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  • Roch WAMYTAN
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie
  • Homme politique, membre de l'Union Calédonienne et du FLNKS, Signataire de l'accord de Nouméa en 1998, Président du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie

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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 21:04

Colloque des 25 et 26 avril 2008. (Mairie de Paris, Palais du Luxembourg)

… J’interviens ici en ma qualité de témoin et acteur des deux accords de Matignon Oudinot en 1988 et Nouméa en 1998, textes fondateurs de la Nouvelle Calédonie d’aujourd’hui. Témoin de l’accord de Matignon, en effet
au cours du mois de Juin 1988, Jean Marie Tjibaou, alors président du FLNKS, m’avait demandé de le représenter à la réunion de l’OUA (Organisation de l’unité africaine) à Adis Abéba (en Éthiopie), puis de le rejoindre à Paris où l’avait convié le premier ministre M. Rocard, j’ai ainsi suivi en « coulisse » les négociations qui ont abouti à l’accord de Matignon. Acteur de l’accord de Nouméa, puisqu’en 1998, c’est en tant que président du FLNKS à la tête de la délégation, que nous avons négocié puis signé à Nouméa le 5 mai 1998 cet accord de Nouméa aux côtés du premier ministre de la France Mr Lionel Jospin et de Mr Jacques Lafleur, président du RPCR.
L’accord de Nouméa a été signé, comme celui de Matignon-Oudinot, au nom du Front de Libération Nationale Kanak Socialiste. Le FLNKS porte la revendication nationaliste kanak, il est sujet de droit international et bénéficie des droits et obligations reconnus à tout Mouvement de Libération Nationale (MLN), depuis la réinscription de la Nouvelle Calédonie sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU le 2 décembre 1986, résolution 41/41 A de l’assemblée générale des Nations Unies.
…Si j’ai bien compris la démarche des organisateurs, il convient de parler vrai, de dire les choses telles qu’on ressent de là ou nous sommes, et éventuellement interpeller le premier ministre M. Rocard sur certaines questions ou sur des points particuliers quant au rôle de la France dans le processus de décolonisation de la Nouvelle Calédonie.
Je ne reviendrais pas sur les aspects positifs de l’accord de Nouméa, ils viennent d’être exposés par la Vice présidente du gouvernement de la Nouvelle Calédonie, Mme Déwé Gorodey. Pour ma part, dans l’exercice de mes différents mandats politiques à l’assemblée de la province sud, le congrès et le gouvernement ou encore en tant que vice président du FLNKS
(1990- 1995) puis président du FLNKS (1995-2001), j’ai toujours œuvré afin que les deux accords de 1988 et 1998 soient appliqués le plus fidèlement possible.
Mon intervention cette après midi sera basée essentiellement sur la question de la décolonisation de notre pays inscrit depuis 1986 sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU. Je vais donc essayer de vous donner le plus brièvement possible les clefs essentielles, dans le temps qui m’est imparti, sur le contexte historique dans lequel les deux accords ont été signés, les manquements quant aux fondamentaux de la revendication nationaliste kanak à travers trois exemples, enfin quelques perspectives. J’espère que cela suscitera de nouvelles recherches, particulièrement chez les étudiants calédoniens et notamment kanak qui doivent connaître les périodes sombres de notre histoire confrontée au colonialisme considéré par l’ONU depuis 1970 comme un « crime ».
Contexte historique
Ce que l’on peut constater c’est que ces accords de Matignon- Oudinot et Nouméa se situent bien dans la lignée de moult statuts et arrangements constitutionnels pour assurer le contrôle des colonies et de l’outre mer.
Depuis 1940, date de la création du « comité de sauvegarde de l’empire », jusqu’à nos jours, l’Etat a constamment fait le choix de trouver et construire sa propre indépendance en contrecarrant l’indépendance de ses colonies et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les raisons avancées sont multiples : sa grandeur, sa place dans le monde, ses
intérêts supérieurs, son rang de deuxième puissance maritime… d’où son slogan « la France des trois océans où le soleil ne se couche jamais » ! En refusant la décolonisation des peuples par des moyens divers, l’Etat contribue à bloquer le compteur de l’histoire au lieu de refermer « la parenthèse » que constitue le système colonial comme l’a souligné à plusieurs reprises l’ancien secrétaire général de l’ONU, Koffi Anan.
