’être.

 

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

 

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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 00:25

La signature d'un accord entre Air Calédonie et le syndicat USTKE, dans la nuit de mercredi à jeudi, suffit-elle à ramener le calme en Nouvelle-Calédonie ?

Rock WAMYTAN: Le protocole signé hier matin devait permettre l'arrêt du conflit. Les différentes parties sont venues, hier matin, à la rencontre des barragistes, notamment à Saint-Louis, où je me trouve, et dans les quartiers populaires de Montravet, à Nouméa, où des affrontements avaient eu lieu le veille. La tendance est désormais plutôt à l'apaisement.

Comment expliquer l'incarcération de syndicalistes, dont celle de Gérard Jodar, président de l'USTKE, condamné à un an de prison ferme à la suite d'actions dans le cadre de ce conflit ?

Rock WAMYTAN : On ne peut comprendre cette tension sociale sans évoquer la reprise en main politique voulue par Nicolas Sarkozy dès son arrivée à la présidence de la République. Ce gouvernement fait clairement le choix du tout
sécuritaire. « ne bougez pas le petit doigt ou nous frapperons » : telle est sa devise. Cette volonté de reprise en main est sensible dans l'ensemble des départements et territoires d'outre-mer. Voyez la précipitation avec laquelle l'état a décidé de faire de Mayotte un département français, au mépris des résolutions de l'ONU sur l'intégrité territoriale des Comores. Nicolas Sarkozy avait d'ailleurs annoncé la couleur dès 2006 dans sa campagne présidentielle. Sur le fond, il a opté pour une politique de réaffirmation de la puissance de la France et de l'autorité de l'état dans ce qu'il appelle « les outre-mer ». En nouvelle-Calédonie, cette politique passe d'autant plus mal que le pays est engagé, depuis l'accord de Nouméa, dans un processus de décolonisation et d'émancipation.

Craignez-vous une mise en cause de ce processus d'émancipation ?

Rock WAMYTAN : Certainement. Bernard Kouchner, qui représentait la semaine dernière Nicolas Sarkozy au sommet France-Océanie, a accueilli les délégations des pays voisins en leur souhaitant la bienvenue dans « cette terre de France ». Une telle formule parle d'elle-même. Ce gouvernement n’est pas hostile à l'autonomie de certains territoires. Mais il est hors de question, pour lui, de les voir quitter le giron de la France et de renoncer ainsi au statut de seconde puissance maritime mondiale, présente dans les trois océans. Des signes inquiétants viennent alimenter nos craintes. L'attitude martiale du haut-commissaire Yves Dassonville, missionné par Nicolas Sarkozy, en est un nous refusons que l'état verrouille ce processus d'émancipation pour empêcher le pays d'évoluer vers une pleine souveraineté, comme le préconisent le droit et les résolutions internationales.

Le syndicat USTKE ne mâche pas ses mots à l'endroit du FLNKS, qu'il accuse de « mollesse » sur la perspective d'indépendance et d'indifférence face à la situation sociale des populations kanakes. Ces critiques sont-elles fondées ?

Rock WAMYTAN : En partie, oui. En entrant dans les institutions, le FLNKS s'est un peu coupé du terrain, les luttes sociales. Ils s'est en outre replié, ces dernières années, sur des confrontations internes. Nous avons trop laissé filer les choses, privilégiant la gestion à court terme, quitte à susciter, parfois le mécontentement. Le Parti travailliste, récemment
créé par les membres de l'USTKE, se nourrit de ces lacunes. Je suis de ceux qui pensent que pour retrouver sa force, le FLNKS doit renouer franchement avec les luttes politiques et le combat social qui sont sa raison d'être.

 

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

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10 novembre 1998 2 10 /11 /novembre /1998 03:47

humanite2010 logoENTRETIEN avec Roch Wamytan, président du FLNKS, réalisé à chaud, alors que tombaient les ultimes résultats de la consultation.


Comment appréciez-vous le déroulement et le résultat du référendum de ratification des accords de Nouméa?.


Le FLNKS est pleinement satisfait sur les deux points. Les mots d'ordre que nous avons lancés ont été bien compris et suivis. J'en veux pour preuve la participation au scrutin dans les communes indépendantistes et les scores qui y sont atteints par le "oui". Ces communes ont eu une plus forte mobilisation des électeurs Ä en moyenne le taux de participation y est supérieur à 70% Ä et le "oui" se situe entre 80% et 90%. Parfois plus: la commune de Yaté atteint les 75% de participation et le "oui" a recueilli plus de 96%.


Les jours qui viennent vont être marqués par la discussion de l'avant-projet de loi organique. Le FLNKS a fait connaître sa déception face à la première mouture telle que présentée par le haut-commissaire...
Effectivement. Nous partons du principe que la loi organique doit refléter l'esprit des accords de Nouméa. Or cela ne nous semble pas être le cas pour plusieurs dispositions fondamentales. Celles concernant le corps électoral, notamment, mais aussi le gouvernement local ou la sortie du processus. Sur tous ces problèmes, nous constatons que non seulement l'esprit, mais même la lettre des accords ne sont pas respectés.
Le congrès doit se réunir cette semaine pour en débattre. Mais dès maintenant, nous entendons exprimer notre inquiétude et faire connaître nos positions.


Vous venez d'adresser un courrier au premier ministre à ce sujet...
Cette lettre réaffirme l'exigence de procéder ensemble à l'analyse détaillée et approfondie du projet de texte pour éviter ensuite des écueils lourds de conséquences. Il y a certes un calendrier institutionnel et politique à respecter, mais la précipitation ne saurait être de mise. En tout état de cause, le texte final devra être imprégné de l'esprit des accords de Nouméa et être aussi complet et fonctionnel que possible.


 Cet avant-projet doit devenir projet dans les prochains jours. Il entrera alors dans le circuit parlementaire. On nous a laissé entendre que le débat parlementaire pourrait s'ouvrir après la mi-décembre. Il faut espérer qu'il sera voté avant la fin de février. Ce qui permettrait l'organisation des élections provinciales annoncées vers la fin d'avril, ou au début de mars.

Propos recueillis
par JEAN CHATAIN

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23 avril 1998 4 23 /04 /avril /1998 02:43

 humanite2010 logo"Il s'agit d'un bon accord. Nous avons su faire les concessions qu'il fallait pour pouvoir trouver un bon compromis pour le bien-être de nos populations. Je crois que nous sommes dans la suite des accords de Matignon, de ce que leurs signataires avaient appelé en 1988 "le pari sur l'intelligence". Il y a dix ans de cela exactement se préparait l'attaque de la gendarmerie d'Ouvéa, le 22 avril 1988 (NDLR Ä par un commando indépendantiste qui tua quatre des gendarmes). Nous signons à une date symbolique, car nous espérons que cet acte sera le point de départ, ou tout du moins la poursuite de cette ère nouvelle que nous souhaitons tous pour nos populations et l'avenir du pays.".

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