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  • Roch WAMYTAN
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 22:01

Rw-Pf-pape.jpegC’est pratiquement gravé dans le marbre : la journée du mercredi 14 décembre 2011 restera à tout jamais inscrite en lettres d’or dans les annales de la Nouvelle-Calédonie. Car ce jour-là - et pour la première fois - deux hauts responsables politiques locaux, en l’occurrence le sénateur Pierre Frogier et le président du Congrès Roch Wamytan, ont eu le privilège de parler avec le pape sous les lambris du Vatican. Et, surtout, de baliser la voie dans laquelle le Caillou s’est engagé pour son avenir institutionnel. Retour sur cette rencontre quasi-historique avec l’un des deux participants : le très catholique Grand chef de Saint-Louis…

 

Lorsque par l’intermédiaire de Pierre Frogier, vous avez pris connaissance du rendez-vous programmé au Vatican, quelle fut votre première impression ?

 

Roch Wamytan : Une énorme surprise bien évidemment ! Certes, avant même que le contact soit officiel, Pierre Frogier avait évoqué à maintes reprises cette possibilité de rencontrer le Saint Père, mais j’avoue que j’avais du mal à imaginer cet instant aussi formidable que privilégié qu’est cet honneur de se retrouver en tête-à-tête devant le pape. C’est-à-dire, ne l’oublions pas, devant le chef spirituel de l’Eglise catholique romaine qui rassemble un peu plus d’un milliard de fidèles répartis aux quatre coins du monde !... D’où cette heureuse surprise assortie d’un sentiment d’honneur et de fierté.

Ce n’était pourtant pas votre première visite au Vatican. Et ce n’était pas non plus la première fois que vous vous retrouviez devant un pape…

Roch Wamytan : Effectivement, j’ai eu par le passé l’occasion de me rendre à quatre reprises au Vatican. D’abord en 1975, à la faveur d’une audience publique accordée par Paul VI. Ensuite lors de trois audiences, elles-aussi publiques, présidées par Jean-Paul II. Mais avec Benoît XVI, c’était totalement différent dans la mesure où il nous a accordé quelques minutes d’entretien privé…

 

Quelques minutes d’autant plus intenses qu’à notre connaissance, aucun responsable politique calédonien n‘avait eu jusqu’alors ce privilège…

 

Roch Wamytan : C’est vrai ! Mais si vous me le permettez, je préciserai qu’en son temps le regretté grand frère Jean-Marie Tjibaou avait cherché à rencontrer Jean-Paul II. Dans cette optique, il avait essayé d’organiser cette approche par le biais de la Conférence des Evêques de France. Malheureusement, divers paramètres ont fait que cette tentative n’a jamais abouti.

 

A l’issue de l’audience solennelle est venu le fameux instant où Pierre Frogier et vous-même avez été conviés à venir près du Saint Père. Le fervent catholique que vous êtes devait être très impressionné. On chuchote même que vous étiez tétanisé…

 

Roch Wamytan : Le terme n’est pas trop fort ! A tel point que j’ai tout d’abord eu du mal à sortir un mot, tandis que Pierre Frogier, lui, était carrément aux anges !

Pourtant, la veille, on s’était en quelque sorte entraîné. En effet, forts des recommandations strictes émises par les responsables du protocole, nous nous étions exercés pour transmettre au mieux le message…

Justement, quelle était la nature du message que vous vouliez faire passer ?

 

Roch Wamytan : Il s’agissait pour nous d’expliquer à Benoît XVI que la Nouvelle-Calédonie - dont les racines chrétiennes sont profondément ancrées - est aujourd’hui engagée sur le chemin de l’émancipation. Il s’agissait aussi d’insister sur le fait que cette démarche s’inscrit dans un processus à la fois original et pacifique. Mais il s’agissait encore de dire que l’on recherche actuellement une solution visant au bien-être de tous les Calédoniens, quelles que soient leur ethnie ou leurs origines, tout en reconnaissant que nous ne l’avons pas encore trouvée.

Au passage, nous avons bien entendu averti le Saint Père que cette quête de la solution idéale s’effectue avec des positionnements différents entre les partisans d’une autonomie la plus large possible et ceux qui prônent l’indépendance pure et simple. Avec cette question primordiale pour notre avenir : entre les deux tendances, quelle alternative, quel compromis possible ?

 

Vous cherchiez en quelque sorte une bénédiction papale ?

Roch Wamytan : Pas du tout ! Notre démarche ne s’inscrivait pas dans cette optique, ni dans celle de vouloir instrumentaliser à tout prix le pape en lui demandant d’avaliser à chaud tout ce que l’on lui présentait. En fait, nous souhaitions l’inciter à analyser ce processus de réconciliation entre nos familles, au travers du cheminement de notre Histoire.

 

Benoît XVI s’est-il montré attentif ? Et d’après vous, quel rôle peut-il jouer quant à l’avenir institutionnel du Caillou ?