Les méthodes pour maintenir ces situations d’oppression sont largement connues et décrites avec détail par les historiens, je citerais brièvement pour ma part, les guerres coloniales,les statuts à répétition, les accords truffés de pièges pour les ralentir, les rendre caduques ou inopérants, les accords portant à croire que les colonisés veulent rester au sein de la république du genre « c’est eux qui le demandent » dans le sens de ce qu’affirmait : Mr Earl Stephen HUNTLEY Président du comité spécial des 24 de l’ONU , le 12 février 2003 : « Certains Territoires non Autonomes se bercent de l’illusion de l’autonomie en se montrant prompts à légitimer l’autorité unilatérale d’un pays plus important. Loin d’avoir disparu, le colonialisme a pris de nouvelles formes plus sophistiquées à savoir le déni de l’existence d’un statut pour les Territoires non autonomes ». S’il y a de la résistance, alors des moyens plus radicaux sont « pris en coulisse », retournements de leaders, assassinats, transferts de population, manipulations, stratégie de la tension, etc…
Cela, l’histoire de la décolonisation et des recolonisations, nous l’a appris, notamment avec ce que l’on sait sur le système de la « Françafrique » si bien décrit par l’association Survie de François Xavier Verschave. Notre pays la Nouvelle Calédonie n’a pas échappé à cette main mise de l’Etat tout au long de son histoire. Je connais bien cette histoire, elle m’a été racontée notamment par mon grand père maternel, Roch Pidjot, membre fondateur de l’UICALO (Union des Indigènes
Calédoniens Amis de la Liberté dans l’Ordre), de l’Union Calédonienne, député du territoire de 1964 à 1986, lui qui a été grand chef du temps de l’indigénat, marié à une descendante de la chefferie de Dumbéa rayée de la carte par l’armée coloniale voilà 150 ans exactement. Il m’a raconté les manœuvres dont il a fait l’objet en tant que conseiller territorial autour du référendum de 1958, en tant que ministre durant la loi Defferre qui aurait du restée inchangée afin de disposer du temps nécessaire pour préparer l’indépendance, enfin en tant que député autour des discussions du projet de loi Lemoine en 1984. L’histoire de la colonisation, nous la connaissons aussi à travers les livres, les récits que nous ont rapportés nos anciens et nos propres expériences. Les promesses et les revirements successifs de l’Etat pour garder son empire colonial et son outre-mer, ajoutés aux souffrances endurées par notre peuple depuis la prise de possession le 24 septembre 1853, ont conduit à une perte quasi irréversible de confiance en une France plus soucieuse de défendre le droit des peuples en dehors de son pré carré.
S’agissant de l’accord de Matignon, à vingt ans de distance et avec cette histoire présente à la mémoire on peut aussi se poser des questions sur d’éventuelles manœuvres dont auraient pu faire l’objet les leaders de l’époque et notamment Jean Marie Tjibaou président du FLNKS. Le film « les médiateurs du pacifique » qui nous a été projeté ce matin à la Mairie
de Paris nous a informé du genre de pression effectuée sur les négociateurs calédoniens. Jean Marie Tjibaou est venu défendre à Paris le droit du peuple kanak à son indépendance. A la tête du FLNKS, il avait mobilisé le peuple derrière lui avec les sacrifices qui ont suivi (Tiendanite, Ouvéa …). Face à cette revendication légitimée par le droit international, l’Etat français, sous le manteau de la neutralité objective, s’est posé en arbitre entre deux communautés alors qu’il demeure le colonisateur jusqu’à l’indépendance. L’Etat proposait ainsi à Jean Marie Tjibaou en premier lieu la paix et la réconciliation puis les moyens d’un développement sous le principe du rééquilibrage, reportant à plus tard la question du droit à l’autodétermination et l’indépendance du peuple colonisé.
Je ne dis pas que la poignée de main et le rapprochement de deux leaders étaient inutiles, je salue cette démarche empreinte de dignité. Elle a ouvert de vastes possibilités dans le champ du « vivre ensemble » en permettant de faire émerger la conscience d’appartenir à un pays et à un peuple en devenir. Ce rapprochement a aussi permis une meilleure compréhension des uns et des autres. Beaucoup de calédoniens ont découvert qui étaient vraiment les kanak après les « évènements » de 1984 et le drame d’Ouvéa en 1988. Avant cette date, ils étaient « invisibles » ou transparents. Depuis les massacres et les expulsions du siècle précédent, les kanak s’étaient fondus dans le paysage pour se faire oublier afin de survivre tout simplement. Leur histoire a rattrapé l’histoire officielle de la Nouvelle Calédonie, pays du non dit par excellence, après les évènements de 1984 et l’accord de Matignon. La poignée de main, malgré ses effets positifs immédiats ou à terme ne peut pas être un prétexte pour maintenir le statut quo. Certes le geste a permis le début d’une nouvelle espérance, mais il doit se prolonger par une réelle volonté de changement dans le respect du droit de chacun et notamment celui du peuple colonisé réclamant son indépendance.
La signature de l’accord de Matignon reportant l’indépendance « sine die », condamnait Jean Marie Tjibaou. Il le paya de sa vie un an plus tard. C’est ce que lui dira Yéwéné Yéwéné au sortir de  Matignon ; « nous sommes dans un trou noir ».Il faudra à Jean Marie Tjibaou deux comités directeurs extraordinaires de son parti l’Union Calédonienne à la Conception et à Païta ainsi que deux conventions spéciales du FLNKS à Thio et Gossanah (Ouvéa) pour faire « passer la pilule » de l’accord de Matignon. Tout au long de la réunion à Thio, Jean Marie Tjibaou écoutera avec un calme et une dignité extraordinaire les militants lui reprocher son geste. A la fin de la journée, à court d’argument il se justifiera par la mort de ses frères assassinés à Tiendanite (Hienghène) en décembre 1984 et les reproches de sa propre mère, décédée peu après, qui lui en faisait endosser la responsabilité. « A vous qui me reprochez cet accord, je vous dis merde ». Il criait par là sa souffrance face au poids du drame de Tiendanite. Vingt ans après, on continue de se poser des questions sur la responsabilité politique de la mort des trois leaders indépendantistes : Jean Marie Tjibaou, Yewene Yewene et Djoubély Wea le 5 mai 1988 à Wadrilla (Ouvéa). En signant cet accord, qui ne donnait pas l’indépendance du pays kanak, Jean Marie Tjibaou avait t-il conscience qu’il mettait sa vie en danger et pourquoi l’a-t-il accepté ? Ou alors comment les négociateurs de l’Etat l’ont t-il persuadé de signer, avaient t-ils des moyens de pression sur sa personne ? La question reste posée pour nous qui sommes héritiers de cet accord. Je me rappelle ainsi d’une lettre que Jean Marie Tjibaou a décidé d’écrire au premier ministre M. Rocard le 25 juin 1988. En fin d’après midi, il avait demandé à Yéwéné Yéwéne, Léopold Jorédié et moi-même de le rejoindre dans sa chambre d’hôtel. Il nous explique qu’après les rencontres bilatérales avec le premier ministre, il va devoir accepter de signer un accord qu’il ne peut assumer seul. Le ton et le contenu de la lettre reflètent la gravité du moment, il viendrait à Matignon avec sa délégation mais après avoir entendu le premier ministre, il compte lui suggérer de suspendre quelques semaines les négociations car il a besoin d’avoir l’aval et le soutien du FLNKS sur les contours d’un accord éventuel suite aux discussions bilatérales. Je vais personnellement déposer la lettre à Matignon, il demande alors à Léopold et moi-même d’attendre à son hôtel le retour de la délégation. Que se passe t-il après ? L’attente dure toute la nuit et c’est au petit matin qu’on apprend qu’il a finalement signé l’accord dit de Matignon. A partir de là, les interrogations sont nombreuses, Jean Marie Tjibaou a-t-il fait l’objet de pressions par rapport à la mort de ses frères et au massacre d’Ouvéa ? Dans quel état d’esprit était-il ? Certains ont-ils profité de sa fragilité pour lui arracher cet accord qui devait le conduire à la mort ? Au cours des discussions, il nous a fait part du ton parfois menaçant de ses interlocuteurs, comme par exemple que le statut Pons ne serait pas modifié s’il ne signait pas un accord, que les milices
dont il demandait le désarmement, ne seraient pas désarmées, que l’armée française pourrait encore intervenir sur d’autres points du Territoire s’il le fallait, « voulez vous la mort de votre peuple »lui a-t-on demandé ? Les menaces s’accompagnaient aussi de promesses telles que les kanak seront majoritaires en 1998 pour le référendum, les statistiques le prouvent et sinon des mesures d’accompagnement seront prises pour inciter les expatriés métropolitains à rentrer en France.