 

Roch Wamytan : Oui, tout au long de l’entretien, qui s’est déroulé en Français, le Saint Père a manifesté un grand intérêt. Je dirai qu’Il nous a écoutés avec beaucoup d’attention et de ferveur. Quant au rôle qu’il serait susceptible de jouer par la suite, je suis intimement convaincu que Benoît XVI saura intervenir auprès des plus hauts responsables de la République française, soit par les voies diplomatiques traditionnelles, soit par l’intermédiaire de la hiérarchie catholique.

Vous a-t-il chargés, le sénateur Frogier et vous-même, de transmettre un message aux Calédoniens ?

Roch Wamytan : Un message de paix tout simplement. A l’issue de notre exposé, il a eu ces mots : « c’est très bien. Continuez ainsi dans cette voie. Vous avez ma bénédiction… »

 

Le pape un jour prochain en Nouvelle-Calédonie. D’après-vous, pure utopie ou perspective envisageable ?

 

Roch Wamytan : Ce n’est pas utopique. Mais en définitive, tout dépendra de sa santé. Car ce n’est un secret pour personne : l’âge, la fatigue et la maladie font que le souverain pontife est astreint à un calendrier très restrictif. En outre, n’oublions pas que le Caillou se situe aux antipodes de Rome. D’ailleurs, à ce propos, dès qu’il a eu connaissance de notre provenance, Benoît XVI s’est écrié : « La Nouvelle-Calédonie ? Oh, mais c’est très loin d’ici !... »

 

Il y avait deux Roch Wamytan au Vatican : le catholique et le politique. Malgré tout, le second nommé a dû jouer un rôle plus important que le premier ?

 

Roch Wamytan : C’est vrai. Car même si, comme je vous l’ai indiqué, le catholique que je suis était littéralement tétanisé devant le chef spirituel de l’Eglise catholique romaine, le responsable politique se devait de prendre le dessus afin d’évoquer et de défendre au mieux le dossier calédonien et son devenir.

 

 

 

Exergues possibles

 

« Devant le Saint Père, j’étais tétanisé. Mais Pierre Frogier, lui, était carrément aux anges ! »

« Nous souhaitions inciter le pape à réfléchir sur le processus de réconciliation entre nos familles »

« Je suis convaincu que Benoît XVI saura intervenir auprès des plus hautes instances de la République française »

 

 

Hors texte

La coutume honorée

Outre un panorama politico-social de la Nouvelle-Calédonie, le Souverain pontife a également eu droit à la première de ses spécificités : la coutume mélanésienne.

 

En effet, à l’issue de l’entretien privé, Roch Wamytan et Pierre Frogier ont offert des cadeaux à Benoît XVI qui a ainsi reçu un magnifique ouvrage historique – « Marin et missionnaire », un livre écrit en 1892 par un père jésuite, traitant de l’origine de l’évangélisation dans le Pacifique – et trois monnaies kanak.

 

En ce qui concerne ces monnaies, laissons le président du Congrès s’exprimer : « les deux monnaies symbolisent le peuple originel, en l’occurrence le peuple kanak qui a accepté l’arrivée sur ses terres d’autres peuples venus d’autres horizons, d’autres latitudes. Quant à la troisième, elle personnifie l’Evangile qui s’est implantée sur la Grande terre et aux Iles avec la venue des missionnaires catholiques et protestants. Et les trois réunies veulent représenter toutes ces ethniques appelées à ne former demain qu’un seul peuple… ».

 

Est-il utile d’ajouter que le pape a beaucoup apprécié notre coutume ainsi honorée sous les voûtes célestes du Vatican ?....

 

Hors texte

 

« Mandela ? Terrible ! »

Tout au long de son parcours politique qui l’amené à sillonner la planète, Roch Wamytan a eu l’occasion de rencontrer nombre des grands de ce monde.

 

Outre les Présidents qui se sont succédé à l’Elysée – de Valéry Giscard D’Estaing à François Mitterrand, en passant par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy – le Grand chef de Saint-Louis a eu ainsi l’opportunité de côtoyer de grosses pointures telles que l’Américain George W Bush, le Palestinien Yasser Arafat ou encore le Lybien Kadhafi. Bref, de quoi emmagasiner une foule de souvenirs inoubliables. De quoi aussi avoir ressenti quelques fortes doses d’adrénaline !

Mais il ne fait aucun doute que la rencontre récente avec Benoît XVI aura plus encore marqué le premier président indépendantiste du Congrès. Et il ne s’en cache d’ailleurs pas : « ce fut assurément le plus grand moment d’émotion et d’honneur que j’ai pu ressentir dans ma vie !... ».

 

Reste toutefois qu’en croisant le regard d’une véritable légende vivante, il y a quelques années à New-York, Roch Wamytan a eu aussi le souffle coupé : « c’est terrible de se retrouver juste en face de Nelson Mandela, le premier Président noir de l’Afrique du Sud…. ». Vrai, effectivement, que le vieux leader charismatique de l’ANC dégage, à sa façon, une impression relevant plus du spirituel que du politique. Un peu à l’instar d’un certain Dalaï Lama… que le Calédonien ne désespère pas de voir : « voilà encore un personnage hors du commun qui doit impressionner quiconque croise son chemin… ».

Pourquoi pas, un jour ou l’autre, une poignée de main historique entre le Tibétain et le Kanak ?

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