Au cours de l’année d’administration directe (1988-1989) il s’est plaint à plusieurs reprises des promesses non tenues et des difficultés qu’il rencontrait déjà pour faire vivre  l’accord de Matignon Oudinot. Ainsi, Au lendemain du référendum du 6 novembre 1988, il déclarait à une journaliste Australienne à propos de ces accords « Le FLNKS n’est pas marié aux dix ans de l’accord, il s’y tiendra si les autres s’y tiennent. Que font aujourd’hui certains signataires alors qu’il est question de partager ? En fait, ils ne partagent rien, ils ne cherchent qu’à exclure les autres.». Dans une interview donnée à un journal australien à Sydney en janvier 1989, il laissait entendre un éventuel retrait de cet accord, quelques mois plus tard, il était assassiné à Wadrilla lors de la cérémonie de levée de deuil des 19 martyrs d’Ouvéa. Son assassinat et le sang versé scellaient définitivement l’accord de Matignon Oudinot, telle est la tradition kanak. Il portait seul la responsabilité de l’accord, lui seul pouvait revenir sur cet accord, sa mort liait le FLNKS à l’accord de Matignon puis dans son prolongement, à celui de Nouméa signé 10 ans plus tard. Certains avaient-ils fait le lien entre sa nécessaire disparition et la survie de l’accord ?
Manquements aux fondamentaux de la revendication nationaliste kanak
Malgré des avancées positives, les différents accords se situent ainsi dans une continuité de démarches de l’Etat défendant avant tout ses propres intérêts. Un accord qui ne donne pas l’indépendance au peuple colonisé, mais qui lui laisse entrouverte une possibilité avec de multiples conditions en particulier celle d’une émancipation (décoloniser dans la France) à l’intérieur d’un cadre rigide qui est celui de la constitution française de 1958, révisée en 2003. La marge de manœuvre déjà étroite s’est considérablement réduite d’autant plus que des fondamentaux de la revendication nationaliste kanak restent en contradiction avec le cadre constitutionnel actuel. Je citerai trois exemples qui parlent d’eux-mêmes pour confirmer mon propos et qui viennent contrecarrer les conditions d’exercice du droit à l’autodétermination des peuples, telle que le rappelle la résolution 55/146 de l’assemblée générale des Nations unies en date du 8 décembre 2000 prise à l’occasion de la prorogation de la décennie pour l’éradication du colonialisme (2001- 2010): et notamment les articles 11 et 12.
Ainsi le premier exemple est le droit de vote dont la référence au droit de l’ONU est l’article 11 de la résolution citée ci dessus : « Les puissances administrantes devraient veiller à ce que l’exercice du droit à l’autodétermination ne soit pas entravé par des modifications de la composition démographique dues à l’immigration ou au déplacement des populations dans les territoires qu’elles administrent » Cette question a fait l’objet de discussions interminables depuis des décennies alors que suivant les principes de l’ONU, il s’agit de l’exercice d’un droit lié à la notion de populations concernées. Dès 1983, le Front Indépendantiste (FI) avait accepté d’ouvrir ce droit aux non kanak nommés « victimes de l’histoire » A chaque échéance importante, les nouveaux arrivés revendiquent ce droit, réservé prioritairement au peuple colonisé, ce fut
le cas en 1988, 1998 et cela le sera sûrement à la sortie du processus de l’accord de Nouméa, malgré la notion de vote bloqué.
Le deuxième exemple est la conséquence pour la Nouvelle Calédonie des flux d’immigration en provenance de la France métropolitaine. Le journal « Le Monde » abordait ce problème dans un article daté du 19 avril 2008, intitulé « les métros débarquent sur le caillou ». Il citait l’Institut de la statistique évoquant le chiffre de 14000 personnes installées entre 2000 et 2004 et un solde migratoire de nouveaux arrivants entre 800 et 1200 par an. La construction des usines, le dispositif de défiscalisation, les retraites indexées constituent un appel d’air à l’immigration métropolitaine avec toutes les conséquences qui en découlent : la flambée des prix de l’immobilier, le rejet à la périphérie de la ville ou dans les squats de centaines de familles océaniennes qui ne trouvent plus à se loger décemment en ville, la pression sur le foncier traditionnel kanak suburbain dont les revendications ne sont plus satisfaites. Ce flux contribue enfin à rendre de plus en plus minoritaire le peuple kanak dans son propre pays, il en résulte des phénomènes de rejet tant de la part des kanak que des autres, notamment de la population caldoche. Comment la population concernée pourra t-elle exercer son droit à l’autodétermination avec cet afflux de population organisé et voulu depuis des décennies dans le cadre de la politique de peuplement ?

Enfin troisième exemple,le pillage organisé de notre patrimoine minier avec les projets métallurgiques polluants notamment celui du sud qui va exploiter le diamant de Goro, un des gisements les plus importants au monde. A longueur d’années les sociétés annoncent leur intention d’ouvrir de nouvelles exploitations au moment où les cours du nickel sont au plus haut. Que restera t-il pour les générations future et le futur Etat, comment les populations vont-elles exercer leur droit à l’autodétermination dans les meilleures conditions possibles si leur richesse a été pillée et leur environnement pollué. Ainsi que le rappelle l’ONU en son article 12 de la résolution pré citée : « Les puissances administrantes devraient appliquer des mesures visant à conserver les ressources naturelles, à protéger l’environneent et à aider les peuples des territoires non
autonomes à parvenir à un niveau maximal d’autosuffisance économique, de protection écologique et de développement social et éducationnel » 
Les perspectives
Certains observateurs avisés lors de la signature des accords de 1988 et 1998, clamaient l’opportunité pour la Nouvelle Calédonie d’une décolonisation réussie, force est de constater qu’avec le temps que se sont donnés les signataires, on assiste plus tôt à une décolonisation inachevée et pire à une recolonisation programmée avec le spectre de la partition du pays en filigrane. L’accord de Nouméa, comme le stipule par ailleurs le droit international, interdit la partition mais le risque demeure quant aux intentions réelles de la France eu égard à l’exemple qui nous est donnée par l’occupation illégale de l’île comorienne de Mayotte malgré les condamnations de l’Etat français par l’ONU. Les manœuvres de déstabilisation vont se poursuivre à l’instar de ce qui se passe en Mélanésie où l’objectif inavoué est bien de créer un soi disant « îlot de stabilité » en Nouvelle Calédonie dans un univers chaotique afin de décourager toute aspiration à une indépendance future.
Face à ce défi de recolonisation, que peut-on espérer pour faire respecter notre droit au-delà de toutes manœuvres et promesses non tenues ? Si aucune solution satisfaisante dans le cadre du destin commun n’est trouvée, le peuple kanak devra alors, avec le soutien des pays frères du Pacifique, se retourner vers l’ONU pour lui demander officiellement sa protection face aux velléités de l’Etat français d’imposer ses choix sur un peuple qui ne réclame que la justice, la dignité et la liberté. Le peuple kanak ne pourra plus se contenter de statut de transition permanent à l’intérieur du carcan constitutionnel français. Ayant définitivement perdu la confiance d’une France coloniale, il ne pourra plus envisager de bâtir son avenir et celui de ses enfants sur des promesses jamais tenus ou détournés de leurs objectifs par des pressions et du
chantage permanents.
Le temps sera alors venu de faire vivre enfin un Pacifique décolonisé dans un regroupement d’Etats indépendants et interdépendants. Il sera composé, avec l’Australie et la Nouvelle Zélande, des trois entités océaniennes : la Fédération des Etats mélanésiens, y compris Timor de l’Est et demain la Papouasie occidentale, la Polynésie et la Micronésie. Cet ensemble, au sein du Forum du Pacifique, donnera ainsi une visibilité et une identité propre à ce Pacifique dépecée par les Etats colonisateurs européens depuis deux siècles, un Pacifique dont certains Etats européens continuent de nier la légitimité d’exister en tant que Région viable dans un monde en pleine réorganisation. Ainsi le temps jouant finalement contre le projet d’indépendance, le FLKNS ne devrait pas pousser au-delà de l’horizon 2014/2019 l’accession de la Nouvelle Calédonie à la souveraineté pleine et entière à moins de vouloir ranger aux oubliettes de l’histoire son droit inné et actif à l’indépendance.
Roch WAMYTAN 

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